Front neigeux

 :: Runeterra :: Freljord :: Habitations Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
avatar
Masculin
Messages : 10
Date d'inscription : 04/06/2017
Localisation : Bastion Immortel
Emploi/loisirs : Ourdir son prochain complot
Mer 9 Aoû - 21:21
Le froid rendait Béatrice irritable. Blottie dans le cou de son maître, les plumes hérissées, elle lançait de temps à autre un regard mauvais au monde extérieur, avant de replonger la tête entre ses ailes. Ce n’était pas encore un de ces blizzards gelés qui pétrifient hommes et bêtes, mais la neige tombait sans discontinuer. Comme si Freljord tentait de décourager l’avancée noxienne. Une colonne de soldats escortait le Grand Général. Des hommes issus de compagnies venues tout droit du nord de l’empire. Il y avait là des archers arborant des tatouages tribaux, des fantassins équipés de haches, couverts de fourrures et quelques guerriers en armures légères. L’hétéroclisme relatif des armées impériales avait cela de bon que lorsqu’une campagne était lancée, le choix des troupes à mobiliser était aisé. Il y avait toujours des unités bien adaptées à la topographie et au climat des lieux d’opération.

Swain avançait d’un bon pas, ses bottes fourrées laissant dans la neige fraiche des traces immédiatement effacées par la cohorte. Il avait troqué son armure habituelle pour une de celles portées par les guerriers qui l'entouraient. La pelisse de loup gris gonflait sa carrure et le rendait méconnaissable. Il leva une main gantée et la colonne fit halte, tandis qu’autour d’eux la neige tombait plus drue que jamais. Un homme se porta à sa hauteur, le poing serré sur la garde de son glaive. C’était un vétéran grisonnant, la bouche tordue en un rictus perpétuel. Son plastron était frappé d’une tête d’ours, et une cape virevoltante ornait ses épaules. Le Grand général lui adressa un regard interrogateur.

"On devrait pas être trop loin."
fit l’homme tout en scrutant le ciel.

Le décor alentour était fortement vallonné et boisé. Les arbres disparaissaient progressivement sous une couverture d’un blanc immaculé. Dans quelques heures, la région ne serait que pentes douces et neigeuses, parsemées çà et là de rochers inégaux. Pour le moment, le vert des pins offrait un contraste saisissant avec le blanc tombé du ciel. Voyant que le commandant préférait se perdre dans la contemplation du paysage plutôt que de donner l’ordre d’avancer, le soldat reprit la parole :
"Sauf votre respect, qu’attendons-nous ? Nous ne sommes qu’à quelques minutes de marche."

Swain retira un gant et se mit à caresser Béatrice dans le cou. Cette dernière émergea d’entre ses plumes, dans un croassement de satisfaction.
"Nous attendons les éclaireurs."

Le ton ne souffrait aucune contestation. Il était évident que les hommes souhaitaient arriver au plus vite à destination afin de pouvoir monter le camp et profiter de la chaleur des brasiers. Mais le général n’avait aucune intention de précipiter ses plans pour améliorer le confort de la soldatesque. Il lança un ordre qui fut relayé par les sous-officiers. Tous les hommes se dispersèrent, formant de petits groupes sous le couvert des arbres, non loin du sentier. Swain mit les instants qui suivirent à profit pour s’approcher des chariots en queue de cortège. Les deux premiers transportaient des vivres et des vêtements, des deux autres émanaient des bruits de chaînes. Ceux-là étaient lourdement cadenassés et renforcés, et seule une petite ouverture avait été pratiquée derrière la place du cocher. À son approche, les bruits se turent. Rassuré, le général tourna les talons et revint à sa position initiale. Il ne bougerait pas avant d’avoir des nouvelles des éclaireurs, car il ne pouvait pas se permettre de croiser qui que ce soit. La réussite du plan dépendait de la discrétion de cette colonne.

