La mécanique du coeur

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Dim 23 Juil - 11:17
Comme quoi cela pouvait servir de ne pas être tout à fait n'importe qui. L'auditorium n'était pas un endroit inconnu pour Falun, même si l'y voir semblait toujours incongru. Personne ne le voyait comme un grand amateur de musique, et il ne pouvait prétendre vraiment s'y connaître en acoustique. Pourtant, c'était ici qu'il avait effectué les derniers réglages pour Trèfle, l'oiseau réagissait aux sons, et ainsi amplifiés, l'enregistrement de ses instructions, aussi obscures qu'elles paraissent pour des néophytes, s'était révélé d'autant plus rapide et précis.

A l'époque, les techniciens le laissaient rentrer par sympathie pour son projet, qui passait pour une lubie sans avenir. Falun savait qu'ils avaient pitié de lui. Il était maigre et avait le teint hâve, l'air malade même quand il ne portait pas de plâtre. Sa santé ne lui laissait alors guère de répit.
Les choses avaient bien changé depuis, et les techniciens qu'il avait vus de manière récurrente se réjouissaient du dénouement heureux de son histoire, et fiers de l'avoir connu avant que son nom n'apparaisse dans les journaux. Reconnaissant pour leur aide désintéressée, l'inventeur avait appris à les connaître et les appelait par leur prénom.
Même si ses visites s'étaient largement espacées, il avait même eu l'occasion de rencontrer le directeur de l'auditorium, qui n'avait pas manqué remarquer à quel point sa santé - et ses chances de survie - s'étaient améliorés. Ils étaient parmi les rares personnes à avoir entendu le potentiel symphonique de Trèfle, même s'ils étaient loin d'en connaître toute l'étendue et le potentiel.


"Merci Deif."

L'ingénieur abandonna la missive dans les mains du technicien. Plus que sa petite célébrité, c'était surtout l'amitié qu'il avait tissée avec ces hommes qui s'avérait utile. Pourtant, même s'il se sentait suffisamment proche d'eux pour leur demander ce service, l'étudiant était passé en amont par les voies officielles. Cela était potentiellement plus contraignant, mais il doutait que l'artiste consente à rencontrer un inconnu à la sauvette, et son emploi du temps devait être plutôt chargé. Même s'il prenait le risque d'un refus purement administratif, il avait ainsi une meilleure chance qu'on lui concède un peu de ce temps si précieux.
Contre toute attente, l'on accéda à sa requête bien facilement. Falun n'était pas hautain, et en dehors de ses champs d'exercice, il s'efforçait de rester discret. Et il ne profitait pas de sa renommée pour obtenir des faveurs. En réalité, c'était la première fois. Il n'était pas naïf. Il savait qu'on ne lui aurait pas ouvert les portes de la loge s'il avait été un simple étudiant, sans histoire et anonyme. Son nom et la modestie de sa demande avaient sans doute grandement joué. Le jeune homme soupçonnait également un brin de mansuétude. Car nul dans l'Académie ne pouvait ignorer les récents évènements qui l'avaient touché.
Même si cette pensée le mettait mal à l'aise, il ne se plaignait pas du temps ainsi gagné. C'était déjà un miracle qu'il ait trouvé le temps d'écrire ce court message. Mais il avait bien trouvé le temps d'assister au concert, alors...




Entr'acte I : Spectateur clandestin

L'Académie accueillait la journée des inventeurs. C'était une manifestation importante, bien que le nom paraisse un peu pompeux. Même si la plupart des inventions exposées provenaient des élèves, quelques inventeurs indépendants pouvaient s'y produire. Cette journée servait d'introduction à la Fête du Progrès, et il pouvait y avoir des visiteurs des grandes maisons... alors tout le monde s'appliquait et se donnait au maximum pour que son atelier soit remarqué.

La précédente Fête du progrès, la seule à laquelle il avait pu prétendre en réalité, avait été une catastrophe pour Falun - et un cuisant échec. Il ne s'était donc pas étonné de voir le projet d'un autre élève choisi pour être présenté lors de cette journée. Il y avait participé activement, travaillant dur pour que ce soit une réussite, mettant comme toujours beaucoup de cœur à l'ouvrage. Mais cette fois, ce n'était pas lui dans le feu des projecteurs et il pouvait en profiter pour se reposer un peu... et faire quelques biais au programme de la journée.
Cela faisait plusieurs jours déjà que le jeune homme avait repéré les affiches annonçant la venue d'une grande artiste, dont la représentation signerait l'ouverture de l'exposition. Connaissant son nom, il n'avait qu'un souhait pour cette journée, pouvoir assister à son spectacle. Par honnêteté, il avait partagé cette envie avec ses camarades. En temps normal, le temps du concert était l'occasion pour les exposants de faire les derniers préparatifs et de peaufiner leur présentation et leur discours. Il n'était pas sensé faire exception. Mais aidé par les circonstances, il avait gagné l'accord de tous les participants et la complicité même de la "directrice du projet". Il s'était assuré d'avoir terminé toutes ses tâches en avance, et au moment opportun, il s'était éclipsé, aidé par les autres qui cacheraient son absence.


"Sur ce coup-là, je t'envie.
- Non, c'est ton jour de gloire."

Falun voulut sourire à la jeune fille. Sélène était une élève douée, et son esprit inventif était trop souvent oblitéré par sa réserve et son envie de mettre ses talents au service des autres. Même s'il restait un peu amer pour son propre avenir, il était sincèrement heureux qu'elle ait été choisie, c'était l'occasion pour elle de se faire enfin connaître. L'exprimer était une autre paire de manches.
Une fois hors de vue, il avait pris un chemin de traverse pour se diriger vers l'extérieur de la bâtisse. Quelques notes sifflées, et Trèfle reçut ses instructions. Il regarda l'oiseau s'envoler. A partir de maintenant il suffirait d'une fenêtre ouverte. Il espérait faire une belle surprise aux camarades qui couvraient son escapade.

