[Flashback] Sourire froid [Pv. Shaco]

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Dim 15 Oct 2017 - 23:57
Le jeune homme portait une longue toge brodée, aussi noire que la suie. Sa musculature imposante roulait sous cet habit peu commun, lui donnant des allures de panthère. Même expression carnassière, mêmes canines surdimensionnées. Ses yeux d’un vert éclatant se posèrent sur l’autre occupant de la salle. Un jeune homme lui aussi, dont la chevelure indisciplinée rappelait le ramage d’un corbeau. Bien moins élancé et vigoureux, ce dernier était penché sur une table, traçant du bout des doigts des symboles anciens. Un galet poli, roulait délicatement sur le bois, sans un bruit, comme animé par les mouvements de la main.

"Tu es lent. Je n’ai mis que quelques semaines à comprendre la portée de ces rituels. Ils sont inintéressants au possible."
Le ton était charmeur, la voix claire et assurée. Il s’agissait à l’évidence d’une personne extrêmement extravertie, douée d’une confiance en elle à la limite de l’indécence.

"Pendant que tu t’acharnes sur ces détails sans importance, j’ai eu le temps d’apprendre les bases de la nécromancie. J’aurai bientôt sous mes ordres une cohorte de serviteurs dévoués, fraîchement tirés de leur sommeil éternel. Et toi tu en seras encore à faire rouler des cailloux."

Le galet s’immobilisa. Une rune étrange ornait désormais sa surface. D’abord rougeoyante, elle s’éteignit progressivement jusqu’à n’être plus qu’un souvenir. Le jeune mage releva alors la tête et se tourna vers celui qui l’avait apostrophé.

"Tu sais, Werner, pendant que certains se font passer pour inaptes, d’autres se battent pour maintenir les frontières de l’empire. Tout occupé que tu es à jouer avec des arcanes que tu ne comprends pas, tu perds la notion du réel. Il nous a été demandé de ramener une de ces pierres runiques à Wisp."
Un silence passa, quelques secondes durant lesquelles le dénommé Werner perdit un peu de sa superbe tandis que l’autre garçon se redressait davantage.
"Les rumeurs vont bon train sur ta famille, et sur votre utilité… limitée sur les trois dernières générations. À croire qu’on ne vous garde que pour vos richesses. Un pétale racorni qui tombera bientôt au pied de la fleur, pour servir d’engrais…"

L’expression de Werner se durcit et il attrapa son interlocuteur par le col, pour l’approcher à quelques centimètres de son visage.
"Tes menaces de gueux ne m’impressionnent pas. Ta petite vision étriquée ne reflète pas celle de l’ordre. Tu ne sais rien de ma famille."

Son ton était devenu froid, sa respiration sifflante. De toute évidence ces quelques mots avaient fait mouche. Néanmoins, il relâcha bientôt sa prise, avant de reculer d’un pas. Un sourire impeccable ornait de nouveau ses traits. Il reprit, après un toussotement léger et feint :
"Tes petits jeux sont amusants, mais je suis prêt à parier que tu n’aimerais pas qu’on joue de même avec toi. Jericho Swain, arrivé ici par hasard, officiellement plus jeune officier catapulté sur le front. Officieusement, trop occupé à déterrer des cadavres pour étudier correctement. Je crois bien que je ne suis pas le seul à jouer avec des arcanes incompréhensibles. Et je suis certain que ça intéressera maître Wisp."

Rapide comme l’éclair, il étendit le bras, écarta Jericho et s’empara du galet, encore posé sur la table. Ce dernier ouvrit la bouche, comme pour protester, mais ne dit rien.

"Je me fais peut-être passer pour inapte pour éviter ce foutu service militaire, mais nous savons tous les deux qui est le véritable éclopé ici. Je serais désolé d’avoir à briser cette seconde jambe… En attendant, merci pour ta généreuse donation. Ne fais pas mine de parler. Ce sera ta parole contre celle d’un descendant de grande lignée, et le sang a encore son importance ici."

Puis il s’éclipsa, à grande enjambées, laissant Swain devant une table vide.


Le jeune officier quitta la salle d’étude quelques heures plus tard. Il devait s’assurer que Werner n’essaierait pas de le suivre comme il en avait l’habitude. Il savait que ce dernier avait perdu patience une poignée de minutes auparavant, et quitté les environs. Mais d’autres intrigants déambulaient dans ces ruelles mal famées, et Béatrice ne pouvait tous les repérer. Il fallait partir rapidement. Il rejoignit l’oiselle dans une rue adjacente, complètement privée de lumière. Les fenêtres alentour ne disposaient même pas de carreaux, et la plupart des habitants ne rentraient que lorsque le jour poignait.

Elle l’attendait, perchée sur un pan de mur effondré. Le croassement de bienvenue lancé par le corbeau fit passer durant un bref instant une lueur d’humanité dans les yeux de son maître.
"Tu m’as manqué aussi."

Béatrice se posa sur l’épaule droite de Jericho, à sa place habituelle. Son regard croisa celui du jeune homme et ils restèrent là, quelques instants, comme hypnotisés l’un par l’autre. La voix rauque de l’humain rompit le silence.
"Ainsi, tu as trouvé notre candidat. Je fais confiance, tu as toujours eu le bec creux sur ce genre de décisions. Werner se rapproche de la vérité. Et Wisp avec lui. S’il venait à découvrir nos petits arrangements dans les souterrains, il serait capable de promouvoir cet idiot plutôt que nous."

Il tira un carnet écorné d’une des nombreuses poches de sa robe, sur lequel il inscrivit rapidement quelques mots.

"En avant, mène-moi à ce coupe-jarret."



La salle était faiblement éclairée, fortement enfumée. Les conversations n’étaient que des murmures, les clients n’étaient que des ombres. Le garçon et son corbeau jaugeaient les lieux. Un pas, puis l’autre, tout en tentant de distinguer les visages dans la pénombre. Une infime pression de serre fit comprendre à Jericho que son homme se trouvait sur la droite. Il longea le mur jusqu’à une alcôve minuscule. Une table, deux chaises, et une grande silhouette dégingandée. Étrangement, aucun verre ne venait encombrer la tablée, et les serveuses faisaient de grands détours pour éviter ce recoin de la salle. Swain s’assit néanmoins, et Béatrice quitta son épaule pour atterrir bruyamment sur la table.

"Bonsoir. Je suis à la recherche d’un homme de talent. J’ai un problème et on doit m’en débarrasser, le plus tôt étant toujours le mieux."

La silhouette se redressa. De grandes mains fines aux doigts crispés vinrent agripper le rebord du plateau de bois brut. Les bras qui en partaient semblaient sans fin, et s’élevaient sans jamais s’arrêter pour venir se raccorder à des épaules couvertes de manches bouffantes. Outre cette coquetterie pour le moins particulière, l’ensemble du costume soulevait des interrogations. Les couleurs étaient sombres, particulièrement discrètes et adaptées à des lieux tels que celui-ci, mais les formes et les textures rappelaient un vêtement de scène. Comme si quelque troubadour avait voulu se reconvertir dans le meurtre de sang-froid.