Au bout d’une longue attente, le premier éclaireur parut enfin. Un capuchon obscurcissait ses traits, et son long manteau blanc le rendait presque indétectable. Il marchait d’un pas vif et raide, celui qu’ont les montagnards expérimentés. Il glissa quelques mots à l’oreille de Swain qui ne répondit que d’un hochement de tête. Quelques secondes plus tard, le deuxième éclaireur émergeait du sous-bois, les épaules couvertes de neige, sa respiration haletante formant des nuages compacts devant son visage. Il avait dû déployer des efforts remarquables pour avancer rapidement malgré les chutes de flocons.

"Ils sont tous rentrés au village sitôt que le vent s’est levé. Plus un seul bûcheron dans le bois, mon général."


L’intéressé lui accorda le même mouvement de tête qu’au premier soldat qui avait fait son rapport. Le moment était venu.

"Messieurs, je veux que ce village soit pris avant la tombée du jour. Pas de prisonniers. Vous connaissez les ordres, vous n’aurez donc besoin d’aucune indication supplémentaire."

Ceux qui avaient été désignés pour prendre part à l'assaut se rassemblèrent rapidement, une lueur mauvaise dans le regard. La Guerre donnait à ces hommes un but. Depuis trop longtemps ils croupissaient dans des casernes, depuis trop longtemps ils attendaient des batailles qui ne venaient plus. Ils étaient noxiens, soldats de métier, mais leur sang était celui des anciennes tribus barbares. Ils s’accommodaient bien peu d’une quelconque discipline, et ce genre d’ordres était tout ce qu’ils désiraient. Charger, tuer, prendre un lieu. La formation se déploya entre les arbres. Ils descendirent rapidement la pente, slalomant entre les arbres, armes au clair. La première volée de flèches enflammées tomba sur le village un instant plus tard, tandis que les soldats surgissaient de la forêt avec des cris rauques.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Masculin
Messages : 7
Date de naissance : 14/10/1989
Date d'inscription : 18/06/2017
Age : 28
Lun 14 Aoû - 10:43
Et voilà un autre jour d'aventures, de prises de risque, de sourires et de rires éternels. La moustache toujours droite, et un crâne totalement lisse, un homme se tenait droit malgré la rudesse de Freljord. Même le froid n'avait aucun effet sur son moral ou son corps, encore moins quand la simple pensée de pouvoir affronter le danger et de sauver des gens le traversait. Il était le héros, celui qui ne devait pas flancher, alors ce n'était un petit froid qui le freinerait.

Même le petit être sur son épaule savait... Plus ou moins. En tout cas, la future pensée d'avoir un poro-snax au prochain arrêt le rendait tout fou. Poussant des petits bruits d'excitation, le petit poro s'élança dans la neige pour galoper... Plutôt rapidement pour un poro. Savoir qu'il y avait un petit village non loin donnait de la motivation.

La neige n'avait jamais été un souci jusque-là, et puis c'était une question d'habitude, les années forgent la résistance à ce type d'environnement. De toute façon, qui voudrait d'un héros faible et incapable d'endurer ? Il ne faut pas se donner à 100%, mais bien au-delà de ce que les gens peuvent imaginer, c'est ça un héros, d'être au-dessus des autres pour être un exemple, un pinacle.

Mais pour le moment... Un homme se trainait les pieds dans cette neige et son regard n'avait qu'une direction : devant. Oh en soi il avait marché durant plusieurs jours pour atteindre un village dont il voulait prendre des nouvelles et vérifier que tout allait bien.

Enfin le voilà au sommet d'une colline, il allait voir le village... Le visage de l'homme se raffermit soudainement. Ainsi il y avait une masse d'hommes qui commençaient à dévaler sur le village alors que des flammes se faisaient voir sur les toitures.


-P'tit gars ?! Où es-tu ?!

Sa voix porta et son regard chercha alors le petit être qu'il vit entrain de foncer sur le village, pas question de le laisser ainsi ! Braum s'élança sans attendre, courant au plus vite pour faire de son mieux afin de sauver un maximum de vie tout en sauvant son protégé à la langue bien pendue.