Un éclat argenté dans les hauteurs de la salle lui confirma le succès de son infiltration. L'auditorium était bondé. N'étant pas invité à la représentation, il avait dû se contenter d'une petite place près de la sortie. Il était assis à même le sol pour que l'on ne remarque pas sa présence, et n'avait aucun visuel sur la scène... quelle déception. Dire qu'il avait fait tant d'effort pour...
La vibration intense interrompit net ses pensées. S'il n'avait pas été assis il serait tombé. Amplifié par la sonorisation, la mélodie de l'Etwahl avait rempli l'espace. En moins d'une respiration, le souffle coupé, il ne pouvait plus penser à autre chose. Il ne voyait pas Sona, mais il entendait parfaitement son instrument. Les yeux fermés, Falun se laissa porter. Comme si elles étaient vivantes, les notes traversaient son corps, faisant frémir ses nerfs et battre son cœur. Il ne faisait qu'un avec elles, comme si elles l'emportaient dans un rêve.
L'instrument se tut, laissant couler une dernière note avant un silence parfait. L'étudiant porta la main à sa nuque, manquant le coche pour les applaudissements. Encore ému, il ressentait une chaleur le long de sa colonne vertébrale, comme une résonance. Avant qu'il n'ait pu reprendre pied sur terre, la musique l'emporta à nouveau. C'était une invitation au voyage, elle l'emmenait successivement dans ces pays étranges et lointains qu'il n'avait vu qu'en peinture. Il se trouva l'espace de quelques minutes en terrain familier, mais Piltover n'était qu'une étape, et il quitta bientôt sa ville vers d'autres horizons, dans de cette succession de paysages mélodiques. C'était... magique.

La note finale sembla rester suspendue dans les airs, avant que n'explose la foule extatique. Cette fois, Falun faisait partie du public enthousiaste, et manqua se blesser la main à force d'applaudir. C'était très différent de tout ce qu'il avait pu imaginer. Bien loin de la mélodie lancinante et répétitive qu'il avait vue sur les écrans. Mais il en était heureux, et cela faisait naître en lui une nouvelle envie, un doux rêve. Il n'était pourtant qu'un point parmi tant d'autres, admirateur invisible et caché par les corps des spectateurs qui s'étaient levés pour acclamer l'artiste. Quel vain espoir était-il en train de faire naître ? La déception ne serait pas un baume pour son cœur meurtri...
L'étudiant était debout, l'émotion lui avait fait oublier pourquoi il ne souriait plus. Mais il se faufila hors de l'auditorium avant que les applaudissements ne retombent. Il sentait encore les palpitements de la musique dans ses tempes, mais il ne fallait pas qu'il se fasse repérer et devait retourner à l'atelier avant que son absence ne devienne trop suspecte. Trèfle lui, attendrait que la salle se soit entièrement vidée avant de prendre son envol. Peut-être capterait-il des images de la magi-musicienne, qui sait ?


(To be continued...)
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Mar 25 Juil - 19:08
TOC TOC

La précieuse enveloppe dans les mains, le technicien remuait les lèvres en silence. Il se trouvait devant la loge de l'artiste, et c'était vraiment intimidant. Il avait expressément attendu de son retour, prévenu qu'elle revenait chercher quelques effets personnels. Il était donc certain de sa présence. Pourtant le doute l'assaillait. La célèbre artiste lui ouvrirait-elle ? La missive était une opportunité à ne pas manquer, car elle lui permettait d'apercevoir, même un bref instant, cette femme à la harpe qu'il n'était pas le seul à admirer. Et Falun se permettait de lui écrire ? Ce petit malin était bien culotté. Le veinard. L'homme se rabroua. A la vérité, non, il n'avait aucune envie d'être à sa place. Pas en ce moment.
Sur ces pensées, la porte s'ouvrit, prenant Deif par surprise. Il faillit froisser la lettre par crispation. Tout n'était que silence. La femme qui lui faisait face le regardait, un air interrogatif sur le visage. Sentant venir son bégayement, il préféra renoncer au petit discours qu'il avait pourtant si soigneusement préparé, et tendit l'enveloppe avec la grâce d'un empoté... mais il s'insulterait plus tard. Il voulait malgré tout savourer cet instant.


"B... bonjour. C'est une lettre pour vous."

Il aurait sans doute dû dire son nom, ou celui de l'expéditeur, mais les mots restaient coincés dans sa gorge. Ses cheveux bleus donnaient un air innocent à son visage, c'était vraiment différent de la voir en vrai. Elle était si... La main de la musicienne attrapa la lettre avec douceur, remerciant le messager d'un hochement de tête. Avait-il réussi à empêcher sa main de trembler ? Il n'était pas sûr.

"Au revoir."

Il avait au moins parlé sans hésiter cette fois. Pour un adieu, génial. Il regarda encore la jeune femme, gardant ses pensées secrètes. Puis il fit demi-tour. Si l'artiste était très occupée, il en allait de même pour lui. Le travail était loin d'être terminé, même après le concert. Et avec ce qu'il venait de voir, la journée promettait d'être longue.



Entr'acte II : Silence

"Eh, c'est moi qui fait ça d'habitude !"

La voix du rouquin s'était élevée presque par réflexe, une réplique ancrée dans sa nature profonde. Ses yeux, eux, trahissaient un trouble bien différent. Il porta avec un geste lent, trop lent, ses doigts à sa joue, pour effleurer sa peau là où les lèvres de Sélène l'avaient touchée. Cette dernière s'était reculée dans le silence qui était tombé soudain, les yeux écarquillés, les mains devant sa bouche, effarée par l'impair qu'elle venait de commettre. Il avait toujours rêvé de ça, il le réalisait maintenant. Mais... ce... n'était... pas... la bonne personne.
Le jeune homme se leva brusquement. Son regard avait croisé celui de la brune avant qu'il ne se retourne. Son œil gauche était aussi rouge et sombre que celui mutilé lors de l'opération qui avant changé sa vie. Mais il était loin d'être froid. Et Sélène recula encore, la culpabilité marqué sur ses traits. L'oiseau d'argent sur l'épaule, il s'éloigna sans plus un mot. Envolé le sourire de son escapade, envolée la joie de la surprise qu'il leur avait réservée en remerciement de leur complicité. Sélène fit mine de le suivre, mais une main l'arrêta.


"Laisse-le, il n'a pas besoin de ça."

Les yeux bleu lagon d'un autre apprenti se plantèrent dans ceux de la jeune fille.

"Mais ne te sens pas coupable. Tu étais juste un peu trop enthousiaste. Nous l'étions tous."

Le son retomba sur le silence laissé par l'absence de Falun. Il n'y avait plus de musique dans les couloirs de l'Académie. Tous espéraient juste que leur compère n'était parti que pour aller dormir.