Le visage n’était pas en reste. Une peau laiteuse, plus encore que celle de Swain. Des cheveux torsadés, ébouriffés, comme doués d’une vie propre, coiffés pour ressembler à des cornes. Et en dessous, deux petits yeux luisants, aux pupilles agitées, presque sauvages. Mais la touche finale qui venait compléter ce chef d’œuvre de tragicomédie, c’était ce sourire. Angélique, au sens figuré. Ou plutôt défiguré. Deux coupures asymétriques barrant des joues glabres. Des cicatrices à la fois horribles et fascinantes, qui révélaient deux rangées de dents effilées, plus blanches que la craie. Plus encore que les yeux, c’était le sourire qui semblait fixer Jericho. Etait-ce seulement possible d’avoir des zygomatique aussi efficaces malgré ces blessures ? Car le sourire s’élargissait encore, bien davantage qu’il n’était humainement possible.

"Je crois que vous conviendrez parfaitement."
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Ven 3 Nov 2017 - 10:59
Quoi de mieux qu’une maison sinistre pour prendre du bon temps, surtout quand celle-ci ne vous appartient pas. C’est en tout cas ce que pense Shaco. Assit sur une table de bois au milieu d’une pièce faiblement éclairée, il savourait un verre du meilleur alcool qu’il ait pu trouver. De son autre main, il lançait ses couteaux à travers la pièce. La cible était un tas de chiffons semblant être une poupée, attachée à un poteau de bois. La poupée était déjà couverte de trous et avait encore un couteau planté dans son bras. Un dernier fila dans le deuxième bras complétant la crucifixion. Le bruit du métal qui taille dans le bois était le seul son qui ponctuait la scène. Un son brut et net. Il faut dire que l’occupant de la maison n’était pas très bavard. Son corps était étendu sur le sol, déjà froid depuis un long moment. Les battements du cœur du noxien s’étaient arrêtés rapidement dans la nuit. Bien trop rapidement au goût de Shaco. La tunique qu’il portait était blanche, si on omettait la grosse tâche rouge qui s’étendait sur les côtés. Le reste était simplement en tissu avec un cuir trop sombre pour qu’on puisse le distinguer. Shaco se leva de sa chaise, laissant un trait de lumière éclairer une partie de son visage. Ses yeux rouges étaient rivés sur le cou de l’homme, d'un air absent. Le symbole de l’armée noxienne était gravé sur un médaillon.


" Quelle ironie. Un commandant fier de sa patrie, tué par quelqu'un en faisant partie. "


Passant au-dessus du corps, il ramassa un couteau tombé à terre. Il coupait efficacement mais le blanc de la lame n’était pas en accord avec le rouge du sang qui coulait dessus. Le besoin d’en acheter de nouveaux se fit ressentir. Il va falloir se rendre dans les bas-quartiers pour trouver un bon marchand discret. C’est avec cette idée en tête qu’il ramassa ses deux autres couteaux, toujours plantés dans le bois. Sa paire de couteaux favorite, avec la lame rouge et un seul côté tranchant. Une excellente acquisition malgré le prix élevé. L’argent du contrat actuel ne suffira pas pour payer les prochaines armes. Shaco se rabattit sur le peu d’objets de valeurs présents dans la maison. Malgré l'argent dont il pourrait tirer du médaillon, il le laissa autour du cou du cadavre. Donc quelques pièces de monnaie et une montre brisée furent les seules trouvailles. Un coup d'oeil par la fenêtre l'averti que le soleil commençait à se lever dans les rues. Rangeant tout son attirail sur lui, il allait sortir de la maison, mais il s’arrêta à l’entrée. Un petit rire s’échappa de sa bouche et il retourna sur ses pas afin de détacher la poupée. Elle s’étala sur le sol dans un bruit étouffé. Il sortit ensuite en laissant la porte à semi-ouverte. Un petit gémissement émana du corps étendu au pied du poteau.


" Pa…Pa… "





Shaco marchait dans les rues encore peu éclairées. Quelques rares commerçants commençaient déjà à ouvrir leurs échoppes et les ivrognes rentraient chez eux en criant la gloire de leur État. Des oiseaux piaillaient et parmi eux un grand corbeau volait au-dessus des maisons. En passant à côté d'une petite armurerie, Shaco s'arrêta quelques instants. Deux grands stilettos étaient exposés dans la boutique. Une lame en pointe de harpon et un manche de bois avec des gravures étranges. Ainsi qu'un prix étrangement bas pour des armes si parfaites. Quoi qu'il en soit, ces armes finiront dans son arsenal. Mais pour ça, il lui fallait un nouveau contrat.


Shaco alla empocher l'argent de sa nuit auprès de son client. Mais celui-ci ne proposa rien de plus. Toujours plus avare. L'objectif fut donc d'aller voir ses derniers clients, l'obligeant à passer la journée à marcher dans la cité. Mais aucun d'entre eux ne souhaitait de ses services.


" Ces couards de l'armée noxienne craignent tant pour leur réputation qu'ils n'osent pas engager d'assassins afin d'éliminer leurs concurrents. Ou bien, ils ont trop peur de mourir eux-mêmes par cet assassin. "


Shaco, sans nouveau contrat, décida d'aller boire dans une auberge. Ce n'est pas aujourd'hui qu'il trouvera ce qu'il recherche.





Une faible lumière éclairait la pièce, peinant à passer au travers de la fumée ambiante. Le visage des clients laissait dire qu'ils n'avaient pas eu une meilleure journée que Shaco. Quant à l'aubergiste, il paraissait tendu, probablement des soucis d'argent. Le jeune tueur s'installa à une table sur la droite de l'entrée. Le temps passait doucement et les serveuses ne s'approchaient pas de sa table, visiblement par dégoût. Mais le calme fut brisé par le faible grincement de la porte. Un jeune homme apparut dans l'entrée, la chevelure désordonnée. Un gros corbeau posé sur son épaule droite observait la pièce dans tous ses recoins. Finalement, il se dirigea d’une démarche claudicante vers la table où Shaco s’était posé. Il s’assit, le corbeau toujours sur son épaule. En l’observant de plus près, son visage était inexpressif et ses yeux noirs semblaient jauger Shaco.


" Bonsoir, je suis à la recherche d’un homme de talent. J’ai un problème et on doit m’en débarrasser, le plus tôt étant toujours le mieux. "


Shaco l’observa, un sourire commençant à s’étirer sur son visage. Il serait bien facile de voler un infirme, surtout qu’il ne paraissait pas très robuste. Mais Shaco appréciait l’originalité de ce gamin. Un corbeau aussi imposant sur son épaule a le mérite d’être intimidant. Et puis il ne semble pas posséder une bourse bien lourde malgré le bon état de son habit.