Courir ! Vite ! Le petit poro ayant déjà atteint les habitations il n'avait que quelques instants avant que la situation n'en devienne que plus alarmante. D'un saut, le voilà sur un toit, au diable les flammes ! Le temps pressait son action. Il prit à nouveau son envol pour finalement atterrir face au petit poro qui se stoppa, surpris. Un peu plus et son petit protégé allait être à la merci de ces hommes qui fonçaient.


-La prochaine fois mon p'tit, reste derrière moi.

Puis sans même chercher à savoir, il frappa de toutes ses forces le sol avec son bouclier pour projeter une vague de froid en direction des hommes comme pour annoncer sa venue à ceux ayant eu le temps d'être à l'entrée du village. Puis sa voix puissante résonna alors dans tout l'endroit pendant qu'un immense sourire ornait son visage, comme s'il se voulait sympa.

-Ah ah ! Alors comme ça vous pensez que Braum va vous laisser faire ? Venez ! Laissez-moi vous conter l'histoire de ce bon vieux Braum ! Vous ne passerez pas !
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Masculin
Messages : 10
Date d'inscription : 04/06/2017
Localisation : Bastion Immortel
Emploi/loisirs : Ourdir son prochain complot
Sam 9 Sep - 0:12
La première vague d’assaillants fut brisée. Une grande bourrasque neigeuse, des cris de douleur, et l’instant d’après, la vision d’hommes projetés de part et d’autre, comme des fétus de paille emportés par le vent. Le géant torse nu qui faisait désormais face aux attaquants avait fait tout cela sans se départir de son sourire. Après le choc initial, les guerriers encore capables de se relever donnèrent de nouveau l’assaut, sans se concerter. La haine -et sans doute un brin de sorcellerie- déformait leurs pupilles, donnant à leurs visages des allures bestiales. Nombre d’entre eux se jetèrent sur cet ennemi surgi de nulle part, mais d’autres, attirés par les premiers hurlements de panique, donnèrent la chasse aux villageois effrayés.

Le vent aussi repartit à l’assaut, attisant les débuts d’incendie qui se déclaraient sur les toits. La lueur des brasiers se reflétait dans les yeux du général et de son oiselle, patiemment tapis à l’orée du sous-bois. Les pions couraient joyeusement faire ce qu’ils savaient faire de mieux : se sacrifier. La partie débutait à peine et déjà l’imprévu surgissait, sous la forme de ce colosse nordique. Mais ladite partie était d’un genre très particulier, et Swain n’avait aucune intention de laisser un fou aussi imposant soit-il ruiner son ouverture. Sa main gantée vint flatter la base du cou de Béatrice, qui répondit en mordillant l’index de son maître.

"Il est temps pour nous de retourner le plateau, ma chère."

L’oiseau prit son envol, dans un froissement de plumes. L’instant suivant, elle filait contre le vent, ses six yeux mi-clos pour se protéger du blizzard. Slalomant entre les pins solennels de Freljord, elle prit rapidement de la vitesse pour atteindre une pointe à laquelle aucun corbeau lambda n’aurait pu prétendre. Une main en visière, Jericho prit le temps d’apprécier la grâce de son amie à plume avant qu’elle ne se dérobe tout à fait à son regard. Puis il se mit en route à son tour, d’un pas tout à fait tranquille.

Béatrice atteignit son objectif quelques instants à peine après avoir quitté l’épaule du Grand Général. Elle se posa sur une branche, face à un capitaine noxien à l’air anxieux. C’était un homme mince et élancé, dont le visage juvénile contrastait fortement avec des cheveux prématurément blanchis. Il portait une armure de bataille dans le plus pur style noxien. Acier noir et habits pourpres. Il accueillit l’arrivée du corbeau sans surprise, et une sorte de soulagement pu se lire dans son regard. Il s’attendait visiblement à être contacté de la sorte. L’entrevue fut brève. Le volatile tendit une patte, entrouvrit ses serres et laissa tomber aux pieds de l’officier un morceau de parchemin. Puis il décolla de nouveau dans un croassement dédaigneux, projetant la neige qui reposait sur la branche en tous sens. Comme si l’idée même de rester en si piètre compagnie l’affligeait.