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Mer 30 Aoû - 22:05
Un bien étrange coursier. La musicienne avait reconnu sans peine l'un des techniciens qui avaient travaillé sur les réglages du matériel de l'auditorium pour l'adapter à la sonorité particulière de l'ethwal. Comme tous, discret et anonyme, jusqu'ici. Plus intriguant encore, cette missive qu'il lui avait remise. Le papier était d'une certaine qualité, et brillait aux coins, comme imprégnés de paillettes argentées. Elle dégageait une légère odeur métallique, peu probable qu'elle ait été rédigée dans un bureau. Plus vraisemblablement un atelier. Cela promettait la sympathie d'un public assez particulier. Sur l'enveloppe, un dessin au graphite en guise de sceau, un trèfle à quatre feuilles. C'était simple, sans enjolivure, mais d'un doigté qui pouvait être celui d'un artiste. Le pli était fermé par une ficelle, que ses doigts agiles délièrent sans mal.
Le papier était replié soigneusement, mais malgré cette attention elle retrouva un peu cette poudre métallique qui avait déjà signé l'enveloppe. Un autre dessin à la fin de la lettre, un oiseau cette fois, mais ses ailes n'étaient pas faites de plumes. La muse s'attarda sur l'écriture. Son admirateur était un jeune homme. Il avait écrit dans l'urgence, les lettres un peu trop resserrées le prouvaient, même s'il avait visiblement fait un effort. Il y avait dans l'expression de sa plume un mélange indistinct de passion et professionnalisme. Cela avait de quoi interpeler, mais les mots qu'il avait couchés lui en apprendraient sans doute d'avantage qu'une quelconque analyse graphologique.


"Bonjour Mlle Buvelle,

Je m'appelle Falun, malheureusement vous ne me connaissez pas encore. Vous apprendrez bientôt que je suis passé par les voies officielles pour être en mesure de vous rencontrer.
J'espère vraiment que vous consentirez à cette audience et qu'elle me sera accordée. J'ai assisté à votre représentation hier soir, c'est de là que provient mon souhait de rencontrer en personne celle qui compose une symphonie aussi touchante. Ce ne sont que des mots, mais je ne m'intéresse pas qu'à la surface. Peut-être me permettrez-vous de vous le démontrer.
Je ne suis qu'un modeste étudiant, et ma demande est sans doute osée. Mais qui sait, j'aurais peut-être l'occasion de vous montrer quelque chose à mon tour.

Avec tout mon respect,
F.
"


Entr'acte III : Sourd appel

Le couloir semblait interminable. La lumière du jour passait par les grandes baies vitrées, mais cela ne le rendait pas plus rassurant. L'administration. Le pire cauchemar de tout piltovien qui se respecte. L'ingénieur s'était levé tôt, en prévision des complications qui ne manqueraient pas arriver.
Comment cette idée lui était-elle venue ? Comment avait-il pris la décision qui avait rendu cette dernière concrète ? Cela restait flou dans son esprit, et ça n'avait pas d'importance. Mais ça semblait complètement dingue. Il avait dû rompre une durite pour penser que l'option qu'il envisageait avec tant de sérieux ait la moindre chance de se réaliser. Tellement improbable. Beaucoup trop de paramètres, d'incertitudes. Pourtant, il marchait dans ce couloir, ayant pris soin de se rendre présentable - autant qu'il en était capable au saut du lit.

Le soleil ne brillait pas de ce côté du bâtiment, pourtant un reflet attira son regard. Un oiseau de proie passa à sa hauteur, volant parallèlement aux fenêtres. Il monta en flèche quand le bâtiment forma un angle sur sa trajectoire, disparaissant du champ de vision du jeune homme. Il ne l'avait pas appelé. Pourtant depuis quelque temps Trèfle se montrait chaque fois que ses émotions s'emballaient. C'était vraiment troublant. Ce comportement ne répondait à aucun programme. Mais l'inventeur n'avait pas tenu à examiner cette anomalie. Il y a peu, cet oiseau avait réellement sauvé sa peau. Il siffla entre ses dents la séquence "faucon". Il n'était jamais loin de toute façon.

Ses pas l'arrêtèrent devant une porte. Le nom du doyen était inscrit en lettres dorées sur le bois. Quel prestige. Falun souffla un bon coup et avança la main vers la poignée. Mais avant qu'il n'ait touché le métal, la porte s'ouvrit. Moins austère que ce qu'il avait imaginé, ce que l'étudiant vit en premier fut le sourire du vieil homme.


- Que puis-je pour vous jeune homme ?

~

L'académicien se redressa poliment, puisque le doyen concluait leur entretien.

- Comprenez bien que cela n'est pas entièrement de mon ressort. Il faut tout d'abord que mademoiselle Buvelle consente à cette rencontre.
- Je ne suis qu'un étudiant... j'en suis conscient.
- Vous êtes un peu plus que cela, jeune homme. J'interfèrerai à votre avantage.

Le doyen semblait confiant, Falun l'était beaucoup moins. Même s'il avait sauté le pas, il se demandait toujours quelle mouche avait pu le piquer. Il savait également que la musicienne ne resterait pas longtemps en ville, ce délai semblait bien trop court pour une rencontre privée, eût-il été l'admirateur le plus investi du monde...

- Vous aurez une réponse d'ici ce soir.

L'homme souriait posément. Ce soir, vraiment ? La muse devait encore avoir quelque affaire en ville, le jeune médecin l'aurait déjà pensée sur le chemin du retour lorsque la nuit tomberait. Cette perspective était en elle-même réjouissante.

- Vous êtes sûr d'aller bien ?

L'étudiant releva la tête, pris au dépourvu. Visiblement son visage n'exprimait pas tout à fait la joie qu'il pensait ressentir. Ses sentiments étaient... perturbés. Comme une illumination, Falun comprit soudain. Cette absence d'opposition, cette approche conciliante... c'était lié. S'en rendre compte lui donna envie de se rétracter, tout annuler. Il détestait l'idée qu'on ait pitié de lui. Mais faire machine arrière alors qu'il était allé si loin... serait purement et simplement du gâchis. Il s'efforcerait juste de ne pas penser trop fort à la raison de cette faveur.

Revenu dans le couloir, Falun marmonna. "Gare aux faux espoirs, tu pourrais tomber de haut..." Rien n'était encore acquis, après tout.
Un trille grave résonna à ses oreilles comme un reproche. Serres en avant comme pour attraper une proie, Trèfle fonçait vers la vitre à vive allure. Il freina son élan au dernier moment et resta en vol stationnaire derrière le verre poli, donnant de furieux battements d'ailes. Reproche, furieux ? D'où pouvait-il attribuer de tels qualificatifs à une mécanique ? Cette tendance à l'anthropomorphisme pourrait lui jouer des tours...
S'il n'avait été seul, l'arrivée du rapace ne serait pas passée inaperçue. Il ne lui avait jamais donné un tel ordre. Il préférait amplement la discrétion à son sujet, voire le secret. Falun émit un quelques notes, brèves, autoritaires. Les ailes se repositionnèrent et redirigèrent sa création vers ses appartements. Il y resterait jusqu'à ce que lui-même désactive cette sécurité.