" Je crois que vous conviendrez parfaitement. "


" Intéressant. Vous avez de quoi m’acheter un chapeau ? J’aime les chapeaux. "


Ces mots bien que comiques sonnaient étranges dans la bouche du tueur. Il reprit d’un ton plus sérieux.


" Sachez que mon prix est plutôt cher et que j’aime m’amuser un peu avec la marchandise. Évitez donc les mauvaises blagues pour votre petite sœur, gamin. "
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Mar 7 Nov 2017 - 22:55
Jericho se surprit à chercher des similarités entre lui et ce sinistre individu. Après le physique, il s’employait à détailler la psyché de son interlocuteur. Quels secrets, quelles folles pensées nées d'un esprit malade pouvaient défiler derrière ces yeux ? Dans un empire aussi vaste que Noxus, difficile d'estimer le nombre de personnes potentiellement folles. Potentiellement... comme lui. Il n'avait jamais perçu cet état de fait comme un handicap. La norme était source de médiocrité, et penser différemment un avantage non négligeable. Il était plus difficile à cerner, à analyser, et cela augmentait considérablement le temps de réaction de ses adversaires.

Bien sûr, être simplement anormal n'avançait à rien. Un homme dénué d'intelligence et fou à lier finissait au mieux isolé, au pire il retournait au néant. Mais quelqu'un de brillant avec assez de recul pour exploiter ce don qu'était l'anormalité, ce quelqu'un ne pouvait que s'élever. Les yeux de l'adolescent fouillaient littéralement ceux de l'assassin, à la recherche d’une confirmation. Il ne craignait nullement ce qu'il y trouverait, son propre esprit regorgeant de pensées horribles et d’affreux souvenirs. De souvenirs surtout. De toute évidence, cet homme était torturé par sa condition. Lui aussi. Mais plutôt que de sublimer ses pulsions pour en faire quelque chose de plus grand, il les assouvissait. Il "aimait s’amuser avec la marchandise"… Assurément le genre de personne qu’il lui fallait. Un passionné. Un peu excentrique, mais rien d’impossible à canaliser.

"Je me suis laissé dire que vos tarifs tutoyaient le ridicule, et que par conséquent vous ne travailliez guère que pour les nantis. Fort heureusement, j’ai les moyens de mes ambitions. Et bien plus à offrir que de simples piécettes."

Une bourse atterrit sur la table. L’équivalent d’une solde d’officier, plus le fruit des larcins de Béatrice. L’aspect rebondi du cuir ne laissait planer aucun doute sur la nature clinquante du contenu. La voix de Jericho se fit plus basse, presque un souffle.

"Vous mentionniez un chapeau, mais j’ai cru comprendre que vous préfériez les objets… tranchants."

Arpentant toujours le panneau de chêne, Béatrice darda ses yeux rougeoyant sur l’assassin. La commissure de son bec frémit, comme si l’oiselle s’efforçait de sourire. Il y avait quelque chose d’insolent dans le regard du corbeau, et un œil avisé pouvait lire cette même expression dans les yeux vert sombre de son maître.

"Je peux vous garantir l’accès à un arsenal militaire. Je suis certain qu’un connaisseur tel que vous trouvera l’acier de nos forgerons très à son goût. Ce, en sus bien évidemment de la seconde partie du paiement. Quant au chapeau… disons qu’il s’agira d’un bonus accordé à ma libre appréciation. Impressionnez-moi et le couvre-chef est à vous."

Le jeune Swain marqua une pause, durant laquelle le murmure de la salle reprit le pas sur leur conversation. La porte du coupe-gorge grinça tandis que de nouveaux arrivants faisaient leur entrée. Armures lourdes et rictus méprisants. Visiblement, il n’était pas le seul engagé à descendre dans ces rues mal famées. Il rabattit la capuche de sa tunique pour couvrir son visage, et Béatrice plongea sous la table avec un caquètement outré. Une fois qu’il se fut assuré que les soldats ne les avaient pas remarqués et s’étaient installés à une autre table, il reporta son attention sur le ténébreux saltimbanque.

"Votre cible s’appelle Markus Werner. Six pieds de bêtise crasse et d’assurance. Il a bien des amis dans le Quartier d’Ivoire et c’est assurément la seule chose qui fait qu’il est encore en vie aujourd’hui. Même si vous avez pour ainsi dire carte blanche sur la méthode, j’ai une requête à formuler. Je veux qu’il souffre, et je veux que ses chers parents puissent bien voir leur délicieux rejeton passer de vie à trépas."


Tandis qu’il lâchait ces mots sur un ton plus monotone que s’il avait commandé une paire de chausses, les pensées de Jericho s’emballaient. Les Werner affaiblis et éplorés, il n’aurait plus qu’à s’introduire chez eux une fois l’agitation retombée. Leur immense bibliothèque devait encore crouler sous les souvenirs familiaux. Souvenirs qu’il ferait siens. Le Bastion Immortel ne s’était pas bâti en un jour, mais une vie lui suffirait amplement pour s’en emparer. L’important était de procéder méthodiquement. Mettre un terme à cette lignée décadente n’était qu’un test, et son intérêt se trouvait déjà ailleurs. Il aurait besoin d’un outil fiable, dans un futur proche. D’un outil tranchant…

Il se releva lentement, reprenant appui sur le dossier de la chaise pour soulager sa jambe. Un sifflement presque inaudible tomba de ses lèvres pâles et l’oiselle qui nichait sous la table vint le rejoindre sous le couvert de la capuche. Le jeune homme accorda un dernier regard à l’assassin.
"Revenez me trouver lorsque ce sera fait. Je ne vous demande pas sa tête, mais il devrait avoir une sorte de galet en sa possession. Ramenez-le-moi."

Sur ces mots, Swain quitta la taverne, laissant le panneau de bois brut claquer derrière lui. L’air vif de la nuit vint en hurlant s'engouffrer dans son capuchon, incendiant ses joues. Il remonta la bande d’étoffe qu’il portait nouée autour du cou sur son visage. Personne ne devait apercevoir ce sourire froid.
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Mer 6 Déc 2017 - 22:27
Shaco scrutait son interlocuteur, en quête d'une réaction à sa provocation. Pas une ne vint. Pas même un mouvement d’exaspération. Il n'est décidément pas très agréable. Mais si le gamin était prêt à payer pour ses services, cela en valait la peine.

Il remarqua que le jeune noxien le fixait, droit dans les yeux. Il l'étudiait. Un esprit dérangé, torturé et imprévisible. Voilà ce que pensaient de lui ceux qui ont rencontré Shaco, bien que leur espérance de vie soient moindre. Ce n’est pas comme si ils avaient totalement tords. Son esprit est imprévisible pour qui n’est pas Shaco. Mais ce garçon… Il était différent. Aller voir un assassin de la pire espèce qui n’a pour réputation que sa folie et ce sans même montrer le moindre signe de dangerosité était plutôt courageux. Quoique… ce corbeau semblait agir de sa propre initiative. Inepties. Un animal n’est qu’un animal. Il devait être contrôlé par magie. Par conséquent son maître doit être un puissant mage. Une autre personne l’accompagne sûrement à l’aide de ce corbeau. Shaco garda son sourire inquiétant malgré le dégoût qu’il ressentait, dû à son aversion pour les mages.

« Je me suis laissé dire que vos tarifs tutoyaient le ridicule, et que par conséquent vous ne travaillez guère que pour les nantis. Fort heureusement, j’ai les moyens de mes ambitions. Et bien plus à offrir que de simples piécettes. »

Puis le jeune homme déposa un petit sac sur la table. De l’argent. Mais Shaco ne travaille jamais que pour l’argent. Il faut toujours une petite compensation matérielle. Et ce n’est pas ce gamin qui…

« Vous mentionniez un chapeau mais j’ai cru comprendre que vous préfériez les objets… tranchants. »

Définitivement, il savait à qui il avait à faire. Quoiqu’il en soit, il était forcé d’accepter sa proposition. Un mage dont il ne connaît pas la puissance rôde et il ne vaut mieux pas le contrarier. Pour l’instant…. Mais dans l’état actuel des choses, il était plus intéressant d’écouter ce que ce gamin avait à proposer…

« Je peux vous garantir l’accès à un arsenal militaire. Je suis certain qu’un connaisseur tel que vous trouvera l’acier de nos forgerons très à son goût. Ce, en sus bien évidement de la seconde partie du paiement. Quant au chapeau… disons qu’il s’agira d’un bonus accordé à ma libre appréciation. Impressionnez-moi et le couvre-chef est à vous. »

Il est décidément beaucoup plus intéressant de suivre ce gamin. Bien que Shaco doute de trouver satisfaction dans l’armement du noxien, cette éventualité n’était pas à écarter. Et puis, un chapeau ? Shaco envisagea d’accepter le marché rien que part l’attrait de ce couvre-chef. La porte s’ouvrit à cet instant et un petit groupe de soldats s’avança. Le gamin remit sa capuche en place et le corbeau se refugia sous la table. Ils sont donc recherchés par les forces noxiennes ? Ou bien serait-il simplement mauvais pour lui qu’on le voit dans une vieille auberge des bas-quartiers. Shaco ne cilla ni à l’approche des soldats ni quand ils s’installèrent à une table à l’écart. Sa main revint se poser sur la table. Il avait pris son arme avec dextérité mais l’avait relâchée quand la tension retomba.

« Votre cible s’appelle Markus Werner. Six pieds de bêtise crasse et d’assurance. Il a bien des amis dans le quartier d’Ivoire et c’est assurément la seule chose qui fait qu’il est encore en vie aujourd’hui. Même si vous avez pour ainsi dire carte blanche sur la méthode,  j’ai une requête à formuler. Je veux qu’il souffre, et je veux que ses chers parents puissent bien voir leur délicieux rejeton passer de vie à trépas. »

Un contrat pour une boucherie. Intéressant. Et risqué. Ces « amis » seront plutôt dérangeant. Mais ce n’est pas un problème ingérable. Il sera simple pour quelqu’un de la trempe de Shaco de s’acquitter de cette tâche. Il prendra le temps, pendant cette froide soirée, de réfléchir à une méthode efficace d’arriver à ses fins.

Le noxien se releva en s’appuyant sur sa chaise et un très faible sifflement s’échappa de ses lèvres. Le corbeau revint se poser sur son épaule et il jeta un dernier regard à Shaco.

« Revenez me trouver lorsque ce sera fait. Je ne vous demande pas sa tête, mais il devrait avoir une sorte de galet en sa possession. Ramenez-le moi. »

Ce faisant, il s’en alla en claquant la porte de l’auberge derrière lui. Le sourire de Shaco s’amoindri légèrement. Ce gamin cache bien des choses et il est probable qu’il ne s’arrête pas à ce petit meurtre. Quant à l’histoire du galet, Shaco recevra un « coup de main » de ce Markus. Il passa encore plusieurs heures à réfléchir à cette rencontre avant de se décider à sortir, emmenant la bourse avec lui. L’aubergiste ne lui accorda pas un regard quand il se leva. En revanche, les soldats le fixèrent durement. Ils avaient remarqué la bourse bien garnies que possédait le  Shaco sortit en basculant sa tête sur les côtés. Une fois dehors, le froid mordant s’engouffra dans ses vêtements légers. Il prenait le chemin d’une ruelle quand il entendit la porte de l’auberge s’ouvrir puis un moment après, se refermer. Un homme apparut à l’autre bout de la ruelle lui coupant la route et les soldats de l’auberge se positionnèrent de manière à le bloquer. Le rire de celui qui semblait être le meneur résonna entre les murs.

« Encore un pauvre fou qui s’est perdu. Les gars, montrons lui ce qu’il en coûte au plus faible de ne pas respecter le plus fort. »

Quelques cris de douleurs plus tard, Shaco trônant sur le cadavre du dernier soldat, repensa à sa rencontre avec le jeune homme et son corbeau. Il essaya un instant de comprendre la motivation d’un gamin qui souhaitait une mort si horrible à autre homme. Tout ce qu’il en tira était un sourire froid.
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Jeu 1 Fév 2018 - 22:37
Markus flânait. Et par “flâner”, il est entendu ici que ce dernier et quelques amis battaient le pavé, le torse plus bombé encore qu’à l’accoutumé. Les passants devaient s’écarter devant ce groupe de jeunes aristocrates arrivistes, purs produits de la décadence culturelle noxienne. S’ils étaient tous forts et bien bâtis, couverts de soieries et affichant un air suffisant, aucun de ces gamins n’avait un quelconque charisme. La noblesse, par le nom et le sang, cet écrin protecteur. Un environnement confortable, qui agissait comme une sauvegarde contre les tourments du monde réel. C’était ces avantages, ces passe-droits qui façonnaient une génération amoindrie, incapable de lutter.

Lorsque l’on n'a connu ni la faim, ni l’effort, ni la douleur, comment se forger un caractère digne de ce nom ? Lorsque le destin vous a choyé, lorsque les troublent vous épargnent, vous devenez juste bon à courber l’échine face à la première difficulté. Peu importe les fastes apparences. Écœuré par ce qu’il voyait, Swain rompit le charme. Le corbeau retrouva sa volonté propre en même temps que l’usage de ses globes oculaires. Il reprit son envol. Markus ne leva pas même les yeux lorsque le volatile passa au-dessus de sa tête. Gonflé d’orgueil, il arpentait l’avenue avec des allures de propriétaire, bousculant de l'épaule ses camarades, les envoyant valser contre les étals. Ce chahut ininterrompu attira l'attention de quelques gardes qui se mirent aussitôt à suivre les fauteurs de trouble. Le groupe se désagrégea dans la foule, petit à petit, à mesure que les jeunes hommes prenaient conscience des ennuis qui les attendaient s'ils ne se dispersaient pas.

Finalement, il ne resta que Markus et un autre garçon. Ils jetèrent un dernier coup d'œil en arrière. Voyant qu'ils étaient sur le point d'être rattrapés, ils échangèrent un regard et se mirent à courir, écartant violemment ceux qui avaient l'outrecuidance de se trouver sur leur chemin. Ils zigzaguèrent, escaladèrent, coururent à perdre haleine, de ruelles en artères commerçantes, des bas quartiers vers Noxus la haute. Ils débouchèrent sur une petite place déserte, ombragée par une arche de pierre blanche. Une fontaine asymétrique s'élevait en son centre, et son chuintement couvrait la respiration haletante des deux nobliaux. Les bâtiments alentour avaient beau être sinistres au possible, l'architecture tourmentée n'en conservait pas moins une élégance étonnante. Le Quartier d'Ivoire, dans toute sa macabre splendeur.

"Je crois bien qu'on les a perdus." lâcha un Markus essoufflé.

Son camarade opina du chef. Ils reprirent leur route, bien plus calmement. Les rares personnes qu'ils croisaient désormais étaient tout aussi richement habillées qu'eux. Certains portaient des capuchons, d'autres arboraient d'innombrables galons. La plupart se déplaçaient seuls et en silence. Tous avaient sur le visage la même expression, à la fois pincée et féroce. C'était une ambiance étrange et déroutante, presque feutrée. Comme les habitants du quartier avaient conclu un accord pour demeurer mystérieux en public. Markus prit le même air de conspirateur que les autres et calqua son pas sur celui de son ami, pour reprendre une conversation, à voix basse.

Ils passèrent encore deux intersections avant d'arriver devant un panneau de bois richement décoré. Il s'agissait de l'entrée de la demeure des Werner. Une petite tour élancée donnait sur la rue, flanquée étroitement par les bâtiments voisins. Elle surmontait le vaste portique

devant lequel se tenaient désormais les jeunes aristocrates. Le reste de la bâtisse disparaissait derrière, dans l'ombre.

"...et alors j'ai volé la pierre de ce freluquet. Il a détalé sans même demander son reste. Avec ça et mes pouvoirs sans cesse grandissants, il ne fait aucun doute que mon maître trouvera bientôt mieux à me faire faire que ces études fastidieuses. Crois-moi, Hordra, je serai bientôt un mage respecté !"


Le dénommé Hordra se contenta de hocher la tête comme il le faisait depuis un bon moment déjà. Il avait l'air habitué aux digressions mégalomaniaques de son ami, et il fit semblant de s'esbaudir devant le galet orné d'une rune. Bientôt, la porte s'ouvrit devant eux, révélant un serviteur qui s'effaça pour les laisser entrer. Absorbé par son monologue, Markus pénétra le premier dans la maison, sans se soucier de son environnement. Hordra lui demeura un instant indécis sur le pas de la porte, réfléchissant à un moyen de prendre congé. Il tourna la tête et sursauta. Alors qu'il cherchait à s'assurer de ce qu'il avait vu, une main puissante surgit au travers de l'embrasure, l'empoigna par le col et le tira à l'intérieur.

"Allons mon vieux, tu ne cherches pas à me fausser compagnie au moins ?"

"Non, ce n'est pas ça, j'ai juste... J'ai cru voir quelque chose. Peu importe."

La porte se referma sans un bruit sur un Hordra au regard inquiet.
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Emploi/loisirs : Adore faire des blagues aux gens
Lun 2 Avr 2018 - 19:55
Une semaine. C’est le temps qu’il m’a fallu pour rassembler tout le matériel dont j’avais besoin ainsi que toutes les informations qui m’étaient nécessaires. Et bien sûr, le temps qu’il m’a fallu pour préparer minutieusement un plan efficace afin de me faire prendre le moins de risque possible. Non pas que je craigne le danger mais je ne suis ni un sorcier ni un débutant. J’ai erré une dizaine de  minutes chaque jour, devant leur maison, afin de repérer les habitudes du quartier à leur insu. J’ai aussi traqué ma cible pendant de longues heures afin d’en apprendre plus sur ce gamin. C’est un imbécile imbu de ses talents, chouchouté par ses parents et adulé par ses amis. Mais il sait pratiquer la magie. Un poison hallucinogène serait utile afin d’enduire un de mes couteau de ce poison. Cela suffira à le déconcentrer et l’empêcher d’utiliser ses talents. Mais je n’ai pas obtenu beaucoup d’informations sur ses parents. Son père est un homme robuste, les cheveux grisonnants et le visage plissé par l’âge. La mère quant à elle était plus svelte et petite que son fils. La blondeur de ses cheveux n’est que fugace maintenant et comme son mari, les traits de son visage témoignent de son vécu. En réfléchissant à une méthode pour m’occuper d’eux, je soulève une planche sous laquelle dors mon arsenal. Je m’empare d’un couteau long et d’un poignard beaucoup lourd, avec le manche en métal. J’ajoute ensuite un poignard à la lame très fine et dépose le tout avec le reste de mon matériel de fonction. Je préparais aussi une petite bourse d’argent. Il ne me manquait plus qu’une distraction. J’ai donc passé le reste de ma dernière journée de préparation à affûter mes lames tout en peaufinant les détails du plan. 






Le lendemain, en fin d’après-midi, je sortis de mon humble lieu de vie. Quand je ne veillais pas dans les habitations de mes contrats, je dormais dans un quartier pauvre de la cité. La minuscule bâtisse en bois savait se faire discrète, perdue au milieu d’une ruelle sombre dans laquelle seuls les fous ou les suicidaires s’aventuraient. N’étant ni l’un ni l’autre, je me dépêchais de sortir de la ruelle, en route vers ma tâche. Je sentais les battements de mon cœur s’accélérer. Pas par peur ou par appréhension. Mais d’excitation. Je vais m’attaquer à une famille de nobles d’un rang élevé et cela est toujours grisant pour un expert en la matière. Une fois arrivé devant la maison, je me suis mis à attendre en retrait. La position des ombres sur les bâtiments m’indiquait que j’étais en avance. Après que le gamin et un de ses amis soient rentrés dans la maison, légèrement essoufflés, plus personne ne vint. Après un long moment d’attente, la porte de la maison s’ouvrait enfin. Je ne vis le majordome apparaître qu’à l’instant ou les rayons du soleil couchant atteignirent sa peau blanchâtre. Un auvent en bois se dressait au dessus de la maison, suffisamment solide pour soutenir une charge importante. Le valet tenait des pots de chambres entre les mains. Il s’avança dans la rue avant de les vider dans une bouche d’égout. C’est à ce moment que je me suis jeté sur lui, couteau à la main. J’entrainais le cadavre dans l’ombre des bâtiments afin de revêtir son costume. Un gosse arriva dans la rue à ce moment. Il était ponctuel et c’était tout à mon avantage. Il voulait se donner un air assuré en m’observant, mais la vue du cadavre presque dénudé le refroidit rapidement. Dans le but de le calmer, je lui montrais la bourse qui lui était promise, avant de la camoufler dans les nouveaux habits que je portais. Je pris ensuite la corde et l’attacha sur l’auvent de bois. Le corps du serviteur dans les bras, je l’installais sur la corde. Il me fallu deux longues minutes avant de réussir à passer la corde autour du coup du cadavre. Il ne restait plus qu’à finaliser la potence en suspendant le corps au-dessus du sol.


« Quand le soleil atteint le toit de cette maison, tu frappes à la porte et tu retournes chez toi. Je viendrais te donner ta récompense en main propres. »

L’enfant acquiesça de la tête avant de repartir se cacher, bien trop heureux de pouvoir s’éloigner du cadavre oscillant au-dessus du sol. Un simple voile pour me camoufler le visage et je rouvris la porte très légèrement afin de ramener les pots de chambre en tant que domestique. Comme je m’y attendais, personne ne se préoccupais des allés et venus des domestiques. Le gamin riait fort avec son ami pendant que les parents vaquaient à leurs occupations. Le renard avait infiltré le terrier.
Cela fait maintenant une dizaine de minutes que j’ai passé la porte et tout semble aller comme je l’avais prévu. Il ne fallut pas plus longtemps avant que le gamin tape deux fois contre la porte dans de grands « boom » ... Les occupants ne semblaient pas s’en préoccuper. Deux autres « booms » et toujours pas de réaction. Encore une fois et cette fois-ci, la mère leva les yeux, exaspérée. Deux dernier « boom » et la mère sortit de ses occupations pour se diriger vers la porte. Elle tourna la poignée et l’ouvrit.

« Oui ? »

Le vent s’engouffra dans la maison amenant l’odeur du sang avec lui. Le cadavre du majordome semblait fixer la femme d’un regard vide. Un flot de bile blanche s'écrasa sur le perron.

« Gra... grands dieux... »

Elle tituba vers le salon, une main repliée sur sa bouche.

« Le... le... »

Sortant de l’ombre, un couteau très fin à la main, je me plaçais derrière le père de la famille. Ce dernier se dirigeait vers sa femme doucement, dans l’incompréhension. Un coup précis dans le dos et l’homme s’effondra sur le sol. Sa moelle épinière était touchée, causant une paralysie des bras et des jambes. Le hurlement de douleur du père se superposa à celui de terreur de la mère. Le gamin, assis dans son luxueux fauteuil, semblait terrorisé. Son ami qui se tenait à ses côtés bondit sur ses pieds. Sa main passa dans un repli de ses vêtements, probablement pour atteindre une arme blanche. Le père continuait de gémir en tentant de se mouvoir.

« Qui êtes vous ? C'est une blague c'est ça ?! »

L’ami de… Ah ! Je ne me souviens plus de son nom… Il fut le premier à reprendre ses esprits. Il jeta un œil à son compère, toujours immobile.

« Enfin, Mark, bouge-toi ! Utilise tes pouvoirs ! »

C’est ça ! Il s’appelle Markus, le gamin ! Insignifiant. Des pouvoirs ? Il est bien trop terrorisé pour ça !

« Mais c'est qu'il va se faire dessus le petit. Il est vrai que je suis plus redoutable qu'un gosse boiteux. »

Je commençais à marcher tranquillement vers Markus. Jetant avec force un couteau long dans l’épaule de sa mère, elle se retrouva clouée à la porte qui s’était refermée. Son cri délicieux quand son dos heurta la porte semblait avoir fait reprendre ses esprits à Markus. Il se leva de son siège avant de hurler.

« N'approchez plus ! Laissez nous tranquilles ! Je suis un puissant nécromancien... je... je... »

Il semblait vouloir utiliser un sort mais rien ne venait. Serait-il tellement effrayé qu’il ne puisse même plus lancer un petit sort ? C’est ce moment que choisi son ami pour se ruer sur moi, un coutelas à la main. Sa façon de se déplacer et de tenir son arme témoignaient de son manque d’expérience avec ce coutelas. Je fis un léger pas sur le côté avant de lui prendre le poignet avec force, lui faisant lâcher son arme. Je sortis ensuite le poignard au manche de métal et lui donna un coup sur la tempe. Il s’effondra sur le sol, inconscient.

« Pourquoi les enfants sont-ils toujours aussi pressés ? »

La mère était déboussolée, le père paralysé, l’ami assommé et il me restait encore du temps au vu de l’horloge. Je reportais donc mon attention sur Markus. Ce dernier psalmodiait quelque chose. Il semblait avoir repris ses esprits, pourtant seule une petite lumière apparut dans sa main avant de s’effacer. Une magie si faible. Est-il si mauvais que ça ? Ou alors… Me voyant encore m’approcher, il recula vers le mur, prit un bibelot au hasard et me le lança au visage. Je sortis un couteau à la lame luisante et me baissa pour ramasser le coutelas à terre, évitant par la même occasion le masque de pierre qui s’écrasa au sol. Un gémissement pitoyable monta de l'autre bout de la pièce. La mère, les joues inondées de larmes, fixait désespérément la scène.

« Ne touchez pas à Markus ! Nous avons des objets de valeur, des bijoux. Prenez tout et partez ! »

Son fils se tenait toujours en posture défensive. Il tâtait frénétiquement le meuble derrière lui à la recherche d'un autre projectile. N'en trouvant pas, il se jeta sur moi, le poing serré visant mon visage. Je disparu de son champ de vision en un clin d’œil. Une fois passé dans son dos, je coupai légèrement Markus sur l'arrière de l'épaule avec mon couteau luisant, enduit d’un hallucinogène puissant. Je me reculais ensuite pour éviter le coup de coude qu’il m’envoya. Un dernier coup dans les tendons avec le coutelas de son ami, à l’arrière du genou, et il est à terre. Le fils et le père s’écroulèrent en même temps. Ce dernier avait essayé de se relever mais c’était maintenant impossible pour lui. La mère quant à elle hurla toute sa rage et décrocha le couteau long de son épaule, laissant une rivière de sang quitter son épaule. Elle se rua ensuite sur moi, telle une harpie en furie. Voyant cela, je plantais le coutelas dans la jambe de Markus, juste sur la gauche de l’os du tibia. Je m’écartais ensuite prudemment, à distance de la tempête de colère qu’était cette femme. Il ne valait mieux pas sous estimer la force de l’instinct maternel. Elle a arraché le couteau que j’avais planté dans la porte avec tant de facilité. Je vérifiais mes appuis avant de porter un violent coup de genou sous le menton de la femme qui s’étala sur le sol. Elle se vidait lentement de son sang, évanouie. Le père hurla sa frustration de ne rien pouvoir faire et le fils hurla de douleur, sentant l’acier du coutelas contre son os. Je me dirigeais vers la femme inconsciente. Un sifflement mécontent s'échappa du dessous de mon voile. Elle ne pourra pas assister à la représentation. Je récupérais ensuite mon couteau long, à terre face à la porte. Jetant un regard sur la salle, je retournais ensuite auprès de Markus pour le retourner dos au sol. J’enfonçais la lame luisante dans son autre jambe, toujours à côté de l'os du tibia. S’il ose se relever avec ça dans les jambes, il aura mon respect. Mais ce pleurnichard n’y arrivera jamais.

« Maintenant, avant que tu ne voies des monstres à tête de corbeau, la faux de la mort entre leurs mains, apparaître dans ton champ de vision, on va discuter un peu. »

En parlant, je retirais le voile qui masquait mon visage. L'expression arborée par Markus avait quelque chose de comique. La douleur déformait ses traits aux points de le rendre méconnaissable. Comme possédé, il se mit à se débattre. Le crissement adorable des lames frottant contre ses os fut bientôt couvert par de nouveaux hurlements.

« Qu’est ce que vous êtes ? »

« Qu'est ce que je suis ? Peut-être un démon d'un autre monde. Ou peut-être… l'incarnation des cauchemars des bourgeois. »

En disant cela, je passais la lame de mon dernier couteau long sur le visage de Markus, laissant une fine trace rouge dessus.

« Ou peut-être bien que je ne suis qu'un fou sortit d'un asile. Qui sait ? »

Je soulevai la lame et la déplaça sur le cou épais de Markus, descendant de plus en plus bas.

« C'est une belle main lisse que voilà. Tu n'as jamais eu à te salir les mains, n'est ce pas ? »

En parlant, je pris le poignet de Markus dans ma main gauche.

« HYAAAAAAARGH !! Mes... mes mains ?! Qu'est ce qu'elles ont mes mains !!? »

Il devait probablement entendre des croassements de corbeaux venant de tous les côtés et des tornades de plumes noires devaient danser devant ses yeux. La dernière phase étant la mort, il ne lui restait qu’une phase de lucidité à subir. La plus amusante…

« Tu semblais bien fier de tes "talents" à la magie. Que se passerait il si tu étais privé de la manipuler ? »

Je fis retomber la lame du couteau sur le pouce de Markus, laissant le couteau s’enfoncer jusqu’à l’os. Quelle délicieuse sensation. Il doit avoir repris ses esprits, ses nerfs plus sensibles que jamais. Son cri de douleur me confirma cette douce impression. Lorsque le silence revint, on entendit une sorte de frottement sur le sol. Le père rampait misérablement dans notre direction. Ses paroles étaient noyées dans les larmes, mais elles demeuraient audibles.

« Pitié, laissez-le partir... Je ne sais pas qui vous envoie, mais vous n'avez pas idée de qui nous sommes. Nous servons des gens puissants. Ils vous retrouveront. Ils vous tueront. »

La main indemne de Markus venait battre mollement contre mon torse, semblant demander pitié. Ils sont ridicules avec leurs plaintes et pleurs. C’est tellement… excitant !

« Vous feriez mieux d'arrêter de bouger, vieux schnoque, avant que je me décide de couper la tête de votre gamin. »

Un autre coup vint trancher l'index, net cette fois ci. Le bout de chair sanguinolent roula sur le sol, semblant fuir la scène.

« KAaaaRgGh... »

On était à mi-chemin entre le hurlement et le gargouillis. La douleur du fils et la détresse du père auraient déclenché un sursaut de pitié chez n'importe qui. J’y trouvais plutôt un plaisir fou. Je ne pus empêcher un rire de contentement s’échapper de ma gorge. Le couteau tomba ensuite sur le majeur. Toujours tranché sans bavure. Le doigt suivant tomba aussi. Finalement, l'auriculaire se retrouva comme ses frères, à terre, vaincu par le métal rougit.

« J'ai entendu parler d'un caillou volé. Tu ne serais pas le coupable ? Pas la peine de répondre, je vais vérifier moi-même. »

Laissant le mourant s'agripper à mon costume sali du sang de mes victimes, je fouillais l'intérieur des poches de Markus pour récupérer le galet.

« Bonne pioche. Mais ne t'en fais pas, tu as été un bon garçon ce soir. Je le laisse entre tes mains. Enfin, "ta" main... »

Un rire de satisfaction s’échappa de ma gorge. Dans le même laps de temps, je décrochais la main de Markus de mon gilet pour y déposer le galet à l'intérieur.

« Un... un caillou... ? »

Les yeux de Markus s'écarquillèrent à l'extrême. Il a enfin compris.

« Jerich-AAARRGH ! »

Il agitait les bras de manière désordonnée, répandant son sang sur la livrée de serviteur que je portais. Vraisemblablement, la douleur avait achevé de le faire basculer dans la folie. Les gémissements de son père ajoutaient à son solo de hurlement une tonalité geignarde. Le doux son des victimes qui comprennent que la mort avait frappé à leur porte. Tremblant de tous ses membres, intacts comme estropiés, la folie gagnait peu à peu les yeux rougis du gamin. Markus était en train de sombrer corps et âme.

« Pourquoi me donner... la pierre ? »

Un petit rire mesquin s’échappa de ma gorge. 

« Ça lui ferait plaisir de savoir que le caillou se trouve entre tes mains. Je suis quelqu'un de pointilleux dans mon travail après tout. »

Un simple coup d'œil à l'horloge mécanique me rappela que la fête était bientôt finie. Je ne peux pas me permettre de rester ici trop longtemps. La pièce s'était assombrie et les flammes de plusieurs bougies s'étaient éteintes. Je me retournais de nouveau vers Markus et posa son poing fermé contre le sol.

« Maintenant ouvre grand ta bouche et dis "ahhh". »

Mon couteau long retomba sur le poignet, libérant un flot de sang. Je répétais l'action à plusieurs reprises jusqu'à ce que le poing toujours fermé autour du petit galet se détache du corps. Une fois la main rangée dans un sac étanche, je me relevais pour contempler la scène face à moi. Le père ne pleurait ou ne criait plus, à bout de forces. Il serait traumatisé à jamais, la magie lui permettant sûrement de recouvrer l’usage de ses membres. La femme mourra peut-être de la perte de son sang, à moins qu’elle soit amenée chez un médecin à temps. Le gamin qui avait tenté de me poignarder était toujours évanoui. Les rumeurs iront contre lui du fait qu’il s’en soit sorti indemne. Quant à Markus, il sombrera dans la folie pendant le temps qu’il lui reste à vivre, agonisant dans la maison pendant des heures durant. L’horloge sonna quatre coups. Il sera mort avant l’aube. Récupérant mes armes, je pris soin de laisser le coutelas dans la main du petit effronté. En sortant de la maison, l’enfant des rues était face à moi, le cadavre du majordome ballottant à côté de lui. Je déposais quelques pièces d’or dans sa main et le regarda partir en courant. Pour ma part, je retournais chez moi pour attendre le lever du jour.




J’étais de nouveau à l’intérieur de la taverne quand je vis le môme avec son corbeau s’approcher en direction de ma table. Un sac dont la couleur avait laissé la place à un rouge glaçant attendait sur la table.
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Emploi/loisirs : Ourdir son prochain complot
Lun 2 Avr 2018 - 23:29
La même taverne enfumée. Les mêmes soudards armés, attablés un peu partout. Jericho se replongeait avec un déplaisir apparent dans ce qu’il appelait la “crasse humaine”. Ces hommes incapables de lire ou de compter, tout juste bons à s’entasser dans des casernes et à dilapider leur solde au jeu. Des serveuses toutes aussi limitées, amorphes, si loin d’imaginer qu’il puisse y avoir une vie en dehors de ces ruelles sombres. Des esprits tellement simples, piégés dans des existences médiocres. Tout cela lui inspirait un sentiment de répugnance presque tangible.

Quelque chose lui effleura la joue. Il tourna la tête vers Béatrice. Elle grandissait encore, et ne tarderait pas à dépasser en envergure les plus gros spécimens du cimetière. L’œil vif, l’oiseau lui donnait de petits coups d’aile affectueux. Il se plongea un instant dans son regard rougeoyant. Rasséréné, il remit ses mains dans les manches de sa bure et s’avança dans la pénombre de la salle. Son passage n’attira guère l’attention. Comme la dernière fois, il parvint sans encombre à la table. Il s’assit rapidement. Pour ne pas se faire remarquer, il avait laissé sa béquille au nid et avait troqué ses vêtements d’initié pour un ensemble fripé des plus banals. Il avisa le sac qui trônait sur le panneau de bois. L’odeur de charogne faisait frémir le plumage de Béatrice.

La main de Swain s’extirpa de son habit pour rafler la besace, qu’il jeta prestement au sol, à côté du mur. Le dédain vint charger son regard et empreindre chaque mot qu’il prononçait :
Les soldats qui nous entourent sont peut-être attardés, mais ils ne sont pas aveugles.

L’assassin jouait un drôle de jeu. Il avait de toute évidence rempli sa mission. Béatrice lui avait rapporté le succès de l’opération, avec force détails sur l’odeur de sang qui s’échappait de chez les Werner. Le saltimbanque avait toutes les raisons du monde de fanfaronner. Mais un sac ensanglanté, négligemment posé au vu de tous, c’était prendre un risque inacceptable. D’autant plus inacceptable alors que Jericho lui-même était impliqué. Ce dernier jeta un regard en coin à un client qui s’approchait en titubant. Une grosse main s’abattit sur la table, tandis que l’homme luttait pour conserver son équilibre. Heureusement pour eux, ses sens paraissaient plus qu’embrumés, et il reprit son cheminement laborieux vers le comptoir sans remarquer ni le sac, ni l’odeur.

Une fois qu’il se fut assuré que personne ne les dérangerait plus, le jeune homme se baissa et ramena la besace sur ses genoux. Il dénoua le cordon et découvrit son présent. Il avait épuisé son quota de sourires pour cette décennie, mais il gratifia l’exécutant de son plus franc rictus. La main était un ajout qui, s’il n’était pas exactement subtil, avait le mérite d’adjoindre une touche d’humour au forfait. Il tira délicatement la pierre de l’étreinte rigide et froide de feu Markus Werner. Le galet demeurait noir comme la nuit. Il le fit rouler sur le panneau de bois, en direction de l’assassin.

Elle ne se trompait pas sur vous.
L’oiselle, n’y tenant plus, s’était précipitée sous la table pour renverser le sac. Elle attaquait présentement à grand coups de becs les phalanges du nobliau.

Vous-vous êtes montré très efficace. Plus efficace, à vrai dire, que certains de mes hommes.
Il extirpa une bourse d’une de ses innombrables poches. Le cuir craquelé boursouflait sous la pression des pièces. Elle rejoignit la pierre devant l’homme au sourire immuable. En se réadossant convenablement, Jericho reprit un air interdit. Quelque chose en lui s’agitait. Comme une envie irrépressible de s’épancher. Quelle subtilité dans le comportement de ce sadique doublé d’un maniaque l’attirait ainsi ? Il n’aurait su dire pourquoi, mais la perspective de discuter avec ce… Shaco ne lui paraissait pas désagréable. Il chassa l’idée et se focalisa de nouveau sur l’instant présent.

Son esprit agençait les nouveaux éléments, affectant le plan qu’il fomentait depuis des années. Un chemin bien plus clair se dessinait à présent. Il avait trouvé un outil adapté pour se tailler un chemin jusqu’à Wisp. De là, il aurait accès aux réunions les plus secrètes. Aux savoirs les mieux cachés. Aux relations les plus influentes. Ce qu’il lui fallait en cet instant, ce n’était pas quelqu’un à qui se confier, c’était un assassin chevronné. Sous la table, de discrets craquements indiquaient que Béatrice était en quête de moelle. La voix de son maître redevint un murmure continu, fluide et rauque à la fois :
J’aurai sous peu d’autres missions à vous confier. Markus et sa famille laisseront derrière eux un vide que je m’empresserai de combler. Pour autant, l’aristocratie de notre belle cité n’est toujours pas exempte de reproches. Les branches pourries se multiplient, et un sérieux élagage est à prévoir.

Il se leva, et comme la dernière fois, il prit la direction de la sortie, de sa démarche claudicante. Il ne se retourna que pour siffler Béatrice, qui parut, un métacarpe au bec. Elle se percha sur son épaule, et de nouveau Swain se sentit complet. Tout en caressant distraitement les plumes de son amie, il lâcha, en guise d’au revoir :
Si toutefois vous souhaitiez poursuivre cette collaboration, je vous suggère de conserver la pierre. La rune qu’elle arbore fait office d’inhibiteur dans un rayon de quelques mètres. Un atout précieux lorsque l’on est amené à affronter des mages. Mais loin de moi l’idée de vous commander.

Le battant se referma sur le jeune homme et son compagnon à plume. Sur la chaise qu’il venait de quitter, un étrange couvre-chef trônait, tout en couleurs et en velours. Sa forme torturée évoquait une pyramide inversée. Une note griffonnée, retenue par une épingle disait :

Je vous le tire, puisque de toute évidence vous n’avez pas perdu la main.
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