L’homme se baissa et ramassa le message. Il lut rapidement et l’anxiété revint hanter ses traits. Il se retourna vers ses hommes, tous de fiers et solides guerriers en armure. Le froid et l’attente rendait leurs regards scrutateurs. Il prit la parole, criant presque pour se faire entendre de tous malgré le vent qui hurlait toujours.

"Il semblerait que notre rendez-vous avec l’unité du général soit compromis. Une attaque sur un village des environs met en péril cette mission d’escorte. Nous avons pour ordre de rebrousser chemin et de prendre les assaillants en tenaille. En avant !"

Les soldats empaquetèrent rapidement leur barda et prirent la direction du village, à marche forcée. Le capitaine dégaina le premier, et bientôt, une centaine de lames noxiennes furent tirées de leur fourreau. La cohorte pouvait désormais entendre les hurlements sauvages et les cris de détresse, mêlés aux sifflements du vent.

De son côté, le général avait laissé derrière lui la fureur du combat. Il retournait vers le lieu où stationnaient les troupes qui n’avaient pas été mobilisées pour l’attaque. Conformément à ses instructions, un camp avait été monté. Des tentes de fortune et quelques foyers élevés à la hâte, au-dessus desquels certains soldats avaient suspendu leurs affaires détrempées par la neige. Ils se massaient, grelottants autour des feux. En voyant leur commandant émerger d’entre les conifères, les hommes se rassemblèrent rapidement et reprirent des postures plus convenables. Le sous-officier chargé de coordonner les opérations se posta au garde-à-vous, face à lui, prêt à recevoir les ordres.
"Y a-t-il un problème mon général ? Faut-il que nous venions en renfort ?"

Sous le masque de tissu, l’expression de Swain demeurait plus froide et impassible que jamais.
"Non, soldat, j’ai simplement besoin d’une bonne lame."

Décontenancé par la requête, le subordonné se hâta néanmoins de tirer son épée au clair pour l’offrir, garde en avant, à son supérieur. Swain se débarrassa de ses gants qu’il laissa tomber avec indifférence dans la neige. Sa main se referma ensuite sur la poignée de l’arme. C’était une sorte de glaive léger, fait d’un alliage robuste bien qu’un peu trop grossier à son goût. Ses doigts crochus cherchèrent la bonne prise tandis que son poignet se tordait étrangement pour trouver l’équilibre. Malgré les apparences, le général n’était pas étranger au maniement de l’épée. Dès qu’il eut trouvé une bonne prise, il effectua un moulinet rapide et précis, et le tranchant de la lame vint sectionner la jugulaire du soldat. Un coup d’estoc vint ensuite défoncer la cage thoracique de l’homme qui s’effondra en arrière. Au loin, un corbeau croassa.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Messages : 5
Date d'inscription : 21/04/2016
Mar 12 Sep - 21:26
L'adolescent bougonnait. C'était pourtant une tâche quotidienne à laquelle il était depuis longtemps accoutumé, mais aujourd'hui cela ressemblait plutôt à une punition. Mauvaise journée, dirait-on. Il n'y avait pas que cela. Le froid était plus cuisant que d'ordinaire en cette saison, et la neige qui tombait se figeait rapidement en glace dans ses cheveux figés dans le vent. Il avait déjà essayé de les remettre en place, mais en vain. Il ne faisait que donner plus de prise au froid qui ne demandait qu'à le mordre. Le brun souffla sur ses doigts. Il regrettait de ne pas avoir écouté sa mère. Il aurait dû se couvrir la tête. Il était enfant du nord et se targuait d'être plus solide que ces chochottes qui rentraient dans leur terrier dès que le ciel devenait blanc. Mais il y avait des limites...
Ses mains déjà rendues calleuses par le rude métier qu'il apprenait de son père saisirent fermement la hache qu'il avait plantée dans la souche. D'un coup franc et sec, il fendit une énième bûche. Le froid avait aussi ses avantages, quand on savait l'exploiter. Quand il n'était pas complètement gelé, le bois n'en était que plus simple à couper.