Pendant ce bref interlude, une nouvelle idée avait germé dans son esprit en constante ébullition. Pour augmenter ses chances de rencontrer la muse, pourquoi ne pas prendre les devants, par une petite introduction, qui pourrait engager un semblant de conversation ? De retour à l'atelier, il se mit en devoir de trouver du papier de bonne facture, au minimum plus présentable que celui utilisé pour ses schémas... Il savait déjà comment faire parvenir cette missive à son destinataire, mais il devait agir vite.


(To be continued...)
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Ven 22 Sep - 17:13
Sa main tremblait. Il était fébrile. C'était absolument, complètement inespéré. Il relut les lignes sur le papier que ses doigts crispés froissaient peu à peu. Cette lettre qu'il tenait entre les mains, venait de Sona. C'était sa réponse au message qu'il lui avait adressé plus tôt, et elle avait été rapide.

"J'ai été très étonné quand elle m'a rappelé. Ravi, aussi, je ne le cache pas."

Falun ne s'attendait pas non plus à un retour de courrier, pourtant Deif était venu lui remettre en mains propres cette enveloppe légèrement parfumée. Il ne s'était pas passé plus de quelques heures depuis le premier échange, et maintenant...
Quand il avait parcouru cette lettre pour la première fois, l'ingénieur avait éclaté de rire. C'était surtout nerveux car bien qu'assez légère, la tonalité du message n'était pas humoristique. Mais que l'une des musicienne les plus talentueuses et connues de tout Runeterra lui adresse quelques mots en personne était une chance inouïe. Il n'avait même plus à s'inquiéter d'une réponse officielle. Plus, elle semblait tout à fait curieuse de le connaître. Cet intérêt le flattait tout autant qu'il le rendait nerveux. Ne s'était-il pas
un peu trop bien vendu ? Qu'avait-il vraiment à lui offrir, à lui montrer ? Il avait certes une petite idée en tête mais... petite. Alors qu'elle lui demandait tout un programme. Comme il s'en doutait, une rencontre le jour-même était impossible. Elle le précisait elle-même, elle avait effectivement un emploi du temps déjà défini. Il avait donc jusqu'au lendemain pour réfléchir. Vingt-quatre heures chrono. Cela paraissait bien court. Dans sa main, le papier portant les belles lettres de la muse était tout chiffonné. Dam.


"Bonsoir monsieur,

J'ai bien reçu votre demande et j'y accède avec grand plaisir. Les vrais mélomanes se font rares et votre belle cité semble avoir en son sein quelques personnages capable d'apprécier une musique pour bien plus que l'architecture de ses sons, et je pense pouvoir retirer beaucoup d'une rencontre avec vous. Il me semble que vous êtes un élève brillant et célèbre, j'espère que cela ne nous empêchera pas d'être tranquilles quelques instants tout du moins.

Étant donné que vous m'avez invitée et que vous connaissez la ville et ses environs bien mieux que moi je vous laisse me faire une proposition quant au programme de notre tête-à-tête. Je suis assez bon public et me laisserai tenter par la plupart des activités que vous pourriez proposer dans ou hors de l'enceinte de l'Académie voire de Piltover mais sachez que je dois d'abord rencontrer un éminent professeur.

En vous souhaitant la bonne soirée,

Sona BUVELLE
"



Entr'acte IV : Rencontre colorée


Après s'être préparé, l'inventeur sauta sur une conclusion facile : les miroirs ne l'aimaient pas. En prévision de cette entrevue il s'était pourtant appliqué, vêtu et coiffé aussi bien qu'il en était capable. Rien à faire. Sa chemise paraissait toujours froissée, son pantalon trop grand, et sa coiffure toujours indéfinissable. Décidément, il n'y avait qu'elle qui savait y faire. Un bouton sauta. Il lui était resté dans la main. Bravo mon grand, tu as tout gagné. Il commençait à manquer de temps pour accomplir ce qu'il avait en tête. Ce n'était que le col. Tant pis, elle le verrait tel qu'il était sensé être : lui-même. Il vit son reflet lui sourire. Après tout pourquoi cela changerait ? Il aimait ça. Il souffla sur la mèche qui couvrait son œil droit, avant de se mettre en route.

L'étudiant et l'artiste avaient convenu de se rencontrer au sein de l'Académie. Ou plutôt, l'administration en avait-elle décidé ainsi pour eux. L'entrée de la Cour des Arts faisait un point de rendez-vous agréable et très reconnaissable même pour un étranger, alors ce n'était pas une mauvaise idée. Pourtant comme à son habitude, Falun ne suivrait pas à la lettre les instructions qu'on lui avait données. Lorsqu'on lui avait signifié officiellement l'agrément de l'artiste, il s'était vu remettre par la même plusieurs directives quant à l'étiquette démacienne, au comportement à adopter face à une dame de sang noble, et autres niaiseries. A peine acquis le parchemin s'était envolé dans le ciel de Piltover. Il n'était pas un enfant obéissant et n'allait pas se forcer à être une autre personne. Il avait déjà l'intention de prendre la tangente.
Si une petite surprise attendait effectivement la muse dans la Cour des Arts, il allait anticiper sa venue et la surprendre d'autant plus. Le rendez-vous était planifié pour quatorze heures trente. Les cloches de la ville venaient de sonner deux fois. C'était plus que parfait. Il ne pouvait pas la manquer. La journée avait amplement suffit pour savoir où la démacienne logeait durant son séjour à Piltover. C'était au sein de l'Académie, bien que dans une dépendance réservée aux invités de marque. L'accès était limité, mais il y avait toujours moyen de se faufiler. Il connaissait bien le terrain.

Comptait-elle être en avance ? Juste à l'heure ? La porte de son appartement s'ouvrirait certainement avant le gong de la demi-heure. Des lèvres du jeune homme s'échappait une mélodie légère et sifflée, tandis qu'il faisait tourner une églantine entre ses doigts. Il était tout proche, nonchalamment appuyé contre le mur attenant. Il était patient. Il ne doutait pas qu'il serait la première chose que verrait Sona dès qu'elle voudrait sortir.
Sa tête auréolée d'acajou serait sans doute la première chose que son œil remarquerait. Rendus plus lisses par son coup de peigne, la rébellion de ses cheveux avait été adoucie, mais ils restaient épais et indisciplinés. Pour leur faire écho, Falun s'était amusé à choisir une tenue thématique. Simple, composée de rouge sombre et de gris. Des gants de soie complétaient ses manches longues pour cacher la mécanique de ses membres. Conséquence de son petit
accident, sa chemise rayée était un peu plus ouverte qu'elle ne l'aurait dû. Etait-ce choquant ? Autant qu'il avait pu en juger, ça lui allait bien. Ce n'était pas encore aujourd'hui qu'il passerait pour l'étudiant modèle. Il gardait un petit sourire en coin. L'excitation et l'ironie passaient par-dessus sa peine latente. Il ferma son œil un instant. De quelle couleur était-il aujourd'hui ? Il ne devait pas laisser son humeur s'assombrir.

Un bruit métallique familier lui fit relever la tête. Il continuait de faire danser la fleur entre ses mains mais était prêt à se tourner vers la porte qui s'ouvrirait maintenant d'un instant à l'autre...
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Sona Buvelle
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Mar 21 Nov - 19:39



La mécanique du cœur

Derrière une performance artistique se cache un autre monde, le monde du dessous de la scène : dans l’ombre se dissimulent les heures entières de composition et de répétitions mais aussi d’autres artistes. De celui qui apporte le confortable fauteuil d’un invité de marque à celle qui le fera entrer avec un sourire aux lèvres en passant par un dernier qui s’est démené à accrocher cette immense décoration au plafond à laquelle si peu de gens prêteront attention. Un jour on m’a dit qu’un technicien ne se faisait remarquer que quand il faisait mal son travail… On n’avait jamais vu un régisseur célèbre dont tous connaissaient le nom de par son métier. Et cela sans aborder le sujet des maquilleuses, coiffeuses et costumières, les metteurs en scènes ou les enfants qui avait fait passer la nouvelle durant toute la semaine pour quelques sous. Leur seul moment de gloire se résument aux maigres remerciements que l’on daigne leur offrir à la fin du spectacle.

En général j’appréciais voir le balai des préparatifs se dérouler devant moi, découvrir la scène se monter petit à petit et la salle se parer d’objets décoratifs divers et variés. La salle devenait alors une bulle coupée du reste du monde, un microcosme dans lequel nous évoluions tous vers un même but : présenter notre art. Même si une seule personne montait sur scène, c’était une équipe entière qui était dans son dos et qui avait préparé le terrain. Malheureusement à Piltover ce soir-là j’étais arrivée tard et je n’ai pu participer aux préparatifs, juste le temps d’une répétition avec leur système de sonorisation technologique avec des « régisseurs » et c’était déjà fini … Qui plus est, après le concert j’avais passé la soirée avec Rai et laissé mon bazar dans les coulisses, voilà qui n’étais pas dans mes habitudes.




Le lendemain à la première heure, alors que le personnel démontait pièce après pièce ce qui avait été placé là la veille, je m’y rendais à nouveau pour récupérer mes affaires personnelles. Je ne voulais pas les laisser à la vue de n’importe qui, craignant les vols et de plus, il aurait été irrespectueux pour le personnel d’entretien de ne pas ranger derrière moi ; je représentais Demacia et me devais de me montrer tout aussi distinguée que ma cité afin de préserver sa réputation. A l’intérieur de la petite pièce, je ne pus m’empêcher de repenser à ce que j’avais partagé la veille avec Raimond, un moment à la fois intime et innocent, sans volonté cachée ni hypocrisie. Son sourire, la larme qui avait coulé sur sa joue et qu’il pensait sûrement m’avoir caché, le conte de nos histoires respectives dans une écoute profonde … Ce sentiment que j’avais senti en rencontrant Lestara Buvelle la première fois qu’elle m’avait sourie, s’agenouillant devant moi pour me demander mon nom sans savoir que je ne lui répondrais jamais. Et cette fois-ci, l’Etwahl ne s’était pas montrée jalouse …

Quelques coups timides contre la porte me sortirent de mes rêveries et j’avais une petite idée de celui qui se trouvait de l’autre côté de celle-ci. Raimond Firestone … Cependant il s’agissait en réalité de quelqu’un de bien différent : c’était l’homme qui m’avait montré les baffles pour le concert la veille et qui m’apportait un message inattendu. Le pauvre avait l’air très nerveux, qui avait bien pu lui demander ce service pour le mettre dans cet état ? Ou était-ce pour une autre raison ? Je le remerciais poliment de la tête, me demandant intérieurement s’il désirait autre chose mais il me laissa avec un au revoir rapide et concis. Surprenant …

"Bonjour Mlle Buvelle,
Je m'appelle Falun, malheureusement vous ne me connaissez pas encore. Vous apprendrez bientôt que je suis passé par les voies officielles pour être en mesure de vous rencontrer. J'espère vraiment que vous consentirez à cette audience et qu'elle me sera accordée. J'ai assisté à votre représentation hier soir, c'est de là que provient mon souhait de rencontrer en personne celle qui compose une symphonie aussi touchante. Ce ne sont que des mots, mais je ne m'intéresse pas qu'à la surface. Peut-être me permettrez-vous de vous le démontrer.
Je ne suis qu'un modeste étudiant, et ma demande est sans doute osée. Mais qui sait, j'aurais peut-être l'occasion de vous montrer quelque chose à mon tour.
Avec tout mon respect,
F."