TCHAC TCHAC TCHAC

Le solide jeune homme poursuivit sa tâche jusqu'à être en nage. Quand il fit l'erreur de s'arrêter pour essuyer la sueur de son front, le gel qu'il avait réussit à oublier un moment pénétra jusqu'à ses os, et il dût réprimer un violent frisson. Ce n'était que le froid ? C'était comme si le ciel était devenu plus sombre d'un coup. Et pas seulement à cause du temps qui se dégradait... Laissant cette intuition de côté, il attrapa les bûches qu'il avait coupées et les empila soigneusement contre le mur de la maison, avec celles résultant de son précédent labeur. Il ne put s'empêcher de regarder par la fenêtre. Le poêle ronflait à plein régime, et la lumière des flammes le tentait terriblement. Il se secoua. Il faudrait aussi qu'il rentre du bois sec pour alimenter le brasier. Alors qu'il se retournait vers le tas en désordre, il capta un mouvement dans la maison. Il devait déjà ranger ça. Et sa hache, aussi.


- Einar !

C'était la voix de sa mère. C'était elle qu'il avait vue. Il fit à nouveau face à la maison pour la regarder. Emmitouflée dans sa robe de laine lie-de-vin par-dessus laquelle elle avait encore passé une fourrure claire, les mains invisibles sous ses manches et les bras croisés sur sa poitrine, son regard était assombri par l'inquiétude.

- Que fais-tu encore dehors ? Ne vois-tu pas le blizzard qui approche ?

... C'était donc ça. Les mains dans les poches plus pour les réchauffer que prendre un air nonchalant, l'adolescent fit mine de rien.

- Je voulais juste finir ce que j'avais commencé.

Intérieurement il s'insultait. C'était un manque d'attention impardonnable. Il était pourtant montagnard expérimenté et aurait dû le voir. Mais il s'était laissé aveugler par son travail et ses griefs. Dans d'autres circonstances cela aurait pu lui coûter la vie. Einar fit un signe du menton en direction de la porte.

- Elle est calmée la chieuse ?

A la façon dont sa mère fronça les sourcils, il sentait venir la rouste. Mais elle ne bougea pas. Au lieu de ça, elle posa une question, d'une petite voix.

- Tu n'as pas vu ton père ?

Soudainement saisi par la même émotion que sa mère, il secoua lentement la tête. Ce n'était pas normal. Sans ajouter un mot, elle lui fit signe de rentrer et libéra le pallier pour qu'il la précède. Elle jeta un dernier regard vers l'extérieur avant de refermer la porte.

Le jeune homme ne se fit pas prier pour venir au coin du feu. Dehors le vent qui soufflait était nettement audible, et gagnait en puissance de minute en minute. Bientôt la neige qui frappa la fenêtre n'avait plus rien de gentils flocons. Il  n'y avait d'autre choix que d'attendre la fin de la tempête... et prier pour que son père ait trouvé un abri. Il y avait toujours des cabanes de bûcheron dans les bois. La première chose qu'il avait apprise de lui était la prudence et la prévoyance. Toujours avoir un refuge en tête et guetter les signes avant-coureurs dans la nature. Il ne pouvait pas être perdu. Il reviendrait quand le soleil reviendrait, riant de leur sang d'encre. Oui, c'est ce qui arriverait.