Voilà qui ponctuait parfaitement la rencontre innatendue avec le technicien... Qu’est-ce que cet étudiant pensait me montrer ici ? Peut-être étudiait-il la musique ? Ce serait intéressant de débattre avec un théoricien, bien que généralement les conclusions que j’ai lue d’eux visent à faire de la musique non plus un art mais une science, réfutant les émotions et l’instinct par des mathématiques prévisibles et sans âme. Néanmoins, il y avait toujours quelque chose à retirer de l’avis d’un auditeur qui devait avoir bon goût au vu du lieu de rendez-vous choisi. Il devait aussi être un élève particulier pour oser demander une rencontre officiellement et officieusement et, de toute façon si l’Académie acceptait de me transmettre son invitation je me voyais mal refuser alors que j’avais accepté celle d’un professeur le jour-même. Et s’il en rajoutait pour se donner plus de chances de parvenir à ses fins et bien … un peu d’audace méritait une récompense, surtout lorsque cela me questionnait autant. Quelques mots avaient suffis à me donner l’envie de le rencontrer … Heureusement que j’avais emporté avec moi du papier démacien : l’écriture était utile pour se faire comprendre lorsque la parole était coupée, du moins dans les milieux où je communiquais avec des personnes ayant reçues une certaine éducation. Moi-même j’avais appris fort tard à lire, seulement après mon adoption mais je m’étais entrainé longuement pour y parvenir aussi bien que ce que l’on attendait de moi. C’était donc avec concentration et application que je lui répondis de la pointe de la plume blanche de ma sacoche. Le temps que l’encre sèche et je rangeai mes affaires. En sortant j’apportais au messager de fortune ma réponse ; ce dernier avait l’air tout aussi perturbé quand le lui tapotai l’épaule, il bafouilla qu’il allait le rendre audit Falun et détourna le regard quand je lui affichais un sourire ravi. Il était temps pour moi de retourner vaquer à mes occupations pour la journée, mes affaires ici n’étaient pas prêtes de se terminer.

Il fallut attendre la soirée pour qu’enfin un coursier officiel de l’Académie me soit envoyé avec l’invitation. Je fis semblant de ne rien savoir et lui demandai de me parler un peu du destinateur initial de la lettre. Cela me paraissait normal de ne pas me présenter devant un représentant, quel que soit son âge ou son titre, sans savoir ne serait-ce que son nom de famille. Malheureusement la jeune personne devant moi ne le connaissait que par les rumeurs et les « on-dits ». C’était bel et bien un étudiant mais pas aussi modeste qu’il ne le laissait entendre, il était connu pour son grand talent en mécanique et serait même capable de transformer les êtres humains et il l’aurait même fait sur lui-même … Surpasser ainsi les lois de la nature … il y avait de quoi avoir froid dans le dos. Moi qui pensais rencontrer un artiste, s’agissait-il en réalité d’un petit génie hautain et froid ? De toute façon, je ne pouvais plus refuser sans raison exceptionnelle après lui avoir personnellement envoyé mon accord écrit.



Le lendemain après mon étrange rencontre et enfin seule, je me couchais sur mon lit, l’Etwahl sur le ventre et pinçait ses cordes en réfléchissant : dans mon esprit des tonnes d’idées passaient en même temps, je me demandais qui il était, à quoi il ressemblait, comment il parlait et des centaines de personnages défilèrent devant mes yeux. Certains ressemblaient plus à des automates qu’à des humains et me terrifiaient. Je m’endormis tard en espérant qu’il ne s’agisse que d’exagérations … ce n’étaient que des rumeurs, j’allais rencontrer un étudiant comme les autres, c’était un rendez-vous tout à fait banal.



Pas la peine d’accélérer le tempo, j’étais parfaitement dans la mesure … Quand le métronome de l’horloge marquait quatorze heures vingt précises, j’étais prête à démarrer. A vrai dire j’étais déjà prête lors du déjeuner que j’avais pris avec la suivante qui avait insisté pour parfaire mon apparence. Même si ce n’était qu’un apprenti, une noble démacienne se devait d’être irréprochable en public mais néanmoins les apparats étaient moins chargés qu’à l’accoutumée : il ne s’agissait pas non plus de montrer des attributs de richesses à outrance pour un contact anodin. Je me présenterais donc à la Cour des Arts avec une robe de soie élégante de couleur bleue, mes deux accessoires de coiffure et le visage presqu’au naturel, simplement les pommettes rosies. A côtés des Piltovienne je ferais sûrement tâche avec un style aussi sobre, mais je n’aurais pu porter les vêtements si particuliers de la région et ma chevelure bleutée ajoutait une pointe fantaisiste. Malgré les préparatifs minutieux je ne pouvais me séparer d’un sentiment désagréable, même si j’étais habituée, j’avais toujours le trac lorsque je m’adressais pour la première fois à qui que ce soit, prendrait il mon silence pour une impertinence ? Je m’adaptais toujours mais j’avais du mal avec les manières et l’étiquette que l’on m’enseignait sans cesse au Manoir malgré de grands efforts. Je trouvais cela froid mais m’y restreignais malgré tout, j’en venais parfois même à trouver certaines attitudes populaires déplacée alors qu’avant, je n’y voyais que de la spontanéité…

Avant de sortir je revérifiai une dernière fois que j’avais bien tout ce dont j’avais besoin : mon Etwahl qui flottait à mes côtés bien entendu mais aussi un sac à main contenant d’autres feuilles, une petite bouteille d’encre et une plume et puis éventail et une ombrelle au cas où nous passerions une partie de la journée dehors. Je pris une grande respiration et tournai la poignée de la porte, la tête emplie de recommandations sur les coutumes locales et l’attitude à adopter au fil de l’après-midi. Un tressaillement me prit lorsque je vis, juste à l’entrée de la chambre une tignasse rousse m’attendre avec un sourire aux lèvres. Depuis combien de temps attendait-il ici ? J’aurais entendu s’il avait frappé à la porte … Je pensais au premier qu’il s’agissait d’un guide envoyé ici pour me conduire à la Cours des Arts mais tiquai bien vite sur sa chemise abîmée et la fleur entre ses mains. Sa tenue se voulait sûrement plus proche du style démacien que piltovien mais de tout évidence c’était un peu maladroit, bien qu’amusant. La nouvelle avait dû circuler et cette personne en profitait pour venir me voir personnellement. L’initiative me fit sourire et j’acceptai avec plaisir la fleur qu’il tenait dans sa main et le saluai poliment mais me montrait assez distante malgré tout, je n’avais pas prévu d’être arrêtée et voulait être bien à l’heure au point donné.
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Si nous apprenions d'abord à écouter le silence ?
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Jeu 23 Nov - 11:13
La porte s'ouvrit en silence. La musicienne s'avança, tout aussi silencieuse, si ce n'était le léger froufrou de sa robe. S'il n'avait été aussi attentif, il aurait presque pu manquer son entrée... sa sortie. Allez savoir avec ces artistes. Enfin bref. Quand il aperçut enfin son visage, il s'inclina légèrement. Il se composa un sourire avenant, qu'il n'espérait pas trop espiègle. Son but était de la surprendre, pas de l'effrayer.

"Ravi de vous rencontrer enfin, Mademoiselle Buvelle."

C'était la première fois... qu'il contemplait un Champion d'aussi près. Il n'aurait jamais imaginé que ce serait elle, ni que l'image à l'écran lui rendait si peu justice. D'un geste assuré mais uniquement parce qu'il avait été anticipé, le jeune inventeur offrit l'églantine à la muse. Fleur sauvage sertie de métal enveloppé d'un écrin de soie. Cela lui ressemblait beaucoup. Bien plus qu'une rose, domestiquée et superficielle.
Mais au moment où la jeune femme accepta son modeste présent, l'étudiant eut l'impression insidieuse d'avoir commis un impair. Elle ne l'avait salué que brièvement, et souriait du bout des lèvres. Elle était restée hermétique à son message. Elle n'avait pris la fleur que par politesse, et le regardait un peu comme l'on pouvait dévisager un serviteur.

Être en face d'une célébrité lui faisait un drôle d'effet. Il éprouvait une sorte de réserve contre laquelle il luttait pour garder contenance. Il devait en plus supporter un examen minutieux, dont la belle n'avait même pas réellement conscience. Son éducation noble, supposait-il. Il regretta un peu d'avoir jeté les recommandations de l'Académie. Mais pas assez pour remettre sa décision en question.
Les yeux bleus s'étaient arrêtés un peu trop longtemps sur son col pour ne pas être significatif. Au mieux, elle s'en étonnait. Sinon, elle désapprouvait. Il se sentait comme mis à nu devant tant d'introspection. Il devait absolument mettre un terme à cette situation, relevant d'un possible malentendu. Pour qui le prenait-elle, exactement ?


"Pardonnez mon indélicatesse. Je suis Falun. J'ai pris... une petite liberté quant à notre entrevue."

Bien que toujours aussi silencieuse, il vit les yeux de la musicienne s'ouvrir légèrement, révélant effectivement qu'elle était dans l'erreur. Ses doigts serrèrent un peu plus étroitement l'églantine, au risque de goûter ses épines.
Le jeune homme était loin de se laisser démonter, et devant ce léger revirement, repris confiance. Puisqu'elle fixait sa tenue, il pouvait facilement lui trouver une explication distrayante. Il se désigna de manière presque théâtrale, d'un geste qui l'englobait des pieds à la tête.


"Dans une ville où tout le monde en fait des tonnes pour se démarquer, l'originalité revient à rester simple, vous ne croyez pas ?"

Cela ne rendait pas son incursion dans la vie privée de l'artiste moins inconvenante. Si cela allait à l'encontre de ses principes, il espérait qu'elle le lui pardonnerait. Mais elle comprendrait rapidement qu'avec lui il ne pouvait en être autrement. Il l'espérait. Le spectacle ne faisait que commencer, et sa résolution avait vite été oubliée. Le jeune homme plissa les yeux d'un air amusé, portant la main à son col ouvert.

"Vous sembliez très critique en me regardant..."

Voilà pourquoi il abordait le sujet de la tenue vestimentaire. Cela ne sortait pas tout à fait de nulle part. Si elle le lui demandait, oui cela avait été assez désagréable, et il était heureux d'avoir effacé cette gêne. Il s'approcha subtilement, sans rentrer dans son cercle intime. Son œil riait toujours, mais il avait baissé la voix, complice.

"Le bouton, c'est un accident... mais ce sera notre secret !"

Sa voix se brisa en un éclat de rire alors qu'il se redressait. Sa bonne humeur n'était pas feinte, et pourtant... En faisait-il trop ? Oui, assurément il en faisait trop. Arrête ça. Sérieusement, arrête. D'où venait cette soudaine euphorie ? Cet excès d'enthousiasme n'était qu'une façade, un masque pour cacher sa nervosité. Il le savait pertinemment. Lui, nerveux ? Si ce n'était que ça... Cela l'effrayait.
Baissant légèrement les yeux, le jeune homme se calma d'un coup. Il inspira profondément, avant de regarder Sona, moins expansif.


"Pardonnez-moi, je... je n'aurais pas dû me montrer si familier."

Il était conscient qu'elle n'était certainement pas habituée à ce genre d'effusions, et espérait sincèrement ne pas lui avoir fait regretter son rendez-vous. Ce serait un nouveau record. Il avait parlé seul tout ce temps. Monopoliser la conversation était au minimum discourtois. Il s'attendait presque à la voir lui claquer la porte au nez.
Bien trop poli... Le doute faisait trembler son sourire, et il s'efforçait de ne pas penser à autre chose qu'aux longues mèches qui affinaient le visage la muse. Elle avait les yeux couleur de ciel, comme elle... Sa propre inconstante l'étonnait. Il changeait d'humeur comme tourne le vent. Falun remarqua enfin la robe de soie, parfaitement assortie à sa personne. Il inclina la tête, comme un nouveau salut, pour un nouveau départ. Il ne pouvait empêcher ses joues de s'empourprer légèrement. Mais il préférait cela à... autre chose.


"Vous êtes..."

Les mots se coincèrent dans sa gorge. Tout en beauté, magnifique ? Tous ces compliments pouvaient convenir, mais le jeune homme n'en trouvait aucun qui corresponde à son état d'esprit. Jusqu'à ce que son sourire reparaisse au coin de ses lèvres. Son hésitation avait duré juste assez longtemps pour mettre l'accent sur les mots qui suivaient.

"... aussi belle que votre musique."
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Sona Buvelle
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Dim 10 Déc - 1:55



La mécanique du cœur


Le garçon qui m’avait offert la fleur, avait l’air quelques peu décontenancé … S’attendait-il à un refus de ma part ? Ou peut-être n’avais-je pas assez manifesté mon plaisir en recevant son présent. En général j’appréciais accorder un peu de temps à ceux qui le demandait quand c’était possible mais aujourd’hui je n’avais pas laissé de place à l’improvisation dans mes mesures et ce, jusqu’à l’entrevue de cette après-midi.

"Ravi de vous rencontrer enfin, Mademoiselle Buvelle. Pardonnez mon indélicatesse. Je suis Falun. J'ai pris... une petite liberté quant à notre entrevue."
Le prélude, l’oeuvre débute à peine et pourtant, on introduit les bases de la pièce ; l’harmonie, la voix et le tempo. C’est à ce moment que la patte du l’interprète accroche son public …

Au temps pour moi … Il semblerait que lui et moi ne jouiions pas à l’unisson. J’étais surprise et, même si je n’avais pas l’habitude d’être éloquente, mon silence était d’autant plus gênant à ce moment. J’avais complètement fait erreur sur la personne … Moi qui m’attendait à un petit génie tel que les Académiciens de Demacia ou à un être à moitié automatisé ayant perdu toute humanité j’étais en réalité avec un jeune homme que j’avais pris pour un simple quidam. S’il m’avait paru au premier abord mal-convenu qu’il m'attende juste au pas de la porte, je lui avais rendu la pareille en le confondant avec le premier venu … Mais comment aurais-je pu savoir qui m’attendait là ? Et à quoi rimait sa petite liberté ? Peut-être qu’il écoutait aux portes en espérant entendre un morceau … Et s’il regardait par le trou de la serrure ?!
C’était au final assez peu probable, même un peu bête de ma part de m’imaginer cela et je me forçai à passer par-dessus ce sentiment désagréable. Je n’avais rien à cacher et repris contenance : j’étais venu pour le rencontrer, ce n’étaient pas quelques minutes qui allaient changer notre face à face du tout au tout.

"Dans une ville où tout le monde en fait des tonnes pour se démarquer, l'originalité revient à rester simple, vous ne croyez pas ?"
Un premier couplet ; la chanson commence, son caractère commence à prendre du sens. Quelle histoire sera racontée ?

La remarque me fit sourire ; sa tenue mêlant les artifices locaux et la pureté démacienne s’avérait donc voulue… Il ne s’agissait pas d’une fausse note alors, une simple erreur d’accord entre deux instruments n’ayant jamais joué de concert côte à côte. A quoi ressemblait-il dans sa vie de tous les jours ? Portait-il en permanence un immense couvre chef dont seul les Piltoviens ont le secret ?

"Vous sembliez très critique en me regardant..."
Un intervalle inattendu et surprenant ; un ton à côté de celui prévu

Mince, mon attitude n’était pas passée inaperçue. Cependant à voir sa façon de parler je pensais qu’il n’était pas habitué à ce genre de tête-à-tête … Lequel de nous deux avait le plus à rougir de la situation au final ? Moi qui d’une part était prête à le laisser ici sans même lui accorder un coup d’oeil pour le rejoindre une dizaine de minutes plus tard dans un endroit plus propice car je ne l’avais jamais vu ou lui qui avait enfreint toutes les bonnes manières d’un pays qui lui était entièrement étranger ?

"Le bouton, c'est un accident... mais ce sera notre secret !"
Retombée en mode majeur; Giocoso

Il  riait de bon coeur et cela me faisait sourire, il dégageait une certaine aura de bonne humeur et décidément il parlait beaucoup … Le mutisme amenait souvent ce genre de monologue pour mes interlocuteurs ; les gens sont mal à l’aise quand il n’ont rien à écouter pour les rassurer. Alors ils parlent, quelque soit le propos à aborder il évite à tout prix d’être enveloppés par le silence. Pourtant quelle note peut se montrer plus juste que celle-ci ? C’est le point de départ et d’arrivée de toute chose : tout apparait et disparait dans le silence, suivi ou précédé de cris, de pleurs ou de rire, il y a toujours ce moment infime ou aucun son n’émane … Le craint-on car il est sa compréhension est au-dessus de ce que nous serions jamais capable d’imaginer ? Sûrement …
Il avait ajouté cela innocemment, pour combler le vide et pourtant, cela en disait plus long qu’il ne le pensait. Soit il avait vu ma réaction en le voyant et me le faisait noter, soit il m’avouait sa faute. Dans les deux cas il le prenait comme quelque chose de moindre importance et surtout il me le confiait déjà comme un secret bien que ce soit plus une plaisanterie qu’une réelle confession. Pourtant cela me faisait presque plaisir, il se montrait naturel et souriant : il ne répétait pas un laïus étudié pour l’occasion et ne se montrait pas timide … Bien que surprenant, cela présageait sûrement une journée moins ennuyeuse que prévu ; il était bel et bien comme dans la lettre qu’il avait écrite l'avant-veille : un étudiant qui avait envie de me rencontrer sans plus, n’attendant en retour que mon attention et un peu de mon temps.

"Pardonnez-moi, je... je n'aurais pas dû me montrer si familier."
Transition vers le mineur.

Il bégaye … Certes il n’aurait pas dû mais j’ai l’impression de l’intimider. A chaque phrase sa voix est changeante ; un coup assurée, un autre tremblante, une fois joyeuse et une autre mélancolique. Le pauvre était si nerveux qu’il ne parvenait pas à se fixer et plus il continuait de parler, plus il s’enfonçait dans ses paroles. Paradoxalement plus il voulait communiquer et plus il s’isolait dans ses logorrhées.  


"Vous êtes..."
Tension …
Enfin il prenait le temps d’un rallentando, une respiration était bienvenue. Reprendre son souffle et un nouveau départ avant d’entrer dans le coeur de la symphonie. Quelle serait la suite de ces deux mots ? Que pouvais-je être ? Prête à partir ? Impressionnante ? Différente de ce qu’il attendait ? Plus petite que sur scène ou une grande musicienne qu’il est heureux de rencontrer ?

"... aussi belle que votre musique."
Résolution

Les mots me manquaient … Le compliment est double et magnifiquement formulé ; bien plus fin qu’une banalité sur un sourire ou une composition. Cela sonnait comme une ballade à mes oreilles : le pensait-il vraiment ? Je pouvais sentir que mes pommettes s’empourpraient malgré ma tentative de le cacher. Je déglutis et tournai le regard, attendrie par le premier contact avec que j’avais eu avec Falun.
Son attention m’avait vraiment touchée et j’étais incapable de savoir quoi lui répondre. De plus cela commençait à faire un certain moment que nous parlions sur le palier de la porte : j’hésitais à l’inviter à entrer pour continuer notre conversation mais me rappelait qu’il avait prévu de me montrer quelque chose qui devait attirer mon attention, d’autant que, si en plus d’avoir eu Rai dans ma loge j’invitais un autre jeune homme même dans ma chambre, cela ferait certainement plus de bruit que je ne le voulais …

J’osai alors retourner mon regard vers lui et lui sourire franchement en baissant la tête en signe de remerciement sincère. J’avais instinctivement senti la fleur au même moment, n’ayant pas de présent à lui montrer en retour … A défaut de pouvoir lui retourner le compliment ou même de pouvoir me présenter je n’avais qu’une main à lui présenter en signe de sympathie. Je fermai la porte derrière moi ,signe que j’étais prête à le suivre, la tête emplie de nouvelles questions, beaucoup plus engageantes désormais.

Avec un prélude comme celui-ci, je ne pouvais qu’attendre le refrain ...
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