Quand il fut suffisamment réchauffé pour que son estomac lui rappelle avec force grognements qu'il ne l'avait pas rempli avant la découpe du bois, Einar compris que sa petite sœur avait été punie. Ce n'était que justice après tout. Il ignorait où elle avait appris ces insultes, mais se rappelait parfaitement le coup bien senti qu'elle lui avait collé dans le tibia. La petite peste. Malgré ce souvenir, le garçon découvrait qu'il ne lui en voulait plus vraiment. La douleur avait depuis longtemps disparu, et le travail l'avait défoulé plus que nécessaire.


- Tu veux bien l'appeler pour le repas ?

Ah. Il avait la tête tournée vers la chambre de la gamine. Il était vraiment trop transparent... Tant pis. Il se leva de bonne grâce, mais alors qu'il allait frapper à la porte, un autre bruit bien plus fracassant retentit. Immédiatement, le ton et le visage de sa mère changèrent. Sa peau pâlit mais ses traits se durcirent.

- Prends ta petite sœur et vas dans la cave.

La porte devant lui s'était ouverte, et Hedi se précipita dans ses bras, tremblante. Il mit à exécution l'ordre de sa mère sans poser de question. Avant de verrouiller la trappe de la cave, il eut juste le temps de voir sa mère saisir le fusil de son père et compléter la charge de poudre dans la culasse. Sa mère. Frida. La femme la plus brave qu'il connaisse. En la voyant ainsi, dans la posture d'une guerrière, il ressentit un profond ressentiment. Il savait déjà qu'il n'allait plus la revoir.
Le village avait déjà été attaqué, cela arrivait régulièrement. Mais cette fois était différente. Vraiment différente. Les pas qu'il avait entendu dans la neige ne ressemblait en rien aux vagabonds qui agressaient les fermes extérieures en espérant voler des vivres. Ni aux tribus sauvages qui vivaient à une altitude bien plus élevée dans des conditions peu enviables. Ces pas-là étaient rapides, presque effrénés. Mais réguliers et sourds comme un roulement de tambour. Ils étaient nombreux et avides de combat. Même avec sa faible expérience, Einar savait reconnaître des soldats.

Serrant sa petite sœur contre lui dans la chaleur moite de la cave, il entendit sa mère fouler les lattes au dessus d'eux, ramenant de la poussière pour rétablir l'aspect usé qu'avait le reste du plancher. Il entendit aussi le bruit d'une lourde étoffe, et bientôt le peu de lumière qui filtrait encore disparut. Puis, plus rien.


- Einar, j'ai peur...

Ayant complètement oublié leur chamaillerie, sa sœur s'était blottit plus étroitement contre lui. Elle avait peur de l'obscurité. A cet instant, lui aussi, mais il ne devait surtout pas le montrer. Elle voulait se montrer courageuse, mais il l'entendait sangloter dans le noir. Il la serra, fort, la main derrière sa tête alors qu'elle posait son front sur son torse.

- Je suis là.

Il ne pouvait pas dire "Tout ira bien." S'il y avait une chose qu'il n'avait pas appris à faire, c'était mentir. Mentalement, il se préparait à toutes les éventualités. Même fuir dans le blizzard, s'il le fallait. Tôt ou tard, il le faudrait sûrement. Il y avait des vivres et des vêtements au sous-sol, ils n'étaient pas dépourvus. C'était étrange. C'était la première fois qu'il jouait pleinement son rôle de grand frère protecteur. S'en rendre compte maintenant fit venir un goût amer dans sa bouche. Il avait fallu attendre qu'un drame se produise...
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé
Contenu sponsorisé
Contenu sponsorisé
Revenir en haut Aller en bas
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en hautPage 1 sur 1
Sujets similaires
-
» Où sont les membres du Front de Lespwa, reveillez-vous ?
» La droite américaine est beaucoup plus à droite que le Front national.»
» Soldier Front
» 29 novembre 1987 : 19 ans déjà !
» [TUTO] Faire des socles

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Valoran's Battlefront :: Runeterra :: Freljord :: Habitations-
Sauter vers: