Plot-Twist [Pv Falun]

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Twisted Fate
Gitan tatillon ♠
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Date de naissance : 08/02/2000
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Dim 26 Mar - 17:19
La musique battait son plein, orchestrée par un violon énergique et une guitare qui soutenait le rythme. Tous deux virevoltaient en harmonie, se complétant dans chaque mesure, dans chaque phrasé. Chacun avait son propre rôle, et l’assumait pleinement, car ensemble, ils faisaient des étincelles. Dans une taverne proche des docs, à « la Cruche cassée », le temps semblait ne jamais s’y faufiler : le jour comme la nuit s’élevaient des cris de fête, et l’alcool semblait ne jamais manquer à l’appel de la soif de ces truands. Un galurin bien familier, noir de jais au gallon éclatant de doré et surmonté d’une broche représentant des cartes en éventail, était posé sur une table en bois où régnait une concentration sans faille. Trois hommes s’étaient installés autour et jouaient au jass, un bon jeu si l’on ne voulait pas perdre de temps à s’embêter avec des serpents ou des krakens. L’atout était le pique. La partie se poursuivait sans trop de difficultés, tandis que la nouvelle tournée atteignit leur table.

- Bien, lança une voix saupoudrée d’arrogance, celui qui perd paie la tournée.

Son regard clair balaya la table, tandis qu’il se saisit du verre de whisky qu’il avait commandé. Il le porta à ses lèvres, fixant désormais sa main pleine d’atouts. Quand il reposa son verre sur la table, le mirliflor s’empara du nell, ajoutant d’une voix claire et distincte : « Atout, messieurs. » L’un d’eux grinça des dents, l’autre ne flancha pas. Au même moment, la porte s’ouvrit brutalement – cela ne changeait guère de d’habitude. Trois hommes en franchirent le pas, un devant, marchant d’un pas plus sûr que les deux autres. C’était un gros tas de muscles à la peau basanée et couverte de tatouages, le crâne rasé et l’œil vif. Il avait l’habitude de remarquer le moindre petit détail, et cela, le joueur de cartes ne put indéniablement le remarquer : il connaissait cette manière de sillonner la pièce d’un regard attentif, car il faisait de même. Les deux qui le suivaient n’étaient clairement pas d’ici : ils étaient habillés tout autrement, et cela venait d’outremer, pour sûr ! L’un d’eux, sans carrure particulièrement imposante au détriment du premier, arborait sans cesse un sourire carnassier qui savait rapidement agacer. Les cheveux marron en bataille et le regard sombre  très expressif, il revêtait une large salopette avec les bretelles qui pendaient le long de ses jambes, et un vieux marcel qui avait dû, un jour sans doute, être blanc. L’autre, enfin, avait une silhouette qui imposait une étrange forme de respect : il était grand et costaud, mais semblait, de son regard passif, ailleurs, loin d’être à son affaire. Une queue de cheval discrète descendait en cascade sa nuque. Ces trois gaillards atteignirent le bar rapidement, quand le regard aiguisé de Twisted Fate se posa sur son jeu, une autre gorgée de ce doux breuvage lui brûlant la gorge. Un huit et une dame de pique avaient rejoint son nell. Le rat de rivière ramassa le petit tas et les rangea avec tout le reste. Il ne lui restait que deux cartes, mais cela suffirait à se terminer rapidement. Leur table non loin du comptoir, le dandy risqua de perdre une oreille de ce côté-là.

Un verre à la main, ils avaient l’air épuisés : l’océan ne devait pas avoir été très docile durant leur traversée. Ils parlaient à voix basse, mais par moment, Twisted Fate pouvait entendre quelques mots-clés qui lui permirent de comprendre de quoi ils parlaient. Ils venaient effectivement de traverser une rude tempête. L’excentrique s’amusait à planter en continu un couteau dans le comptoir, qu’il reprenait après chaque lancer.

- Bon, débuta-t-il, complètement ennuyé, maintenant qu’on y est, que fait-on ?
- Tout d’abord, répondit nonchalamment le pirate, on se déniche un coin tranquille.
- Tu es bien certain qu’on ne risque rien, ici ? demanda alors l’autre continental.

Le pirate éclata de rire. Au même moment, on interpela le gambler à sa table : cela faisait un petit temps qu’il devait jouer. Il leur sourit et posa un roi de carreaux. « Boc. », s’amusa-t-il alors à leur répondre. Les deux soupirèrent en même temps. Son écoute fut interpelée au mot "colis", prononcé par le grand dadet. Le pirate se pencha alors discrètement vers lui, son verre quittant ses lèvres pour se fracasser sur le bar.

- Moins fort, veux-tu ? Bilgewater regorge d’abrutis qui…

Il parlait définitivement trop doucement pour que Twisted Fate pût entendre la fin, couvert par les cris et par la musique. Cela dit, il vit l’interlocuteur hocher de la tête : il fallait se contenter de cela. Pour rapidement clore sa partie, Twisted Fate envoya le Buur sur la table. Il rafla de bonnes cartes – il avait raflé toutes les cartes de cette partie. Son regard faussement étonné se posa sur les deux autres gaillards.

- Ben, ça alors ! s’exclama Twisted Fate. Lequel de vous deux paie, du coup ?

Il ne leur laissa pas le temps de répondre : quand son regard se reposa sur le bar, les voilà avec les bras chargés et l’argent sur la table. Le gambler put aisément constater qu’ils transportaient de l’eau – ainsi qu’une bouteille de larmes de Kraken –, mais il fallut davantage de temps pour repérer que c’était de la nourriture, et ce, en grande quantité. Mais pourquoi autant ? Ce devait être pour l’équipage… Cela dit, pas le temps de trop traîner sur la partie analyse : ils étaient déjà sur le point de franchir le pas de la porte. Curieux malgré tout, un bon pressentiment habitant son esprit, Twisted Fate finit cul-sec son verre et le posa doucement sur la table, avant de se lever. Il remit son galurin sur la tête, ramassa les cartes rapidement pour les cacher dans une de ses nombreuses poches et remercia ses brefs compagnons de beuverie avant de se tourner vers la sortie.

Ils avaient un pas pressé : Twisted Fate hésitait entre tenir la cadence ou observer avec son autre regard. La seconde option lui sembla plus pratique. Tandis qu’il marchait d’un pas lent sur le même trajet qu’eux, concentré, il les surveillait : le petit groupe se dirigea vers un bateau en particulier, leur bateau. Il ne fallait pas perdre de temps, déjà fort court : ils parlaient d’un colis, qui devait sans doute posséder une certaine valeur. Donc, l’endroit où logiquement il devrait se trouver serait dans la cale. Le dandy n’attendit pas une seule seconde ; déjà suffisamment concentré, il s’arrêta, visualisant parfaitement l’endroit où il voulait arriver. Aussitôt, il disparut.

Quand le coquet tatillon rouvrit les yeux, il se retrouva plongé dans le noir. Seule une vague et faible lumière lui permettait de distinguer les vagues silhouettes de caisses et de barils autour de lui. Le timing allait être serré. Bien heureusement pour lui, son intuition ne lui faussait jamais compagnie : il s’empara d’une carte et l’incorpora de magie, s’aidant de sa faible lumière doré pour y voir davantage. Certaines caisses arboraient un symbole, une marque qui rappelait sans hésiter Zaun. Peut-être fallait-il davantage attirer son attention là-dessus. Twisted Fate analysa les alentours, puis haussa les épaules et s’approcha d’une caisse en particulier : ils ne devaient pas avoir qu’un seul objet de valeur, et puis, au pire, il fouillerait les autres. Le dandy s’arma alors de crochets et commença à manœuvrer de façon à rapidement et efficacement ouvrir le coffre. Clac ! Son sourire en coin s’élargit à ce divin bruit. Commençons la minutieuse fouille de ce navire par ouvrir cette petite caisse ; le gambler se demandait d’avance ce qu’elle pourrait bien contenir…

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Sam 1 Avr - 1:23
Une embardée brutale le tira de sa somnolence. Ce n'était pas la première fois. Il se félicita de s'être calé étroitement contre la paroi. A une époque, les chocs répétés lui auraient complètement broyé les os. Il était toujours entier. Etait-ce un soulagement ? Pas vraiment. Car c'était en partie pour cette raison qu'il était là.
Il remua légèrement, mais ne put même pas gémir quand une douleur aigue transperça ses côtes. Il était en appui sur son épaule gauche. Heureusement car sinon le sang aurait cessé de circuler dans ses veines en quelques heures à peine. Il était immobilisé dans une position bien inconfortable, ses bras retenus dans son dos de manière à le courber en arrière. Ses mains étaient attachées à ses pieds, limitant grandement ses possibilités de mouvement.
On avait vraiment tout fait pour que l'on ne découvre pas la présence de ce passager clandestin. "Passager." Il en était plutôt réduit à être un colis vivant, même pas un animal en cage. Il aurait bien ri, si sa bouche n'avait été entravée par un solide bâillon. Coincé entre ses dents et serré étroitement, c'était à peine s'il pouvait bouger la mâchoire.

Les secousses avaient quand même fini par desserrer un peu ses liens, faisant naître une lueur d'espoir dans l'esprit du captif. Ses matons resserraient les nœuds tous les jours, mais cela lui montrait que sa captivité ne tenait qu'à un fil. Il suffisait d'une négligence. Encore un peu...

Heureusement pour lui, ils n'avaient pas réussi à démonter son bras. Ce n'était pas faute d'avoir essayé. Il était plus solidaire du reste de son corps qu'ils ne pouvaient le penser, et ils étaient loin d'avoir deviné tous ses secrets. S'il était de technologie hextech, il était unique en son genre, bien loin des standards communs. Ils semblaient avoir oublié qui l'avait conçu.
Ils n'avaient pas non plus trouvé l'emplacement de son cristal. En y accédant, ils n'auraient eu aucun mal à le mettre définitivement hors d'état de nuire. Mais ce n'était pas le cas. Bien peu de personnes étaient en possession de cette information, qui n'apparaissait sur aucun plan. Son propre médecin l'ignorait.
S'ils n'avaient réussi à désactiver sa mécanique, cela ne signifiait pas qu'ils l'avaient laissée indemne. Profitant du léger mou de ses cordes, il fit rouler ses poignets.  Au moins était-elle restée fonctionnelle. Et il manquait vraiment peu d'espace pour qu'il puisse... S'il avait pu se déboîter ou se briser le poignet, il aurait pu s'en défaire complètement. Mais ce n'était plus possible. Patience. Ils regretteraient d'avoir sous-estimé sa force et sa capacité de réflexion. Ainsi que d'avoir choisi de la simple corde pour l'attacher.

Pourtant le prisonnier ne s'était pas montré docile. Connaissant la valeur qu'on lui attribuait, laquelle ne serait maintenue que s'il était vivant et son corps intact, il les avait même provoqués. Sur le coup, il l'avait regretté. Car, enhardis par les coutures déjà présentes sur sa peau et les nombreuses blessures accumulées au cours des derniers mois, ils s'étaient sentis assez libres d'en rajouter.
S'il avait été plus sage, il aurait certainement été traité avec plus de ménagement. En effet, les mauvais traitements s'étaient calmés dès lors qu'il avait été relayé au statut de bagage. En y réfléchissant, la violence à son encontre était rarement gratuite. Mais il ne pouvait s'en vouloir de leur avoir mené la vie dure.
Même s'il avait peu d'espoir de s'échapper, chaque occasion était bonne pour leur compliquer la tâche : comme s'il avait choisi d'être là ! Il ne pouvait s'empêcher de penser que s'il s'était soumis, sa fin n'en aurait été que précipitée. Il n'était pas un mouton que l'on menait impunément à l'abattoir. Son esprit rebelle avait fait le reste. Finalement, il aurait gagné à être bâillonné bien plus tôt.

Toutefois, cela avait appris au jeune homme bien plus qu'ils ne le soupçonnaient. Ils avaient frappé sur ses plaies, rouvrant des blessures à peine cicatrisées. Choisi avec soin les endroits où cogner afin de ne toucher aucun organe vital ni laisser aucune séquelle irréversible. Ils voulaient le mater, l'étourdir, pas le mutiler. L'un d'eux au moins avait des connaissances médicales, pour faire aussi bien. Ils étaient trop intelligents pour se laisser emporter dans leurs actes de violences. De vrais pros.
Fait notable, ils n'avaient pas une seule fois touché son visage, son cou ou sa colonne vertébrale. Il se souvenait parfaitement de cette instruction particulière, très spécifique.


"N'abîme pas sa jolie petite frimousse, on pourrait en avoir besoin."

C'était donc leur plan B. Il frissonna. Il préférait ne pas y penser.

Où était-il ? Cela faisait une éternité qu'il n'avait pas vu la lumière du jour. Plongé dans le noir et séquestré, sa perception du temps était complètement altérée. Le roulis incessant lui avait fait comprendre depuis longtemps qu'il se trouvait sur un navire, et que le voyage durerait des jours, sinon des semaines. C'était presque un répit, car ses ravisseurs ne pouvaient pas agir à leur guise. Ils se trouvaient en comité réduit pour le garder, ce qui limitait grandement leur marge de manœuvre.
En contrepartie... il était enfermé dans une caisse ! Tous ses essais pour se faire remarquer par le reste de l'équipage restaient infructueux. Ses grattements contre le bois étaient inaudibles au milieu des craquements de la coque et des vagues qui s'y brisaient. Même quand la houle se faisait oublier, ils passaient inaperçus, sans doute confondus avec la présence de rats à fond de cale.

A un rythme qu'il situait comme quotidien bien qu'il ait perdu le compte, l'un ou l'autre des deux compagnons au visage devenu familier l'entraînait dehors, toujours de nuit. Ils le faisaient alors boire, manger, lui autorisaient même un brin de toilette. Car ils s'efforçaient de maintenir chez lui une certaine hygiène corporelle - malgré tout. Cela rendait leur tâche plus complexe et plus périlleuse, mais sa santé leur importait. Evidemment.
Ces sorties étaient son seul repère. Il attendait toujours ce moment avec impatience, mais pour assouvir d'autres besoins naturels. Plus que la faim ou la soif, c'était la nécessité de cette retenue le plus difficile à supporter. Mais si le jeune homme voulait lui-même s'assurer un certain confort, il n'avait pas le choix.
Que la nuit soit claire ou d'orage, le rythme de ces sorties restait le même. Même s'ils suivaient le bastingage, et même si l'équipage était endormi, un détail l'étonna. Il y avait toujours un quart sur ce genre de vaisseau, et ils auraient dû se faire remarquer tôt ou tard. Mais dans la pénombre, il distinguait parfois une silhouette au milieu des cordes. C'est ainsi qu'il comprit que la vigie était avec eux. Cette information lui servirait.

Bien qu'elles fussent courtes, le jeune homme profitait de ces escapades en extérieur pour remplir ses poumons d'air frais. Les embruns salés étaient infiniment plus agréables que l'odeur de renfermé du sous-sol, accentuée dans l'espace exigu qui lui servait de logis. Et bien que ses geôliers soient impatients de le faire retourner dans sa boîte, il prenait le temps d'étirer consciencieusement chacun de ses membres gourds et endoloris.
Cela mis à part, il ne cherchait plus à contrarier ses gardiens, et ne faisait ni bruit, ni vague. Même sans la menace, il savait pertinemment que tant que le navire était en mer, toute tentative était inutile. Il ne pouvait fuir, ni se cacher. Il n'avait nulle part où aller. Alors il attendait son heure.

La première fois qu'il avait desserré son bâillon, celui qu'il avait surnommé "l'homme au couteau" fit glisser une dague sous sa gorge. De manière extrêmement précise. Il sentait la lame sur sa peau, assez éloignée pour ne pas le couper, mais suffisamment proche pour qu'il en sente parfaitement le fil, aiguisé sur toute sa longueur. S'il bougeait...
L'avertissement était on ne pouvait plus limpide et efficace. Au moindre pas de travers, l'autre lui trancherait la gorge. Et il le croyait sur parole. A voir son air sinistre et ses yeux brillants, il était clair que l'homme n'aurait aucune hésitation à le faire. Et le jeune homme savait exactement pourquoi, c'était un raisonnement logique. Il était plus précieux vivant, et autant que possible ils voulaient le garder en état. Mais en cas d'imprévu le calcul était vite fait : mieux valait de la viande morte qui rapporterait tout de même son poids en or que d'être compromis comme criminel. Découvrir un passager clandestin récalcitrant était assez commun sur l'océan, il n'était pas compliqué de justifier s'être débarrassé d'une bouche à nourrir. Il serait mort avant d'avoir pu dire un mot.
Outre sa propre réflexion, cela aurait été amplement suffisant pour qu'il se tienne à carreau lors de ses instants de brève liberté, et ne tente rien de stupide. Il se rassérénait. Ce trajet ne serait pas éternel. Un jour ou l'autre, le navire reviendrait mouiller dans un port.

Perturbant le cours de ses pensées, son corps glissa, frottant contre ce qui tenait lieu de sol, heurtant les irrégularités des planches. Il sentit son pantalon accrocher une écharde au niveau de son genou. Le tissu largement élimé par les frottements ne se fit pas prier, et se déchira généreusement. Un comble alors qu'il le portait seulement depuis le début de la saison.
Sa chemise n'était pas plus ancienne, mais faisait également pâle figure. Il lui manquait plusieurs boutons, enlevant à son habituelle négligence absolument toute élégance. Cocasse. Ces égards étaient futiles, mais il préférait cela à la réalité.

La distraction fut courte durée, car sa douleur aux côtes s'était réveillée. Ainsi qu'une autre, oubliée, du côté de sa hanche. Un liquide poisseux coulait sur son ventre. Le bandage de fortune s'était fait la malle, et sa blessure s'était rouverte. Son bras droit saignait également, mais cela, il ne le sentait pas.
Son corps entravé ne faisait que suivre le mouvement de la caisse. Il essaya de se caler à nouveau dans un coin. Le navire tanguait dangereusement. Cela arrivait souvent, mais cette fois plus et plus fort qu'à l'accoutumée. Une tempête ?

Un chaos inattendu lui donna un haut-le-cœur. Sans possibilité de respirer à l'air libre et de regarder l'horizon, il était sujet au mal de mer. Mais il devait absolument éviter d'y succomber. Il tenta tant bien que mal de se maintenir en position latérale, et de s'assurer d'y rester quoiqu'il arrive. Cela valait bien mieux s'il finissait par dégobiller. Il ne comptait pas mourir aussi bêtement.
Une puissante secousse mit brusquement un terme à ses réflexions. Sa tête décolla avant qu'il ne l'ait réalisé, et retomba violemment contre le sol. Le choc fut sonore, il vit des points lumineux. Puis, plus rien.


~

Sa gorge était aussi aride que le désert de Shurima. Une douleur fluctuante à sa tempe lui vrillait le cerveau. Il ouvrit lentement les yeux. Une mèche raidie par le sel vint se loger contre son nez. Il souffla par les narines avant de ressentir l'envie d'éternuer. Il haletait. Combien de temps était-il resté inconscient ? La faim dévorante qui creusait son estomac commençait également à se réveiller. Alors qu'il n'avait connu jusqu'ici aucune exception, les hommes n'avaient pas jugé opportun de le réveiller pour son rituel quotidien...
Ces considérations terre à terre furent éclipsées dans un sursaut, quand il s'aperçut que la situation avait changé. L'air était emprunt d'une chaleur moite, il n'y avait plus aucun mouvement, seul le clapotis du reflux brisait le silence. Le navire était à quai. Il sentait un fort relent de fruits de mer avariés, malheureusement pas encore assez abject pour lui couper l'appétit. Et cela ne l'éclairait pas vraiment sur son point de chute.

Ses membres étaient raidis, comme emmêlés. Il bougea par petits sauts pour retrouver un semblant de confort, à défaut de dignité. Les cordes étaient devenues plus lâches que la dernière fois qu'il les avaient testées. Puisqu'il était resté inconscient, ses ravisseurs ne l'avaient pas fait sortir, mais ils n'avaient en conséquent pas resserré ses liens. Ce n'était pas encore assez pour qu'il puisse s'en libérer facilement, mais il n'était pas inquiet.
Pour l'heure, seul lui importait de se rapprocher de la paroi de la caisse. Il trouva une fente et en rapprocha le museau. Avec la température et l'humidité, il étouffait. Il inspira l'air à peine moins glauque de la cale, qui lui donna pourtant l'impression d'une renaissance.
Humidité avait-il dit. Il sentait la condensation contre sa joue. Cela lui fit du bien. A l'intérieur, la caisse était saine, sans poussière ni une once de moisissure. Trop tard de toute façon, il aspirait les gouttes qui roulaient sur le bois, étonné, presque amusé, d'en être réduit à une telle extrémité.

La caisse était fermée à clé. Il entendrait le moindre mouvement sur le pont supérieur, passage obligé pour arriver à la cale. Jusque là, il avait le temps de mettre son plan à exécution. Sa position handicapante allait l'aider, pour une fois. Malgré son corps qui criait famine, il devait absolument garder les idées claires, et le peu de fraîcheur qu'il avait trouvé contre le bois l'y aidait.
Attentif et prudent, il fit jouer ses articulations de manière à pouvoir attraper entre ses doigts la corde retenant ses pieds. Puis il déploya, lentement, ses griffes métalliques. Il lui suffit de quelques frictions pour rompre la fibre. Il libéra ainsi ses jambes, et put les ramener devant lui, prenant une position plus normale. Il se roula en boule, étirant son dos meurtri d'être resté cambré de force aussi longtemps. C'était si bon... Il n'avait pas encore atteint les cordes de ses poignets, et avait toujours les mains liées dans le dos, mais était déjà immensément soulagé.
Le nœud tenait vraiment bien. Il remuait mains et poignets pour desserrer la corde, mais en vain. Il ne réussissait pas non plus à la toucher avec ses griffes. Nul doute qu'il pourrait briser ses liens en comptant sur ses implants métalliques, mais il risquait de s'arracher chair et peau avant de s'en rendre compte. Il commençait à frotter la tresse contre une aspérité du bois quand un bruit inhabituel lui fit cesser tout mouvement.

Les sens en alerte, totalement réveillé par l'adrénaline qui courait dans ses veines, le prisonnier se raidit et tendit l'oreille. Le bruit était feutré, mais ce n'était pas un animal. Dans le cas contraire il n'y aurait pas pris garde. Un feulement, comme du tissu que l'on froisse. Se pouvait-il qu'il ait manqué l'arrivée des trois compères ? Ils étaient plus bruyants d'ordinaire.
L'urgence ne lui permettait pas d'y songer plus avant. Le son s'était tu, juste devant la caisse. A quelques centimètres à peine de sa tête. S'efforçant de ne faire aucun bruit, il s'accroupit, se ramassant sur lui-même. Ne pas avoir les mains libres serait un problème, mais il n'avait pas d'autre alternative. Ses oreilles perçurent le cliquetis métallique. Il n'analyserait que bien plus tard que c'était différent du son qu'il avait l'habitude d'entendre lors de l'ouverture de la serrure. Il était déjà trop tard.

Tout se passa très vite. A l'instant où il vit filtrer un rai de lumière, il se propulsa hors du coffre. Le couvercle, repoussé sauvagement par son mouvement, s'ouvrit à la volée, cognant dans un bruit dur la mâchoire de celui qui avait la main dessus. Le captif avait surgi comme un diable rouge hors de sa boîte, et, monté sur ressort, était bien décidé à ne pas en rester là. Il s'apprêtait à parachever son œuvre d'un coup de tête quand son œil fut attiré par un détail déconcertant.
Moins que l'homme qui se trouvait devant lui, ce qui avait retenu son attention était ce... chapeau, oui, un chapeau, que le choc avait soulevé. Le couvre-chef voletait tranquillement, retombant vers le sol à une vitesse abominablement lente. Noir, avec une pointe caractéristique, sur lequel un ornement doré brillait, à la lumière d'une carte imprégnée de magie. Il connaissait ce motif... non ? Attends... une carte ?

Toute sa combativité avait disparu quand ses yeux se fixèrent sur l'homme qu'il avait à moitié assommé. Légèrement agrandis par la surprise, il les savait d'une couleur sanglante assez peu avenante. "Ah..." S'il avait pu parler, il n'aurait guère était capable de prononcer plus que cette onomatopée. Bientôt suivie par une expression qui se lut avec une clarté éblouissante dans ses yeux vacillants. "Eh merde."
Ses jambes étaient devenues de coton, et la tête lui tournait. Il s'était relevé bien trop vite pour sa condition, et son corps, à la reconnaissance d'un signe familier, avait évacué les signaux de détresse et de danger. La tension de ses muscles avait disparu brusquement. Et les pas qu'il entendait à l'étage supérieur ne pouvaient plus rien y changer. Il ne fallait... pas... qu'il avale sa langue... Pensée pragmatique et confuse. Il réussit à peine à orienter sa chute, en direction de la lumière imprécise. Pourquoi était-elle aussi lointaine soudainement ? Il ne sentit pas le choc de son corps mou contre le bois. Il était déjà parti.


~

Alors qu'un jeune rouquin venait - presque littéralement - de tomber dans les bras d'un joueur sans son chapeau, le bois craquait, de plus en plus près de l'entrée de la cale. Les trois hommes n'avaient plus besoin d'être aussi discrets et échangeaient sans se gêner.

"Il doit avoir une faim de loup le moineau !
- Tu es trop drôle, toi."

Une bourrade amicale suivit. Ils étaient proches, sur le point de descendre l'escalier.
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Twisted Fate
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Sam 8 Avr - 19:14
Un effet qu’adorait lire le gambler dans les yeux de ses adversaires de jeu : cette soudaine perte de confiance en sa main, et ce à cause d’une seule carte. Cette concentration, le regard embrasé d’une ardente flamme de satisfaction et qui, d’un simple petit imprévu, s’effaçait dans l’ombre de la déception la plus totale. Quel bonheur de lire sur ces visages bien naïfs cette brutale transition entre la joie de cette victoire et la frustration de cette défaite. C’était ce regard qui parcourait le visage de Twisted Fate, une fraction de seconde avant l’impact. Le couvercle de la caisse le heurta en plein visage, le faisant ainsi tomber en arrière, son chapeau virevoltant un petit bout plus loin. Le dandy se tint la mâchoire et tenta de ravaler ses jurons vainement. «  ¡Joder! » Il reposa son regard furieux, teinté d’une légère lumière doré due à sa magie, sur la provenance de ce coup : un regard confus et terrorisé, puis une masse lui tomba dessus. Par réflexe, TF se redressa pour mieux l’attraper : c’était un homme. Ses sourcils se froncèrent à la vue de ce qu’il avait sur lui, puis un sourire carnassier se traça sur son visage.

- Voilà donc leur ‘colis’, murmura le voleur pour lui-même.
- Il doit avoir une faim de loup le moineau !
- Tu es trop drôle, toi.

Tous les sens du mirliflor se mirent en alerte. Dans sa tête, le mot ‘imprévu’ raisonnait dans sa tête en boucle. Il se mordit la lèvre : il n’aurait sans doute pas le temps de sortir convenablement de ce bateau. Son regard jonglait alors entre l’entrée de la cale et le jeune homme qui perdit connaissance à moitié vautré sur lui. La situation était tellement ironique et stupide à la fois. De tous les scénarios envisagés, celui-ci était bien le dernier auquel il aurait pensé. Le gambler passa sa langue nerveusement sur ses lèvres, tandis qu’il replaçait son galurin sur la tête. Son regard s’agrandit de surprise et de stress quand il entendit les marches de l’escalier grincer. Rapidement, il jeta un œil tout autour de lui. Il y avait assez de caisses pour se dénicher une cachette. Parfait. Il pourrait ainsi se cacher en attendant leur passage.

Et manquer ainsi une bonne occasion de faire une bonne affaire, ce maraud ayant certainement son poids en or. Bordel.

Déterminé malgré tout, Twisted Fate fit confiance en son intuition qui ne lui faussait jamais compagnie, et décida de miser sur la valeur de cet individu fraîchement trouvé. Il le porta sous le bras et se redressa aussitôt. Quelle chance, il était loin d’être trop lourd, le petit. Quand il eut repérer un coin pour se cacher, il retira sa magie de la carte pour ainsi baigner dans l’obscurité, son nouvel allier. A pas de loup mais pressés, TF se glissa derrière une haute pile de caisses entassées, s’y accroupit et reposa le rouquin à même le sol. Il pesta, se rappelant de la caisse grande ouverte.

- QUOI ?! hurla alors le passionné de lames. Comment a-t-il fait ? Il était attaché !!
- Que se passe-t-il, en bas ?! gronda le pirate, tandis qu’il les rejoignit rapidement dans la cale.

Les trois étaient regroupés devant la caisse vide. Bonne nouvelle, un des trois tenait une lanterne. Mauvaise nouvelle, le dandy était fait comme un rat. Il garda un sang-froid et une maîtrise de soi surhumains, le regard fixé sur eux. Que faire ? Tôt ou tard, ils allaient le débusquer. Le pirate pesta bruyamment, puis indiqua deux directions différentes à ses compères.

- Crips, fouille par là-bas, toi Jeyms tu regardes de ce côté.

Chacun partit dans son coin, passant la cale au peigne fin. Le dernier restant parcourut son œil vif sur toute la salle, puis s’avança au hasard dans la direction du gambler. Celui-ci retint son souffle et attendit, tous les sens en alerte. Finalement, le truand passa son chemin, partant à l’opposé de la sortie et des deux camouflés : intérieurement, TF soupira de soulagement. Puis le jeune inconscient gémit péniblement, comme s’il était sur le point de se réveiller. Aussitôt, le dandy eut le réflexe de placer sa main sur sa bouche pour étouffer le bruit, mais il était bien trop tard : l’œil de faucon à l’oreille fine se retourna brusquement.

- Là-bas ! s’écria-t-il.

Tandis que les deux compères revinrent vers le pirate, Twisted Fate pesta contre la drôle de situation dans laquelle il pataugeait. Malgré tout, il avait toujours plus d’un tour dans son sac : il prépara deux cartes, une dorée et une rouge. Aussitôt, le gambler porta son colis sous le bras et se redressa lentement et prudemment. Heureusement, il était loin d’être lourd, cela était supportable. Attendre, encore un tout petit peu…parfait.

Les cartes fendirent l’air en deux à leur rapide traversée pour atteindre la même cible : le pirate, qui se trouvait le plus au centre du petit groupe, se figea, tandis que l’autre carte explosa à son contact. Pour ajouter de la facilité à son évasion, Twisted Fate poussa de son pied la haute pile de caisses derrière laquelle il était caché, puis partit au pas de course. Il avait peu de temps, mais cela suffirait. Il fallait se préparer au pire, quand ils regagneraient la sortie de la cale, et ça, TF le savait déjà. Quand la lumière du jour envahit son regard clair accoutumé à l’obscurité, le voleur entendit hurler le truand depuis le sombre sous-sol. En même temps, il tomba nez-à-nez avec le reste de l’équipage. Discrètement mais rapidement, il imprégna trois cartes de magie teinte de rouge, tandis qu’il reprit sa course. Là, la partie la plus plaisante d’ordinaire pouvait débuter. Au début rapidement encerclé, Twisted Fate bondit vers un pirate, talonnette portée au visage, et prit appui sur lui pour sauter un bout plus loin. Là, il en profita pour lancer une carte à l’aveuglette derrière lui : la faible explosion qu’elle procurait à chaque fois retentit. Le petit inconscient sous le bras, Twisted Fate parvint à quitter un peu trop facilement le bateau : quand il se retourna, le dandy constata avec surprise l’impassibilité de la plupart de l’équipage avec, en  plein centre, l’œil habile qui s’avançait vers lui. A croire que ce colis était bien caché : TF éclata d’un rire fort et mélodieux pour bien se faire entendre, et détala aussitôt. Bien que tardivement, des coups de feu encadrèrent le fugitif qui longeait désormais les quais. Certains suivirent le pirate, mais pour des raisons divergentes : après tout, pourquoi se priver d’une prime si alléchante ? Ce serait autant bête que navrant.

Tout à coup, le dandy bifurqua de direction et s’agrippa à un cordage qu’il commença à monter. Il atterrit sur la dunette de l’auberge, puis traversa relativement rapidement le toit de l’auberge. Quand Twisted Fate lança un regard furtif derrière lui, il n’aperçut qu’un seul homme, sans doute le seul déterminé à reprendre son bien. Les deux autres étaient soit occupés à gérer le reste de l’équipage, soit perdus dans une ville qu’ils ne connaissaient pas. Le dandy accéléra la cadence jusqu’au gaillard d’avant où il saisit un autre cordage, qui pendait depuis le sommet du mât de misaine. Une fois en haut, une corde se jetait dans le vide, relié au beaupré d’une seconde bâtisse. Sans perdre de temps, le dandy s’empara du crochet qui pendait à la corde, prit de l’élan et décolla de l’auberge. Mais le truand ne s’avouait pas vaincu : il tira toutes les balles qui étaient chargées dans son tromblon pour toucher sa cible.

Bingo.

Il entendit un cri étouffé, mais, malgré tout, malgré cette balle dans l’épaule, Twisted fate ne lâcha pas le crochet. Alors, à bout de nerfs, le tireur rangea son arme, coinça un couteau dans sa bouche et monta davantage encore le cordage. Là, il coupa la corde qui permit à TF de temporairement s’en tirer : un autre cri, plus fort, retentit dans le quartier. Alors qu’il sentit la corde se détendre, le dandy mit toutes ses forces pour se propulser en avant, bien qu’il savait que cela n’y changerait rien. Il allait rater de justesse le bord, et ainsi tomber dans l’eau qui se trouvait juste en-dessous de lui. Au même moment, il saisit une carte qu’il imprégna de magie rouge, puis l’envoya précipitamment dessous lui, percutant une passerelle en bois : à son contact, elle explosa, suffisamment pour propulser TF davantage en avant, ce qui lui évita la noyade. Il s’éclata contre la passerelle en bois suspendue, la face contre le plancher, et mit peu de temps avant de s’y asseoir, histoire de retrouver quelque peu ses esprits, le regard divaguant sur l’auberge qu’il venait de quitter. De là, il pouvait entendre son poursuivant hurler de frustration, mais il n’était pas idiot : son colis était bien trop précieux pour le laisser entre les mains lestes d’un agile voleur. Pour qu’il fut empaqueté ainsi au fond d’une cale, et ce, en ayant gardé la moitié, voire le deux tiers de l’équipage dans l’ignorance, il devait avoir sa valeur, plus aux yeux du pirates que de ceux du voleur actuellement. TF devrait se préparer à entendre parler de lui très prochainement, mais dans l’immédiat, il fallait se trouver un lieu sûr pour se soigner et, surtout, se cacher. Il se releva, le rouquin sous le bras, et marcha d’un pas lent et prudent. Par chance, une auberge bien connue du gambler se présenta à lui : il y entra aussitôt.

En effet, il connaissait fort bien la tenancière de cet établissement. Malgré la blessure et la chute, Twisted Fate se tenait droit et marchait d’un pas assuré. Les yeux amusés de la quadragénaire se posèrent sur le dandy, tandis qu’elle se leva d’une table où elle buvait un coup.

- Toi, à Bilgewater ! s’écria-t-elle. Et j’imagine que, comme d’hab, tu n’as d’ennuis avec personne ?

Le regard et le rire rauque de TF lui en dirent long. Au moment où la tenancière allait lui donner l’accolade, le gambler l’arrêta court d’un geste de la main.

- Je suis vraiment heureux de te voir, Ingridd, lança TF, mais je préfère conserver le peu d’épaule qui me reste.

Les yeux noisettes d’Ingridd se plissèrent, soudainement graves, tandis que ses sourcils se froncèrent. Elle frôla des doigts son épaule blessée, puis posa un regard attentif sur le rouquin. Enfin, elle le saisit par le bras et passa de l’autre côté du comptoir en l’entraînant avec elle.

- Toi, avec ou sans l’autre brute, t’arriveras jamais ici en un seul morceau. Allez, je vais m’occuper de toi.

La native le lâcha pour saisir la rampe de l’escalier, et lui fit signe de la suivre. Ils gagnèrent une chambre, où Ingridd demanda au gambler de déposer le petiot, lui promettant de s’occuper de lui après, puis entra dans une seconde chambre, le dandy sur les talons.

- Bon, commença-t-elle, dépose tes affaires à bade sur le lit, le temps que j’aille chercher de quoi te soigner.

Twisted Fate n’eut guère besoin d’attendre ce signal pour retirer son manteau et son chapeau, déjà assis sur le lit. Il tenta de lentement remuer ses épaules endolories, mais abandonna l’idée en cours de route, les dents serrées et les yeux clos. Quelques instants plus tard, on lui frappa gentiment la tête : elle était déjà là, posant divers objets sur la table de chevet.

- Le sang a déjà partiellement coagulé, soupira le voleur tandis qu’il enlevait son gilet pour le poser à côté de lui.
- Ne pleure pas ta chemise trop vite, Tobito : je sais ce que je fais.

Avant qu’elle n’eut le temps de le lui demander, Twisted Fate déboutonna sa chemise et s’allongea à plat ventre sur le lit, soudainement épuisé : l’adrénaline était redescendue, ce qui amplifia par la même occasion la douleur. Celle-ci se décupla au contact d’une espèce de crème qu’appliquait Ingridd directement sur la blessure, au travers de la chemise partiellement collée à la peau, puis à la lisière de la flaque de sang coagulé, dessous l’habit. Au début glacial, ce contact finit par devenir insupportablement brûlant, au point que TF émit un gémissement plaintif, la tête enfouie dans le coussin. Les doigts de la tenancière glissaient le long de son dos, comme pour l’apaiser. Finalement, une main tenant la chemise et l’autre appuyée contre son omoplate, Ingridd commença à les décoller.

- Ça va chatouiller un peu, Tobias.

Il ne bougeait déjà plus, préparé au pire…quoique : avec sa pommade, tout se sépara sans trop de problèmes – à quelques détails près. Prudemment, Ingridd glissa sa chemise le long de son corps et commença enfin à soigner la blessure. La native s’empara d’une pince, assez fine, et s’approcha davantage pour retirer la balle de quatorze millimètres de diamètre.  L’autre main se faufila dans les cheveux du gambler. « Respire calmement, ça sera bref. » Malgré ses recommandations, le blessé crispa tous les muscles qu’il pouvait quand la pince se faufila dans la plaie. Quelques instants plus tard, Ingridd posa la balle, puis la pince, sur la table de chevet et s’empara du désinfectant et du chiffon. Elle mit du produit dessus et tamponna sur la plaie. TF resta impassible et silencieux, les yeux clos. Le gros de la douleur avait filé, et il n’avait plus trop la force de tout le temps rester tendu ainsi. Progressivement, il se relâcha, apaisé. Au bout d’un certain temps, elle frappa gentiment sa tête pour attirer son attention quelque peu.

- T’arriverais à t’asseoir, le temps que je place le bandage ? Après tu pourras te reposer.

Nonchalamment, Twisted Fate hocha de la tête en signe d’accord, puis entreprit de se relever. Il fut rapidement soutenu par la tenancière, une femme costaude, qui l’aida à s’asseoir. Alors, Ingridd saisit le bandage et commença à le placer sur la blessure fraîchement nettoyée.

- D’ailleurs, il va bien ce bon vieux Malcolm ?
- Bah, répondit TF, tu le connais : il est solide. Mais depuis que j’ai quitté Bilgewater, je n’ai aucune nouvelle.

Il savait qu’il n’avait pas besoin de s’en faire pour lui : Graves était assez grand pour se débrouiller par ses propres moyens. Malgré tout, le dandy ne pouvait s’empêcher d’avoir une petite pensée pour lui, se demandant même parfois où il pouvait bien être dans ce vaste monde. En faisant un détour à Bilge, Twisted Fate espérait le croiser dans le coin : pas de bol, il tomba d’abord sur un petit rouquin qui manqua de peu de lui déboîter la mâchoire. Ingridd resserra une dernière fois le bandage, puis donna une tape sur l’autre épaule, pour le signaler qu’elle avait fini, avant de le pousser pour qu’il se rallonge.

- Ne t’en fais pas trop, Tobito… Graves, c’est Graves. Si tu le croises un jour, vous viendrez boire un coup ici, hein ? …Ce n’est pas une question. Bon, maintenant repose-toi, je vais m’occuper de l’autre.
- Ingridd… ?

De justesse, Twisted Fate put lui attraper le bout de sa manche avant qu’elle ne fût trop loin. L’aubergiste s’arrêta, son regard noisette posé sur lui.

- Quelqu’un me traque, articula-t-il à voix-basse, et à mon avis, il passera ici. S’il entre, tu pourrais… ?
- S’il entre, il a affaire à mon fusil. C’est qui qui te course ?
- Il est de Bilgewater, rasé sur les côtés, les cheveux marron, le regard noir et vif, la peau couverte de tatouages de toutes sortes…
- T’inquiète, si je le croise, il aura affaire à moi. Repose-toi, maintenant.

A ces mots, la tenancière envoya une pichenette sur son nez, puis tourna les talons et ferma la porte. Le voleur se laissa complètement envahir par le sommeil, épuisé par une telle journée qui, pourtant, venait à peine de commencer.

✱✱✱

Alors que la tenancière ouvrit l’autre porte, elle réalisa que le rouquin était réveillé. Croisant son regard peu rassuré et apeuré, elle tendit la main, comme pour le tranquilliser à distance, puis s’approcha lentement de l’injurié.

- Calme-toi, petit, tu ne risques pas grand-chose ici.

Par la suite, elle remarqua les mains encore liées dans le dos : elle soupira, tout en saisissant un couteau qu’elle extirpa de son soutien-gorge, et s’approcha du malheureux et coupa ses liens. Rangeant sa petite arme, Ingridd s’assit sur le bord du lit, à côté du rouquin.

- Toi, débuta-t-elle, t’es clairement pas du coin. Je me demande bien comment t’as atterri ici…


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Mer 12 Avr - 16:51
Encore groggy, Falun se redressa tant bien que mal. Il utilisa son épaule comme appui contre le mur pour se mettre dans une position assise... plus ou moins. Le ballotement avait cessé aussi rapidement qu'il avait commencé. Pas vraiment bercé, cet arrêt avait été pour la conscience du jeune homme comme un signal qui l'avait fait émerger. Un bien grand mot. Il évaluait à peine sa situation. Il était sur une surface molle. Un lit. Cela signifiait-il une amélioration de sa situation ? Il l'ignorait encore. Il ignorait où il était.
Son estomac fut un nouveau déclencheur. Bien désagréable, car secoué comme il l'avait été, le mal de mer latent avait fini par resurgir... Il tanguait encore. Toujours sur un bateau. Ses yeux cherchèrent quelque chose dans l'urgence, et ses jambes le soutinrent juste assez pour qu'il se précipite vers la bassine qui en théorie devait servir pour la toilette. La douleur lui arracha la gorge et il cracha pour se débarrasser du liquide qui le brûlait. La bile verdâtre était le seul élément que son estomac daignait rejeter. Il contempla le contenu de la bassine d'un œil circonspect avant de tituber à nouveau vers le lit. Comme s'il avait pu contenir autre chose...

Le rouquin dût faire un effort pour ne pas se laisser choir à nouveau sur le matelas. Il fallait absolument qu'il évalue sa situation, et avait besoin d'être parfaitement éveillé pour ça. Il resta assis. Il était seul, et cela était en soit une bonne opportunité de fuite. Rien ne garantissait sa sécurité.
Sa tête se tourna spontanément vers la fenêtre, qui se trouvait juste à côté de la tête du lit. Il se dandina pour regarder en contrebas. C'était un paysage à nul autre pareil. Rien qu'il ait déjà vu de sa vie. Mais il savait maintenant où il se trouvait. Il n'y avait pas de rue à proprement parler, et de là où il était, il ne pouvait même pas affirmer voir l'ombre d'un quai, à peine une jetée. Jusqu'à l'horizon - et l'horizon était bien bas car extrêmement encombré - il ne voyait que des bateaux, de toutes sortes et de toutes tailles. Entre eux, des vaguelettes se frayaient un chemin avec difficulté.

L'ingénieur se laissa retomber en arrière avec un soupir. Il accusa le choc contre le mur d'un bruit métallique, qui eut le mérite d'épargner ses vertèbres. Nul espoir d'évasion par cette voie. Marco ne l'avait jamais envoyé au gabier, et s'il connaissait les nœuds, il ne se voyait pas faire des pirouettes entre cordes et filets. Mais il retenait au moins l'information importante qu'il avait déduite de son observation. Il pouvait remercier son ami pour lui avoir décrit ce lieu maintes fois. Sauf qu'ici, c'était loin de ses rêves d'enfant. Cela ressemblait plutôt à un cauchemar.
Bilgewater. Destination logique, quand il y songeait. Qui poserait la question, ici, de voir un gamin traité comme un esclave ? Ils avaient peut-être décidé de le sortir au grand jour. Ils ne couraient pas un grand risque après tout. Si c'était le cas, il aurait bientôt de la visite. Après tout, il était toujours attaché, même si le bâillon s'était desserré et avait glissé sur son cou. Etrange. Il était trop raisonnable pour appeler ou crier sans savoir à quoi il s'exposait. Même en prenant cela en compte, son joug était bien léger. Raison supplémentaire pour ne pas perde une minute.
A genoux, Falun commença à frotter la corde contre l'angle aigu de la table de nuit. Il ne manquait plus grand-chose avant que qu'elle ne se rompe... La porte s'ouvrit. Aussitôt, le rouge fut sur ses pieds et fit face, dardant un regard défiant vers la personne qui se présentait.


"Calme-toi, petit, tu ne risques pas grand-chose ici."

Il fronça les sourcils. Etait-il sensé croire cette femme sur parole ? Mais quand elle extirpa une lame de ses sous-vêtements pour libérer ses mains, il considéra les yeux clairs avec incrédulité. Se rasseyant sur le lit, son premier réflexe fut de se frictionner le poignet. Son bras était ankylosé et la corde avait laissé sa marque sur sa peau. Il bougea les doigts, et comme exercice pour faire revenir la circulation, se débarrassa une bonne fois pour toutes de son bâillon.

"Toi, t'es clairement pas du coin. Je me demande bien comment t'as atterri ici…"

Falun releva la tête vers son interlocutrice. Elle avait le teint olivâtre et les yeux couleur de cannelle. Une femme qui avait dû être belle autrefois, mais avait à présent plus la carrure d'une matrone. Elle dégageait toujours une certaine prestance, et, d'un coup, le jeune homme se sentit intimidé. Il venait de prendre conscience de sa propre condition.

Pour un prisonnier enfermé à fond de cale il était plutôt "propre", bien qu'il ait baigné dans sa sueur sur la fin du voyage. Durant plusieurs jours probablement. Ses vêtements étaient déchirés, le blanc de sa chemise était jauni, voir bruni. Tout comme ses cheveux, le tissu était raidi par le sel. Ses toilettes à l'eau de mer n'avaient pas suffi à éliminer le sang qui tâchait ses habits à différents endroits, tâches agrandies encore récemment par ses blessures fraîches.
Pensant à cela, et éludant sans le vouloir la question sous-entendue de la tenancière, il arracha ce qu'il restait de ses manches... avant de s'apercevoir qu'il était aussi rapide d'enlever complètement sa chemise. L'éclat métallique de son bras gauche fournit ainsi une ébauche de réponse concernant ses origines.

La prothèse s'arrêtait au niveau de son épaule, et semblait se fondre sous sa peau. D'une couleur majoritaire de bronze patiné, les derniers évènements l'avaient vu pas mal rayée. L'extérieur exposé de l'épaule et du coude en particulier étaient bien écorchés, le vernis laissant apparaître une couleur plus claire, tendant vers l'argenté sous les éraflures. Mais si le regard du jeune homme s'arrêta un court instant sur son membre métallique, ce n'est pas ce qui retint son attention - ni celle de son hôtesse.
Alors qu'il s'attelait à observer d'un regard critique ses blessures les plus graves, la femme put aisément remarquer que le torse du piltovien était tailladé en de nombreux endroits, et couvert d'ecchymoses. Elle put aussi noter que l'examen du rouquin était très professionnel. Comme s'il auscultait une autre personne. Il s'attarda notamment sur deux plaies ouvertes. L'une se situait au niveau de son avant-bras droit, et ne saignait plus. Mais quand il palpa la coupure de son ventre, il grimaça malgré la douceur de son geste. Il avait réveillé la douleur et le sang suintait toujours.

Forcé à se taire depuis trop longtemps, Falun leva un regard suppliant vers la femme qui n'avait pas manqué une miette de son bref manège. Elle semblait vouloir l'aider. Sa voix sonna rauque et frelatée à ses oreilles.


"Si vous...
- Te fatigue pas, j'ai ce qu'il faut. On va soigner ça vite fait."

La femme se releva pour sortir de la chambre, ayant bien compris le besoin de son pensionnaire. Au moment où elle allait franchir le seuil, il déglutit. Sa gorge était toujours aussi sèche, et irritée par le renvoi acide, pas étonnant qu'il ait du mal à parler. Il se contenta du minimum.

"Aussi... j'ai soif..."

Se manifestant à point nommé, son estomac plus que vide choisit de grogner, ce qui arracha une nouvelle grimace au blessé. Le bruit était tellement fort qu'il lui donna l'impression d'être audible depuis l'autre côté du port. Elle hocha la tête avant de disparaître, sans qu'il ait besoin de préciser quoique ce soit. Il en fut soulagé. Sans la tension du danger et la douleur, il serait sans doute de nouveau dans les vapes. Et cela ne tarderait plus, s'il ne se restaurait pas très rapidement.

Se retrouver seul lui permit d'approfondir son diagnostic. Son bras ne l'inquiétait pas vraiment, bien qu'il connaisse ses complications récurrentes. Une longue estafilade partait sur le côté extérieur de son coude, et parcourait la moitié de son avant-bras. La blessure n'était pas fraîche, mais c'était tout comme. L'altération des voies nociceptives était la raison d'une coupure aussi profonde, mais ses matons ignoraient vraisemblablement son problème, et cela lui avait servi. Il avait manifesté plus de souffrance qu'il n'en ressentait pour les inciter à prendre son bras pour cible, alors que l'intensité de la douleur était en réalité presque négligeable. Etrange de penser qu'à côté de ça, il avait une sensation au toucher presque normale. Les deux circuits étaient dissociés, il faudrait qu'il étudie ça plus en profondeur.
En revanche la traînée de sang sur son ventre manquait lui faire perdre son calme. Une seule partie de la blessure originelle était encore problématique, mais le tissu cicatriciel était fragile, et les secousses répétées avaient fini par le rompre. C'était comme un poignard qui remuait dans ses entrailles lors des mouvements brusques. Quel naïf il avait été... Les coupures étaient nettes, bien trop... chirurgicales. Le sang provenait de la partie inférieure mal refermée, qui semblait relier le sternum du jeune homme à son nombril. Une ligne sanglante mais superficielle suivait ses côtes flottantes.
Alors qu'il appuyait sa main droite en point de compression, une douleur très différente se réveilla dans son bas-ventre. Il y avait ça aussi... Il jeta un coup d'œil vers la porte, mais elle était toujours close, et aucun bruit ne lui parvenait. Il avait sans doute quelques minutes...

Avec l'impression d'agir en voleur, Falun se rapprocha à nouveau de la fenêtre. Cela lui ressemblait assez peu, mais tant pis pour la finesse. Déboutonnant son pantalon pour vider sa vessie, il poussa un discret mais profond soupir de soulagement. Ce serait drôle si quelqu'un passait en dessous juste à ce moment... Depuis l'étage cela pouvait passer pour de la pluie. Ou pas. Oups.
Etrangement, quand le piltovien s'aperçut que son souhait venait de se réaliser, il ne rit absolument pas. Il remballa son matériel en vitesse et se plaqua dos au mur. Son cœur battait à toute vitesse. Il avait la tête en feu, elle résonnait comme un tambour. Il venait d'apercevoir un crâne chauve, qui s'était vraisemblablement retrouvé sous les dernières gouttes.
La porte s'ouvrit à nouveau, et la tenancière de l'auberge capta rapidement le changement. Son regard était devenu craintif. Il se laissa glisser contre le mur, sous le rebord de la fenêtre. Il n'avait pas vérifié l'identité de celui qu'il avait aspergé. Il n'en avait ni le temps ni l'envie. Il souhaitait seulement ne pas être découvert.

La matrone avait tenu sa promesse. Elle apportait avec elle un plateau couvert de tartines grillées, accompagnées d'une carafe d'eau et d'un verre. Elle avait également du matériel médical, ce qui rassura le jeune homme. Elle semblait coutumière de ce genre d'imprévu, et rompue aux premiers soins. Une bonne nouvelle.
A son invitation, Falun se releva, prenant soin de rester éloigné de la fenêtre. Elle suivait son regard, interrogative et intriguée, mais dans un premier temps, ne posa pas de question. Elle ne commit pas l'erreur non plus d'aller voir d'elle-même ce qui avait pu effrayer son jeune hôte. Elle se contenta de déplacer la table de chevet pour la rapprocher du lit où s'était assis le rouquin, et y posa le plateau. Elle remplit le verre d'eau, avant de se détourner pour préparer onguents et bandages.
Le jeune homme ne se fit pas prier avant de prendre une grande rasade. Il croqua dans un morceau de pain et but encore. Quand sa gorge fut suffisamment réhydratée à son goût, il se risqua à parler, d'une voix qui cette fois, lui parut bien plus naturelle.


"Je suis Falun."

Cette simple réplique lui valut une attention étonnée de la part de son hôtesse. Elle semblait ne plus attendre de réponse. Mais il rouvrait ainsi le dialogue. Le danger rôdait toujours au dehors, et il était loin d'être à l'aise ou bien dans sa peau. Malgré tout il reprenait un peu de son aisance coutumière. Cela l'aiderait à tenir.
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Twisted Fate
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Sam 29 Avr - 14:30
- On peut y aller, Gaviota !

Le vent soufflait comme jamais, apportant une fraîcheur chaleureusement accueillie par un tel soleil de plomb. Quelle belle journée...parfaite pour une petite promenade en bateau. Ils étaient trois, le regard posé sur l’horizon que le soleil quittait à peine. Les petits malins avaient ‘emprunté’ le bateau du grand frère de l’un d’entre eux comme à leurs fâcheuses habitudes, et étaient partis pour explorer les environs, le long des flots, le long de ce vent qui les portait toujours plus loin. Le plus pensif des trois se prit une pichenette sur le nez, afin de le faire sortir de ses rêveries.

- Tobias, c’est à toi que je parle !

Son regard confus et clair se posa sur son interlocutrice : ah, Galatéa, un vrai ange, avec ses traits fins, son visage encore joufflu de l’enfance, et ses cheveux longs et frisottant qui tombaient en cascade sur ses frêles épaules. Son regard vert autant que vif riait, posé sur lui. Elle n’en avait pas l’air, mais elle avait un fort caractère, et c’était d’ailleurs ce que préférait Tobias en sa personne, bien que majoritairement, cela agaçait les autres. A ses côtés, le petit Timeo, son cousin. Il devait avoir deux ou trois ans de moins. C’était la deuxième fois qu’elle l’emmenait dans ces petits tours en bateau. Gaviota… Elle l’appelait ainsi depuis l’échec de la cérémonie des eaux de blanca. C’était un rite que tout nomade devait faire à ses sept ou huit ans et qui ne consistait qu’en une seule chose : se plonger jusqu’au cou dans l’eau de la Rivière. A ce moment précis, la magie de l’individu entrait en résonnance avec l’eau de la rivière, et se manifestait sous la forme d’une couleur. Quand vint le tour de Tobias, sa Destinée sembla complètement basculer : une aura doré se reflétait dans l’eau. Elle signifiait très souvent le danger ou l’insécurité, voire la peur. Pourtant, alors qu’il allait sortir du fleuve, une pierre présente dans les alluvions le fit trébucher. Là, il tomba complètement dans l’eau, sans aucun moyen de s’en tirer. Par chance ou pitié, on le remonta, mais depuis ce jour, un écart se creusait de plus en plus entre lui et les autres. Sauf avec Galatéa. Elle l’appelait Gaviota, car sa grand-mère disait toujours que
« Ce qui ne nage pas vole. »

C’était la deuxième fois que son cousin Timeo venait avec eux, non que cela dérangeât Tobias qui, une fois montés à bord, se dépêcha de déployer la voile et de la laisser jouer avec le vent. La petite barque s’élança aussitôt, contrôlée minutieusement par les mains agiles du jeune garçon. Quelques étoiles étaient encore présentes dans le ciel, à l’opposé du soleil qui ne cessait de s’élever. Certains adultes les interpelèrent, car ils allaient dans la direction opposée de la caravane fluviale, mais les plus habitués à leur manège ne disaient mot. Ah, cette douce odeur du matin qui lui parvenait, ses draides dansant dans le vent. Galatéa racontait toutes sortes d’histoires à son jeune cousin en lui montrant des endroits bien précis, comme si elle les voyait encore. Tobias suivait ses récits des yeux, un sourire aux lèvres.

- Oh !! Gaviota ! s’exclama la jeune fille. Regarde là-bas ! Tu te souviens ?!

Son regard clair se posa là où le doigt de Galatéa pointait, les sourcils froncés. Ses yeux s’agrandirent, puis un sourire de travers suivit cet élan. Lentement, il changea la trajectoire du bateau pour se diriger vers ce mystique endroit. C’était une petite île où, quelques années auparavant, ils avaient accosté avec Galatéa. Là, ils déclarèrent cet endroit être leur cachette secrète, et y laissèrent même quelques objets de valeur. Galatéa courrait dans tous les sens, une fois amarrés, riant mélodieusement d’être ainsi retombé en ces lieux. Le petit groupe se rapprocha d’un arbre, plus précisément vers un buisson qui était à son pied. Là, elle en tira une petite boîte.

- Tu vois Timeo, expliqua-t-elle, c’est là qu’on avait mis nos précieux trucs.

Quand elle l’ouvrit, elle cria de joie, tapant une main dans l’autre : rien n’avait bougé de place. Tobias s’accroupit à côté de son amie pour regarder de plus près. Son regard s’arrêta sur un bracelet de pierres blanches, reliées entre elles par une ficelle. La fillette rit aux éclats, puis s’en saisit également.

- Tu te souviens, Tobias, débuta-t-elle, quand ma grand-mère me le confia ?
- Oui, répondit-il, pensif, j’étais là…

Il y avait un semblant de maturité dans cet air enfantin, puis le silence reparut. Tobias encadra ses épaules d’un bras ferme mais doux et la resserra auprès de lui. Il était de plus en plus fréquent de la voir ainsi nostalgique, depuis la disparition brutale de sa grand-mère, qui l’avait élevée et l’avait choyée comme jamais. Elle avait une large fratrie et, étant dans les premiers de ses frères et sœurs, avait rapidement été mise à l’écart au profit des plus jeunes. Il n’était pas anodin non plus de la voir en compagnie de son très grand ami Tobias chez leur grand-mère à jouer aux cartes. Mais elle partit d’un seul coup et, sans doute, beaucoup trop tôt.

Soudain, Galatéa prit la main de son ami et y plaça le bracelet, avant de refermer ses petits doigts sur la prise. Le regard de Tobias, surpris, se posa sur la petite fille.

- Tu es sûre que tu…
- Je veux que tu le gardes, Tobias, le coupa-t-elle, souriante.

Au loin, les cris fusèrent : mince ! Il fallait y aller ! Le petit groupe se hâta vers l’embarcation, dénouant les attaches et déployant la grande voile, puis repartirent aussitôt. Le bracelet fut aussitôt attaché au poignet du jeune gambler, qui manœuvrait le navire de façon à rejoindre rapidement les autres. En effet, une bonne distance s’était creusée entre eux et le reste de la tribu. Les trois enfants rirent aux éclats, mais Gala restait tout de même gênée de cette drôle de situation : ils allaient encore se faire sermonner à cause d’elle. Sans parler que la plupart du temps, même s’il s’en fichait, c’était Tobias qui se prenait tout en pleine figure.

- Mais ne t’en fais pas Gala, ça va aller… tu verras, une fois le soir arrivé, ils auront oublié, comme d’habitude !
- Ouais, mais quand même, Gaviota…Excuse-moi, vraiment, je suis…


« …Falun. »

Le gambler se réveilla en sursaut. Il s’était endormi. Mais combien de temps ? Relativement peu, sans doute. Son regard se posa sur le mur qui lui faisait face : à plat ventre, c’était la seule chose qu’il pouvait voir, la tête inclinée sur le côté pour avoir un minimum de confort pour dormir. Rapidement, il entendit la voix d’Ingridd expliquer ou demander deux-trois trucs à une voix que le dandy ne connaissait pas. Cette même voix qui avait dit s’appeler Falun. Soudain, il eut comme une lumière qui éclaira son esprit, comme s’il avait, l’espace d’un instant, à cause de la soudaine fatigue sans doute, oublié tout le périple qui l’avait amené là. Le pirate à l’œil agile devait encore rôder dans le coin : quelle idée avait-il eu de risquer une balle dans le dos pour un nabot qui, en plus, l’avait presque assommé avec l’ouverture de sa caisse. Le voleur soupira, se massant la tempe, tandis qu’il s’asseyait au bord du lit. Quand sa main redescendit pour s’emboîter dans l’autre, Twisted Fate posa son regard sur un bracelet qu’il portait au poignet : de simples pierres blanches reliées entre elles par un fil noir qui leur passait au travers. Un rictus franchit ses lèvres, le regard clair adouci à la vue d’un tel souvenir.

- On m’a déjà prévenu que vous êtes traqués.

Une seule phrase pour le ramener à la réalité. D’un geste habile, le gambler entremêla ses doigts les uns dans les autres et les tira vers l’avant pour s’étirer. Il s’attarda quelques temps sur les tatouages qu’il avait sur la peau, une lettre pour chaque doigt qui formaient deux mots qui signifiaient tant dans sa vie de joueur vagabond, puis sur les légères marques qu’il gardait de ses escapades diverses. Sa vie était déjà longue, mais il se rappelait de chaque circonstance dans laquelle le gambler s’était fait telle ou telle éraflure. Son regard se posa sur une en particulier, à la hauteur du poignet : son premier réflexe fut de se mordre la lèvre, silencieux. Il se souvenait parfaitement de qui lui avait laissé cette trace, et il aurait préféré l’oublier. Finalement, après un discret soupir, le dandy leva les bras pour continuer l’étirement : il y allait lentement, de peur de trop agiter la blessure qu’il avait à l’omoplate. Enfin, pour terminer en beauté son petit manège, ses doigts se séparèrent, et chaque bras finit sa course de son côté. En douceur, TF roula les épaules, qui craquèrent quasi instantanément. Dans un geste lent, il se leva, les mains appuyées sur le creux de son dos sur lequel il entreprit de pousser, afin de finir ses étirements.

- Comment ça, qui ? Je parle bien sûr de cet abruti de… attends voir.

Un miroir capta son attention. Le gambler s’avança de quelques pas et posa un œil critique sur son reflet. A voir toutes ces petites cicatrices, Twisted Fate venait de réaliser que le temps passait relativement vite. Il était parfois difficile de se dire qu’il y a vingt ans, l’on s’était fait telle ou telle blessure… Cela dit, il constata avec une sombre fierté que son corps était bien conservé, pour dire.

- Je reviens.

Le gambler se tourna vers la table de chevet : sa chemise s’y trouvait toujours, vaguement pliée et trouée au dos, avec une magnifique tache rougeâtre autour. Twisted Fate soupira lentement, tandis qu’il s’en saisit. Quand elle fut à moitié reboutonnée, Ingridd ouvrit brusquement la porte. Leur regard se croisa, puis la tenancière ricana dans une couleur que connaissait fort bien TF.

- Inépuisable, comme à l’époque, laissa-t-elle planer dans l’air, accompagné de millier de sous-entendus.
- Je n’ai surtout pas le temps de m’attarder ici, tu le sais bien, répondit-il avec un sourire en coin. Ne le prends pas personnellement, Ingridd.
- Oh, j’ai l’habitude avec toi ! s’exclama Ingridd en riant.

Le gambler lui lança un clin d’œil avant de retrousser ses manches – le gilet et le manteau gisaient toujours sur le fond du lit. Alors qu’il allait passer le pas de la porte, l’aubergiste s’interposa, plaquant une main contre son torse.

- Minute, papillon. Je peux savoir où tu vas ?
- Pas bien loin, la pièce d’à côté, répondit-il en indiquant du doigt la direction qu’il prendrait.

Twisted Fate tenta une seconde fois de passer : l’autre main s’appuya contre lui. Le gambler fronça les sourcils. Une lueur d’inquiétude se reflétait dans ses yeux clairs, autant que dans celui noisette qui ne le quittait plus. Il n’y avait rien à ajouter avec des mots, tout s’expliquait par le regard. Finalement, Ingridd baissa les yeux, inclinant la tête sur le côté, puis le poussa doucement avec les mains et partit dans la direction opposée.

- Fais ce que tu veux, lâcha-t-elle par-dessus son épaule d’une voix sombre. Après tout, c’est ce que tu as toujours fait.
- Ingridd !

Juste à temps, le gambler attrapa son poignet. La tenancière s’arrêta, mais ne se retourna pas pour autant, gardant la tête haute et son sang-froid. Ils faisaient à peu près la même taille, sauf qu’il la dépassait de quelques bons centimètres – le front d’Ingridd atteignait ses yeux clairs. Elle resta dos à lui, son chignon aux mèches semi-draides lui faisant face. Le dandy fit un bon pas pour se redresser davantage, puis laissa la main inoccupée se balader sur son épaule robuste.

- Je m’en suis toujours sorti, tu le sais plus que bien.
- …ça fait un moment que je ne t’ai pas revu, et tu veux déjà t’enfuir comme le piètre voleur que tu es.

Le ton était calme, mais le gambler y décelait une pointe de déception – et il la comprenait. Malgré tout, il ne s’attendait pas tellement à ce type de remarque de sa part. Cela étant, elle avait raison : il n’avait plus remis les pieds à Bilgewater depuis sa retrouvaille avec Graves, et cela commençait déjà à remonter. D’autant plus qu’il n’était pas non plus passé la voir cette fois-là. Twisted Fate marcha de quelques pas afin de se trouver pile face à elle, ne lâchant nullement sa faible emprise sur son poignet. D’un geste doux et souple, le dandy lui caressa la joue, plongeant son regard dans le sien.

- Je veux simplement t’éviter mes ennuis, argumenta TF d’une voix calme.
- Tu sais, je suis costaude : les trois gugus que tu m’as décrit sont loin de me faire peur… Mais on dira que j’apprécie ce petit geste.

Progressivement, les mains tatouées de Twisted Fate se posèrent sur ses hanches, avant de lentement se glisser dans le creux de son dos, pour ainsi la resserrer contre lui. Dans cet élan, Ingridd l’enlaça au niveau du cou, puis appuya sa tête contre son épaule.

- J’en ai marre de toi, Tobias, souffla-t-elle.
- Je sais, ajouta le gambler, sans émotion particulière.

Ils restèrent ainsi un instant. Puis, la tenancière releva la tête pour confronter son regard au sien, un regard épuisé autant que perdu. Furtivement, l’œil agile de TF se posa sur la seconde porte, qu’il constata finement entrouverte : il soupira d’amusement, puis reporta son attention sur Ingridd. Cela faisait effectivement longtemps qu’ils ne s’étaient plus vus. A l’époque, tout était bien plus simple, sans doute…

Ingridd était la première femme que le gambler fréquenta réellement. Ils se rencontrèrent dans cette même taverne, alors qu’une bagarre avait éclatée – l’on se demandait qui l’avait déclenchée. Une chose de certaine, Malcolm y prenait grand plaisir, comme à ses habitudes. Tobias restait dans son coin, à observer, puis lançait de temps à autre une carte pour aider son ami en cas de coup dur. Soudain, quelqu’un tenta de calmer le jeu, mais fut rapidement soulevé et projeté…sur le gambler. Alors qu’il jurait comme un diable, quand il ouvrit les yeux, il tomba nez-à-nez avec un regard noisette confus. Ils étaient alors allongés par terre, elle sur lui, sans doute beaucoup trop proches, mais quelle importance. Puis Tobias se redressa et l’aida à reprendre pied. Depuis cet instant, la squad fréquentait régulièrement la taverne – tout le monde avait très bien compris ce qui s’était passé ce jour-là, et s’amusait même à le taquiner avec cette histoire. Ils firent ainsi plus amples connaissances, et…

- INGRID !!

Twisted Fate entendit Ingridd soupirer contre son épaule, et il ne put qu’en rire. « J’en ai marre de cet abruti… » De manière synchronisée, ils se lâchèrent, la tenancière croisant les bras, le dandy les mains dans les poches de son pantalon. Finalement, il se pencha vers elle et, après quelques brèves réflexions,  lui baisa la joue avant de partir en direction de ladite porte.

- Tiens, constata-t-elle, tu allais bien plus loin à l’époque.
- A l’époque, souligna TF, tu n’étais pas mariée, ma chère Ingridd. ~
- Oh, ce n’est qu’un détail. (Elle ricana discrètement.) D’habitude tu es pourtant doué pour enfreindre les lois, que t’arrive-t-il ?
- Je préfère ne pas m’attirer les foudres de ton tendre époux, j’ai déjà assez de problèmes comme ça.

L’aubergiste rit de bon cœur, puis rejoignit les escaliers, hurlant une réponse à son conjoint lui signalant qu’elle arrivait : elle avait tout de même une taverne à gérer, et son mari ne pouvait pas tout faire tout seul. Finalement, elle se retourna vers TF, semblant avoir oublié de lui préciser quelque chose.

- Surveille bien le p’tit, hein…
- Tu as déjà fini de le soigner ?
- Ha ! Si tu veux mon avis, il saura se débrouiller.

Elle reprit sa route en lui faisant un petit signe de la main, descendant finalement les escaliers pour rejoindre la partie taverne de l’établissement.  Après un bref sourire, l’attention du gambler se porta entièrement sur ce qui l’avait justement amené ici. Il marcha d’un pas lent autant que prudent vers la chambre. Avec ce qu’il s’était pris dans la cale, le dandy restait très prudent, tandis qu’il atteignit la porte. Avant de tenter quoi que ce soit, Twisted Fate frappa trois coups lents contre la porte.

- Attention, j’entre, préféra-t-il signaler.

Quand la porte s’ouvrit entièrement, son regard clair repéra sans trop de difficultés la jeune trouvaille…en train de se recoudre tout seul, comme si c’était chose commune. Effectivement, il saurait se débrouiller. Tandis qu’il referma la porte derrière lui, Twisted Fate ne laissa guère longtemps sur son visage ce regard impressionné qu’il arborait au début, reprenant ainsi une mine sérieuse, sans pour autant paraître trop étouffant. Cela dit, le dandy préférait garder une certaine distance de sécurité entre eux : il resta donc vers la porte, s’y adossant, les bras croisés à le regarder manœuvrer.

La première chose qui capta son attention sur lui, après les blessures qu’il était en train de recoudre, était son bras métallique. Cette finesse de fabrication était sans aucun doute typiquement Piltover : il pouvait ainsi faire cette conclusion grâce aux nombreuses années où il fréquentait cette cité, et il avait déjà rencontré cette façon de fabriquer. Cela dit, le voyage dut pas mal l’abîmer, voire simplement l’érafler. Ses vêtements étaient dans un sale état, mais bon, venant d’un homme qui venait de traverser la mer dans de telles conditions, cela ne surprit guère le dandy. La seconde chose qui l’intrigua fut son regard : il le fixait comme s’il le connaissait, mais arborant tout de même une forme d’incrédulité face à sa présence. Comme s’il était incongru de le rencontrer dans la vraie vie, autre que par les ragots ou les avis de recherche. Cela dit, quelque chose différenciait de tous les regards qu’il avait rencontrés jusqu’à présent : d’ordinaire, TF rencontrait cet œil que lorsqu’on le recherchait, ou alors quand on le reconnaissait en pleine ville par exemple. « Regardez, c’est Twisted Fate ! Il vaut cher, attrapons-le ! » Mais le gambler ne vit rien de tout cela dans ses yeux : cela lui fit tout drôle.

- Tu t’appelles Falun, c’est cela ? demanda-t-il, histoire d’ouvrir la conversation. Ne t’en fais pas, nous ne risquons rien, ici.

Ce n’était qu’une question de temps. Les poursuivants étaient loin d’être stupides, et TF l’avait bien compris. Il espérait avoir le temps de reprendre son souffle avant d’entendre à nouveau parler d’eux, bien que cela fût presque utopique : à Bilgewater, si l’on cherchait à se reposer, on ne se réveillait plus. Le regard du gambler analysait attentivement le jeune Piltovien se soigner : la plupart des blessures sur lesquelles il s’attardait principalement semblait bien trop nettes et précises, et cela laissa le dandy pensif.

- Ils ne t’ont pas épargné, sur ce navire…ou avant.

Cela l’étonnait grandement que ces blessures fussent faites uniquement sur le bateau. Soudain, il repensa aux deux autres qui accompagnaient le pirate : ils venaient de Zaun, c’était cela. Le gambler soupira : encore un trafique de dettes qu’ils venaient camoufler à Bilgewater afin d’éviter la police locale. Décidément, tout le monde procédait de la même manière, aucune originalité. Twisted Fate ne préféra parler davantage de ce sujet, après tout, cela ne le regardait nullement. Il restait là, à le regarder faire, sans un bruit. Le temps serait court, certes, mais il aurait au moins le temps de faire connaissance. Il se serait bien présenté, mais ce serait gaspiller sa salive pour quelque chose qu’il savait déjà.

- Dans tous les cas, ajouta-t-il finalement, enchanté de faire ta connaissance, Falun.


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Ven 9 Juin - 19:36
"Enchanté Falun. Appelle-moi Ingridd."

La voix de la femme se voulait douce et chaleureuse, un peu comme celle d'une mère qui accueille un enfant revenu à la maison. Pour lui qui n'avait pas connu cette chaleur - du moins pas exactement - le remarquer était déstabilisant. Avait-il l'air à ce point perdu pour qu'on le materne ? Qu'importe, en un sens cela faisait du bien. Falun se risqua à un timide sourire, avant de continuer son repas sommaire. Elle le regardait manger, attendant patiemment, observant sa main organique toujours appuyée contre son ventre, et l'autre, artificielle, que la technologie rendait presque aussi vivante que si elle était faite de chair. Il aurait voulu se sentir en sécurité, mais son œil revenait sans cesse vers la fenêtre, de laquelle il avait aperçu un potentiel danger. Il avait pu se tromper, et confondre l'individu avec un parfait étranger, mais il ne se débarrasserait pas de ce pincement aussi facilement. Sans bouger, l'aubergiste regarda elle aussi à nouveau vers la fenêtre. Elle était d'un calme souverain et adressa un regard entendu au jeune piltovien, qui se voulait rassurant.

"On m’a déjà prévenu que vous êtes traqués."

L'étudiant déglutit. C'était l'évidence même, mais sur le moment son esprit en ébullition n'intégrait pas pourquoi. Une question sur les lèvres, il se força à terminer les tartines. Il buvait beaucoup plus qu'il ne mangeait, avec l'impression que sa soif ne pourrait jamais être étanchée. Pourtant sa vessie à peine vidangée lui faisait déjà ressentir de curieux picotements. Le plateau et la cruche vidés, il pouvait enfin parler sans paraître grossier. Mais quand il ouvrit la bouche, il surprit le regard amusé d'Ingridd, qui semblait avoir attendu pour le plaisir de l'interrompre  au moment opportun.

"Et q...
- Comment ça, qui ? Je parle bien sûr de cet abruti de… attends voir."

Elle n'avait cependant pas perdu de temps. Dès que le jeune homme avait repoussé son plateau, elle l'avait remplacé par le contenu de sa trousse médicale, et s'était assise à côté de lui, avec l'intention explicite d'examiner sa blessure. Pourtant sa dernière ponctuation semblait moins s'adresser à lui qu'à l'intention de "l'abruti" si justement mentionné. En effet un bruit leur était parvenu depuis la chambre adjacente. La femme n'avait pourtant pas l'intention de négliger ses devoirs d'hôtesse, et malgré l'inquiétude croissante que Falun lisait en elle, elle s'efforçait déjà de nettoyer le sang sur sa main et son ventre.
Attentif, le rouquin la laissait faire, sans entraver ses mouvements. Il grimaça lorsqu'elle tamponna la plaie, mais fut également étonné. C'était moins cuisant que le souvenir qu'il en gardait, et la sensation s'atténuait au contact prolongé. Les yeux plissés sur un léger sourire, il comprit que le linge qu'elle utilisait était imprégné d'un produit anesthésiant. C'était parfait. Alors, doucement, de ses doigts métalliques, il attrapa le poignet de la femme. Comme attendu, elle releva la tête vers lui.


"Allez le voir."

Le soleil éclairait le fond des yeux du jeune homme. La pupille cernée de vert, l'un paraissait aussi doré que de l'or fondu, si expressif qu'il en paraissait mouvant. L'autre, à l'ombre de ses cheveux encrassés, paraissait sombre et reflétait seulement la couleur du sang. Mais la lumière dominait sur le visage du piltovien. Elle ignorait ce qu'il avait enduré, mais même ses dernières épreuves n'avaient pas entamé son énergie. Il semblait enthousiaste, positif. C'est ce qu'elle lut dans le sourire qu'il lui adressait, c'était sa manière d'être. Avoir peur ou se cacher n'était pas dans sa nature.

"A partir de maintenant je peux gérer."

La douleur partiellement endormie, il savait en être capable. Et sa conviction se transmit à son interlocutrice, quand il saisit fil et aiguille pour les plonger dans le bain désinfectant qu'elle avait préparé. Elle termina sa tâche et mit le linge souillé de côté. Elle en imbiba un nouveau, qu'elle plaça à portée du jeune homme. Pour dissiper un dernier doute, elle le regarda prendre le relais, observant et replaçant les bordures de la plaie avant de commencer le travail de couture. Il avait un œil expert et critique, pas de doute à avoir là-dessus, il était sûr de lui et savait parfaitement ce qu'il faisait.

"Je reviens."

Elle franchit le seuil en sens inverse, donnant la nette impression à Falun que son comportement était pour elle aussi déroutant qu'amusant. Il préférait faire ce travail lui-même plutôt que le confier à une personne - aussi compétente soit-elle - qui avait la tête ailleurs. Pour le moment, il n'avait que cela à se soucier, alors autant le faire bien.

Les doigts fins et agiles du chirurgien se délièrent au dessus de sa blessure, comme s'ils n'avaient attendu que ce moment pour exprimer tout leur talent. C'était faux bien entendu, Falun excellait dans bien d'autres matières. Mais il maniait le fil et l'aiguille avec dextérité, malgré ses nerfs qui criaient à chaque piqûre. La douleur était largement supportable. Il entendait des bribes de conversation par la porte entrouverte, mais ne pouvait se permettre de se laisser distraire. En temps normal il se serait sûrement déplacé pour observer. Il n'en avait pas besoin, ce qu'il entendait lui suffisait amplement pour cerner la relation entre son
sauveur et leur hôtesse. Quant au danger, il ne viendrait pas de là. Pas sans qu'il en soit immédiatement averti en tout cas. Un prénom succéda à un autre, l'un presque chuchoté, l'autre...

"INGRIDD !"

Oh m... Ce cri faillit lui faire manquer un point. Heureusement, cela ne présageait pas d'une urgence quelconque, c'était juste un appel... un poil volumineux. Fermant les yeux pour calmer les battements de son cœur, Falun reprit sa concentration et son ouvrage, c'était trop important pour qu'il le néglige.

Trois coups frappés à la porte. Il les entendit à peine.


"Attention, j'entre."

C'était cette voix à la tonalité familière, la même qu'il avait entendue parler juste avant dans le couloir. Le jeune homme avait l'habitude d'entendre cette voix teintée d'ironie et de sarcasme. Ici il n'en était rien. Prenant garde à la position de ses doigts, le rouquin releva lentement la tête. Il put ainsi capter la surprise - bien vite réprimée - sur le visage du gambler, et les étapes successives de son observation. Il ne pouvait s'en offenser, il savait lui-même être une curiosité. Rien que sa présence en ces lieux était incongrue. Il se vit rapidement catalogué comme Piltovien et Amélioré, sans surprise. A dire vrai, Falun dévisageait l'homme d'une manière très similaire. Il ne s'était pas trompé, c'était bien l'homme aux cartes, qui manipulait la Destinée comme si la vie entière n'était qu'un jeu.
Son regard dériva vers le menton de l'homme et son absence de chapeau. "Il doit m'en vouloir..." Si son couvre-chef avait réellement été perdu au cours de leur
entrevue inopinée, ce serait le cas sans aucun doute. Il était en présence d'une célébrité, qu'il avait de surcroît potentiellement blessée. Falun n'avait d'ordinaire rien de timide, mais il ressentait sur le coup quelque chose qui s'en rapprochait. Il étouffa un rire nerveux, avant de se pencher à nouveau sur son travail de précision, qui restait sa priorité, et l'aidait à cacher son trouble.

"Tu t’appelles Falun, c’est cela ?"

Le jeune médecin hocha la tête. Il avait presque terminé. C'était un soulagement, et en même temps... Il savait que Twisted Fate - comment oublier le nom de l'illusionniste ? - faisait de son mieux pour le mettre à l'aise, mais contrairement aux apparences il semblait avoir quelques difficultés à faire la conversation. Falun n'était plus certain d'être celui pris au dépourvu dans cette aventure.
L'homme chercha à le rassurer... en apparence. Il ne croyait pas en ses propres paroles. Qui espérait-il tromper ? L'inventeur avait eu raison de rester sur ses gardes. Twisted Fate était originaire du pays et connaissait ses dangers sur le bout des doigts. L'étudiant n'était pas certain de pouvoir lui faire confiance, mais au moins son interlocuteur n'avait-il pas l'intention de le livrer à nouveau à ses bourreaux. Le temps serait un allié précieux, même s'il finirait par le rattraper. L'autre n'avait pu manquer ses blessures évidemment. L'esprit subtil faisait honneur à sa réputation par son sens de l'observation. Jusqu'à cet instant Falun avait presque commencé à douter de son jeu de scène. Il opina une nouvelle fois.


"Tu as raison. Elles sont d'avant."

Falun n'explicita pas plus. Il ne souhaitait pas en révéler trop, évidemment, même si quelques éclaircissements seraient sans doute les bienvenus. Le joueur devinerait déjà beaucoup d'éléments de lui-même. Mais surtout, le blessé dût serrer les dents quand il tira sur l'aiguille pour assurer la solidité de ses points de suture. Il conclut son acte avec un nœud, qu'il regarda quelques instants après avoir coupé le fil. Il manqua éclater de rire. Le lieu, l'ambiance, sans doute, il y reconnaissait un schéma caractéristique, même s'il l'avait modifié en nœud d'arrêt.
L'œil verdoré pétillant de bonne humeur, le médecin termina pour de bon en nettoyant la plaie et son plan de travail. Il étala avec soin une couche de baume laissé par Ingridd à son intention. A l'odeur il s'agissait d'un mélange de plantes antiseptiques. Les effets anesthésiants se dissiperaient bientôt, mais ce n'était pas une mauvaise chose. Cela le tiendrait éveillé. Falun allait toutefois avoir quelques difficultés à appliquer ce bandage seul. Soufflant sur la mèche de cheveux qui lui cachait la vue, il releva la tête vers Twisted Fate.


"Si tu veux bien... ?"

Le jeune homme surprit chez son vis-à-vis une lueur de malice dans le regard, que cette demande impromptue semblait amuser. Mais il n'avait aucun remord à le lui demander, en l'absence d'Ingridd il pouvait le mettre un peu à contribution non ? En un sens, ce trait de caractère les rapprochait. Aussi éloignés que soient leurs mondes respectifs, il pouvait s'avérer qu'ils s'entendent très bien. Alors qu'il l'aidait, rompant définitivement la gêne qui s'était installée, le joueur lança de manière fort à propos :

"Dans tous les cas, enchanté de faire ta connaissance, Falun.
- Enchanté également, Fate."

Il sourit. Sans extravagance, juste, naturellement. L'ex-prisonnier reprenait peu à peu son aplomb, et de manière étrange, même s'il restait méfiant, il n'avait plus vraiment peur. Il n'oubliait pas que son compagnon était un manipulateur professionnel, mais s'il manœuvrait correctement, il deviendrait un allié précieux qu'il n'aurait pas à craindre. Il ne pensait pas encore à rentrer chez lui, mais peut-être pouvait-il l'aider à brouiller les pistes et semer ses poursuivants. S'il se pensait lui-même en danger, cela aiderait sans doute.
Ses soins terminés, Falun avait la sensation d'être débraillé, mais n'avait même plus de chemise pour se couvrir. D'un point de vue purement pragmatique, la nudité ne le gênait pas vraiment. Mais cela rendait sa blessure remarquable : difficile de passer inaperçu avec le torse bandé. Il affubla son bras droit d'un second bandage, il espérait que la cicatrisation pourrait se faire normalement cette fois.

Maintenant, il avait les mains et l'esprit libre, il pouvait consacrer à son interlocuteur l'attention qu'il méritait.


"Tu l'as sans doute deviné, je viens de Piltover. Je suis étudiant en médecine et génie mécanique. Spécialités neurochirurgie et hextech."

Il n'était qu'un modeste étudiant, c'est cela... Un gars un peu paumé sorti de son Académie. Le pire... c'est que c'était la stricte vérité. Tout comme il avait entendu le sien, Fate avait certainement attrapé son nom au détour de sa conversation avec Ingridd. A Biglewater il était peu probable que le nom du petit génie soit connu, et cet anonymat était pour le moment son meilleur atout.

Par association d'idées, le bruit d'un coup de feu lui revint en mémoire. Il l'avait entendu quand il était entre deux eaux, sur le chemin qui l'avait amené jusqu'ici. Il avait ressenti l'impact, mais n'avait été touché. Éludant sans vraiment chercher à le faire de futures questions, son regard chercha l'emplacement de la blessure que le tir avait dû laisser. Dans le dos sans doute...


"Et toi... tu vas bien ?"

Ce souvenir lui avait fait réaliser comme un coup de poing les risques que Twisted Fate prenait à rester avec lui. Ses yeux étaient ternis par l'inquiétude, la fortune ne souriait pas à leur rencontre. L'homme toutefois était debout, et avait peut-être été chanceux sur ce coup-là.

"Je suis désolé..." Il agita légèrement sa main argentée comme pour dissiper son malaise. "... pour tout ça."

Le tir était bien réel, mais une analogie fortuite vint se greffer sur sa pensée, faisant revenir le sourire sur ses lèvres. Au cours de son plan d'évasion, c'était bien Fate qui s'était pris de plein fouet son attaque surprise, à l'origine destinée à ses agresseurs. Oui, il s'excusait aussi pour cela. Incapable de rester maussade bien longtemps, Falun pencha légèrement la tête, considérant son interlocuteur pendant un moment.

"Tu as pu récupérer ton chapeau ?"
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Twisted Fate
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Ven 4 Aoû - 14:21
Que faire de plus dans ce genre de situation ? Le gambler n’en était pas certain, mais il gardait un œil attentif sur ce qu’il faisait. Cela lui rappelait quelqu’un. Avec sans doute une minutie différente et un travail bâclé, mais cela lui rappelait quelqu’un. Ah, toutes les fois où il refusait son aide car il savait se débrouiller. Enfin… « se débrouiller », plutôt. Ses blessures comme sa guérison étaient toujours approximativement accomplies. La bonne vieille époque. Enfin, il y avait bien quelque chose qu’il n’arrivait jamais à faire seul, et cela lui tranchait la gorge de le lui demander, mais bon : il le faisait quand même, comme s’il perdait tout son honneur et sa crédibilité à demander de l’aide.

Le jeune ancien captif le regarda. Il semblait avoir fini de manœuvrer, et…oh ! Mais qu’entendit-il ? Ah lala, comme tout ceci sonnait familier à Twisted Fate, qui s’assit en face de lui, le bandage en main. Il se retint de rire : après tout, son regard s’en chargeait déjà.

- Oh, ce n’est pas un problème.

Le bandage glissait le long de sa peau claire, s’y enroulant sans trop serrer, ni pas assez. La seule différence qu’il voyait dans ce schéma devait être la fine corpulence du jeune homme, ainsi que la pâleur de sa peau. Le léger malaise qui régnait dans la pièce se dissipa petit à petit. C’était tant mieux d’un côté. Il serait fâcheux qu’une distance entre eux se fût maintenue alors qu’ils étaient dans le même bateau.

Le bandage installé, Twisted Fate se leva. Alors que le Piltovien présumé affinait ses cicatrisations diverses, le regard du dandy se perdit par la fenêtre, par laquelle il regarda de nombreuses fois par le passé. Plus le temps passait, moins cette ville changeait rapidement. Le jeune rouquin brisa le silence, ce qui l’interpela à nouveau. Son regard clair se posa sur lui, lui transmettant par ce biais qu’il était impressionné par une telle carrière.

- Eh bien, quelle vie ! (Puis il ajouta sur un air légèrement sarcastique.) l’on se demanderait presque pourquoi tu t’es fait enlev…

TF s’interrompit. Quelque chose dans l’œil de son interlocuteur le troubla l’espace d’un instant. Il connaissait cette pupille plus sombre. Il serait difficile de ne pas comprendre qu’il pensait à quelque chose qu’il regrettait, ou simplement le fait qu’il se trouvait dans un endroit étranger pour lui, poursuivi par des contrebandiers. Un étudiant. Bon, un étudiant de génie, aussi.

Il s’étonna de sa question. D’ordinaire, on ne lui posait guère de question, et cela lui convenait bien : qui s’intéresserait à un rat de rivière de toute façon ? Malgré tout, Twisted Fate garda un air humble et rassurant, les doigts distraits caressant les traits de sa mâchoire barbue.

- Ne t’en fais pas trop pour moi, répondit-il, je vais bien.

Le rouquin s’excusa, comme gêné. Cela se comprenait, il venait quand même d’entraîner dans ses pattes le plus grand fouineur de Valoran – et il le revendiquait fièrement. Comme une vieille habitude qui devait certainement pointer le bout de son nez avec l’âge, TF se pencha vers Falun et appuya sa main sur sa tête, en ne manquant pas d’ébouriffer un minimum ses cheveux au passage.

- Ce n’est pas un problème, mon museau a l’incroyable don de se fourrer partout où il se faufile.

Le gambler hésitait de lui rappeler le coup de la caisse, mais il s’en abstint. Il avait déjà passé outre cet épisode, même si cette petite balade de santé à Bilgewater fut des plus plaisantes.

- Mon galurin ? Il se trouve dans la chambre d’à côté, ne te fais pas de soucis pour cela.

Le dandy s’amusa à essayer de rouler lentement ses épaules, pour voir si la douleur était moins vive. Bon, il ne fallait pas rêver, une douleur ne disparaissait pas en deux minutes. Cela était d’ailleurs fort dommage. Le gambler grimaça discrètement avant de rejoindre la porte.

- Je vais descendre me boire un petit verre, signala-t-il. Libre à toi de m’y rejoindre si tu as fini. C’est moi qui offre.

Sa main posée sur la poignée, il se tourna une dernière fois et lui sourit malicieusement, comme à ses habitudes. Puis il en franchit le seuil et regagna le couloir, prenant bien le soin de fermer la porte derrière lui. Tf descendit rapidement les escaliers et rejoignit Ingridd qui servait à gauche et à droite. Là, il s’assit au bar et attendit que sa serveuse très occupée préférée refasse surface derrière le comptoir. Elle donna ses petits papiers du côté de la cuisine où se tenait son mari et son fils, puis revint vers Twisted Fate.

- Et ça y est, déjà assoiffé.
- Je me prendrai bien un peu de Larmes de Kraken, s’il t’en reste.

Ingridd soupira tandis qu’elle se saisit d’un verre, qu’elle y mit deux glaçons et qu’elle le remplit de ce puissant alcool. La tenancière fit glisser le verre sur le comptoir, que le dandy attrapa en cours de route après avoir laissé sur le bar un kraken d’or et deux serpents d’argent. Se délectant de sa boisson, Twisted Fate posa son regard bleuté sur Ingridd qui continuait de le dévisager, les yeux plissés.

- La dernière fois que je t’ai vu avec un verre comme ça en main…
- Ne t’en fais pas pour moi, je vais bien mieux depuis.
- J’espère pour toi, sinon je t’en fous une. Et tu ne l’auras pas volée.

Le gambler ricana avec mélodie tandis qu’il reposa son verre sur le comptoir. Malgré tout, une étrange mais familière sensation l’envahit un bref instant rien que d’y repenser. Le temps passait si vite, c’en devenait hallucinant. Alors qu’Ingridd ramassait l’argent fraîchement déposé, son regard se posa sur la porte, ouverte par une telle chaleur. Son regard s’écarquilla.

- Tobias.
- Quoi, tu m’offres le second ?
- Non, Tobias. Ne reste pas là.

Alors, le dandy fronça les sourcils et, tandis qu’il se retournait, aperçut ce qu’elle guettait. Son premier réflexe fut se sauter de la chaise : la balle se planta dans le comptoir. Ils étaient là. Déjà. Ce n’était guère bon signe. Le premier à entrer fut le pirate, soufflant la fumée qui se dégageait du canon. Son pas définissait le terme assurance, lent, précis. L’arme toujours au poing et rapidement rejoins par ses deux compères, il se planta devant un Twisted Fate qui se relevait à peine du réflexe surhumain qu’il venait d’avoir. Pas la peine de tourner la tête pour constater que le fusil de la tenancière était braqué sur eux.

- Eh bien, s’exclama-t-il en souriant de toutes ses dents relativement potables, quel accueil !
- Tu sais ce qui arrive aux imbéciles dans ton genre dans mon établissement, Clyde : je leur explose le caisson.
- Ca fait un bail Ingridd, comment la taverne ?
- Fous le camp ou je tire.
- Pas sans ce que nous sommes venus chercher.

Il lui fallait un plan. Quand il entendit des pas prudents provenant des escaliers, une idée germa. Discrètement, le gambler glissa une main dans son dos et mima à la tenancière le mouvement d’une gâchette avec l’index, comme s’il tirait.

- Baisse ton arme Ingridd, je vois qu’il veut discutailler.

En effet, cela lui laisserait le temps de lui filer ce qu’il voulait, et ce sans devoir baisser son fusil légèrement sans que les trois autres en face ne se posent davantage de question. Ingridd posa lentement son arme sur le comptoir, farfouillant sous le bar d’une main discrète.

- Mais attends, je connais un Clyde... Oh ! Les crocs rouges ?
- Ah, les crocs rouges… ça commence à faire vieux. Attends une minute. AH ! Toi, là-bas !  Mais voilà, ta tête de suceuse me disait quelque chose, t’étais dans l’Equipage…

Twisted Fate arqua un sourcil, le sourire aux lèvres rien qu’à l’évocation de tout ça. L’Equipage… le bon vieux temps, en somme. Quel dommage que ce fut si bref – ou en tout cas, bref à son goût.

- T’étais tout le temps collé à l’autre au cigare, oui…
- BON, SI ON POUVAIT ARRETER DE BAVARDER UN PEU, LA ! LE MOINEAU EST LA ON LE SAIT !!

Celui qui s’irrita était le dérangé qui gardait sans cesse une lame entre ses mains. Apparemment, il s’était pris une rincée. Pourtant, il n’avait pas plu entre temps… Quand l’odeur qu’il dégageait à présent fut suffisamment prêt du gambler, celui-ci ricana silencieusement. Quelle honte, tout de même.

- ET ARRETE DE TE MARRER, TOI !
- Crips, c’est moi qui négocie ici. Reste derrière.
- MAIS CLYDE—
- FERME LA CINQ MINUTES, A LA FIN ! Et puis sois content, t’as pu entrer.

Un rictus malicieux se promenait toujours sur le visage de Tf qui les regardait se bouffer le nez. Il profita de cet instant pour jeter un regard furtif derrière lui vers l’escalier, puis lança un clin d’œil discret tandis que ce qu’il cherchait se posa dans sa main. Presque aussitôt, il reporta son attention sur ces messieurs.

- Mais que cherchez-vous donc ?
- Ne fais pas l’imbécile avec nous, tu as notre colis.
- Oh…

Alors qu’Ingridd s’appuyait sur la partie droite du bar, les bras croisés et accoudée contre le comptoir, Twisted Fate pointa le revolver droit derrière lui. Pile dans la bonne direction.

- Ce colis ? Allez, avance-toi.

L’arme toujours pointée dans sa direction, il se rapprocha ainsi de ce qu’ils convoitaient. Le calme perdurait dans la taverne. Discrètement, le gambler se rapprocha de son oreille.

- Fais-moi confiance, murmura-t-il, le revolver n’est pas chargé. Mais joue-la naturelle comme si je ne t’avais pas prévenu.

Quand le dandy se redressa de sa légère inclinaison, un sourire traversa son visage quand il s'aperçut que Clyde pointait son tromblon sur sa personne. Il avait décidé d'enchérir, il fallait désormais parvenir à suivre. Mais Twisted Fate n'était du genre à douter de ses plans : restait à savoir quand le pirate serait contraint de poser ses meilleures cartes.


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Mer 15 Nov - 13:50
Cette scène avait quelque chose d'extrêmement familier. Comme un air de déjà-vu. En tout cas pour le gambler. C'est l'impression persistante qui s'imposait à l'étudiant en l'observant. Son sourire alors qu'il parlait, l'absence de surprise à sa demande plutôt incongrue, presque déplacée vis-à-vis d'un inconnu. Vraiment, il ne s'était pas trompé sur le compte de cet homme. Malgré le danger imminent, malgré avoir manqué de peu rencontrer le duo des légendes, tout ceci semblait littéralement l'amuser.
Cette attitude n'avait rien pour déplaire au jeune homme, qui avait toujours un sourire en réserve même pour les circonstances les plus dramatiques. Pouvait-il dire qu'ils se ressemblaient ? Il n'en était pas certain. En surface, peut-être. Mais il y avait un gouffre entre les milieux dans lesquels ils avaient évolué, leur histoire, leur vécu. Fatalement cela marquait une large différence dans leur façon de voir la vie et de réagir aux évènements.
Le petit génie ne le savait pas encore, mais sa théorie se vérifierait bien plus tôt qu'il ne l'imaginait...

Pour l'heure, ce qui importait était surtout que Twisted Fate savait y faire en bandages. Geste né d'une longue habitude à n'en pas douter. Le médecin-patient n'y trouva rien à redire. Il s'interrogea juste furtivement et futilement sur l'identité de la personne sur qui le joueur avait pu pratiquer ces soins pour être aussi sûr de lui.
La conversation avait suivi son cours, beaucoup plus naturelle, et Falun s'était presque surpris à se trouver détendu, sinon tout à fait à son aise. Malgré cette trêve il n'oubliait pas l'ombre du couperet au dessus de sa tête. Mais cet instant de tranquillité était bienvenu, et il aurait tort de se priver de ce petit plaisir. Un peu de repos était tout ce qui lui manquait.

Son œil averti capta le mouvement d'épaule de son compagnon alors que celui-ci répondait à ses questions. La légère grimace, même contenue, lui donna un aperçu de la gravité de la blessure. Alors que l'homme faisait mine de se retourner, il se leva dans l'intention de le retenir.


"Pour votre épaule... je peux faire mieux que des soins de fortune."

Sa proposition était peut-être un peu trop bien camouflée. Elle était pourtant sincère, enjouée, même. La matrone semblait bien équipée, c'était idéal. Mais malgré toute l'expérience acquise grâce aux blessures de comptoirs et autres "accidents" courant dans cette ville de tous les dangers, rien ne vaudrait l'expertise d'un véritable chirurgien.
Le joueur se contenta de marquer un léger arrêt au moment de poser la main sur la poignée. Seul indice qu'il avait bien entendu la voix du jeune homme. Pour toute réponse, il se retourna vers lui pour l'inviter à partager un verre.


"C’est moi qui offre."

Il avait ce sourire si particulier. Il était familier à l'étudiant parce qu'il l'avait vu plusieurs fois, juste avant que le mage ne disparaisse des écrans. Egalement car c'était un sourire qu'il se savait lui-même arborer régulièrement, et qui était revenu dans ses yeux quelques instants avant. Il y pétillait toujours.
L'homme allait-il disparaître ? Pas cette fois, non. Sans doute avait-il d'autres priorités. Boire, apparemment. S'il estimait ne pas avoir besoin de ses services, Falun avait bien d'autres chats à fouetter pour ne pas s'en soucier. Il garderait peut-être cette offre sous le coude, pour plus tard.

Dans l'immédiat le chat en question, une fois que Fate eut refermé la porte, s'appelait une chemise. La sienne en lambeaux, il ne pouvait pas rester ainsi. Il devait camoufler ses blessures, et... son bras gauche. C'était le minimum s'il voulait survivre plus de deux heures dans cette ville de pirates et de brigands. Et c'était valable même s'il n'avait pas déjà la moitié d'un équipage à ses trousses.
Falun sentit son sourire s'élargir. Sa pensée était très pragmatique, mais il était conscient du côté ridicule de cette
quête. Qui semblait mal partie puisque son armoire était désespérément vide. Rien n'était perdu. Ce n'était pas la seule chambre de l'auberge. Il tendit l'oreille, mais depuis le départ de Fate, il n'y avait plus aucun bruit à l'étage. Il s'engagea donc dans le couloir, bien décidé à fouiller toutes les chambres s'il le fallait. C'était comme un jeu de voleur mais sans le risque de se faire pincer ni personne à surprendre. Il dût se mordre les lèvres pour ne pas rire. Malgré la douleur lancinante, il était excité comme un gamin qui joue à cache-cache.
La première chambre, voisine de la sienne, fut finalement la bonne, mettant rapidement fin à ce suspense
insoutenable.

Dans l'armoire reposaient des chemises propres et impeccablement pliées au côté de vestons pendus sur des cintres. Un poil trop grandes, peut-être. Pas de beaucoup. Le gaillard était plus solide que lui mais d'une corpulence assez similaire. Cela n'aurait pas dû l'étonner. La présence d'un couvre-chef bien connu lui avait révélé bien vite l'identité de la personne à qui il venait de dérober une chemise. Une intention de la tenancière qu'il ignorait sans doute, des rechanges pour ses visites. Falun ne voyait pas vraiment Fate se trimballer une valise.
Un coup d'œil dans le miroir. C'était bien la première fois qu'il portait un vêtement repassé. La manche droite retroussée, la gauche soigneusement rabattue jusque sur sa main, le col légèrement ouvert, il se serait presque cru de retour à la maison. D'un bleu lui rappelant les nuits d'automne, cette chemise étrangère mettait curieusement ses traits en valeur, rehaussant la couleur claire de son œil gauche trop souvent effacée par sa toison sanguine. Il y passa les doigts, arrangeant avec un savant négligé ses cheveux sur son œil droit, rubis qu'il préférait cacher. Il termina en dépoussiérant son pantalon. Il était enfin redevenu présentable. Il se détourna de son reflet mutin, bien décidé à répondre à l'invitation si aimablement déposée à sa porte.

~

Un bruit d'explosion arrêta net sa course vers les escaliers, douchant son enthousiasme. Un coup de feu ? Le piltovien sentit ses membres trembler légèrement, et une sueur malsaine naître à la naissance de ses cheveux. Pourtant, il continua d'avancer et descendit  les marches, d'un pas silencieux et prudent.
Tout son être lui hurlait de foutre le camp, de fuir, par une fenêtre à l'étage s'il le fallait. Surtout, ne pas rester là. Cela ne pouvait être qu'
eux. Mais même s'il sortait de cette baraque, où irait-il ensuite ? Il n'avait nulle part où se cacher, pauvre petit étudiant perdu loin de son foyer. Il mit la sourdine à cette pensée, qui manqua le faire grogner. Quel foyer ? Actuellement c'était ici, dans cette pièce, qu'il avait le plus d'alliés. S'il s'était toujours débrouillé seul, aujourd'hui il n'avait guère le choix. Détaler ne servirait à rien, c'est en restant qu'il avait le plus de chances de s'en sortir. Aussi ironique que cela puisse être, puisqu'il devait mettre sa confiance et sa vie entre les mains d'un homme qu'il connaissait surtout comme fourbe et menteur.

Sa "curiosité" fut vite assouvie en entendant la voix de ses veilles connaissances. Fate semblait vouloir donner le change et les tromper, autant le laisser faire, peut-être parviendrait-il à les détourner de leur objectif, et même à les faire part...


"BON, SI ON POUVAIT ARRETER DE BAVARDER UN PEU, LA ! LE MOINEAU EST LA ON LE SAIT !!"

Quel sursaut ! Il se mordit la lèvre, étouffant un cri de douleur. La main sur son ventre, il s'ausculta mentalement, craignant que son mouvement ait fait sauter des points. Quelle plaie ! Il aurait pu rire à cette injonction si cela n'avait pas fait sortir son cœur de sa poitrine. Le moineau, hein ?

Respirant profondément et silencieusement, le jeune homme se laissa glisser le long du mur, et s'assit sur son pied, l'autre jambe à demi-repliée sur la marche en contrebas. Les pires frayeurs qu'il avait connues jusqu'ici étaient ses chutes, toutes potentiellement mortelles, et la peur de voir une de ses précieuses pièces se briser à la trempe. Les gouttes glacées qui perlaient à la base de sa nuque lui rappelaient que sa vie était en jeu. Mais était-ce si différent ? Mourir ou mourir, après tout...
De leur position, certains des clients de la taverne n'avaient pu manquer son brusque tressaillement. Mais les mouvements de tête avait été discrets et tendus, il avait bon espoir qu'ils étaient passés inaperçus. Si l'on exceptait le dialogue de sourds qui s'était installé, le silence était roi. Compréhensible. Personne n'avait envie de prendre part à un conflit qui ne le concernait en rien. Il était de plus peu probable que quiconque ait fait le lien entre lui et cette scène de ménage. Ils ne moufteraient pas jusqu'à ce que ça se calme. Lui n'était qu'un spectateur comme les autres, pris au dépourvu. Autant le laisser croire, c'était son salut.

Le
moineau se risqua à jeter un œil. Ce serait étonnant qu'ils le remarquent, à hauteur de genou dans l'ombre du bar, tout occupés à se disputer qu'ils étaient. Un autre toutefois n'était pas aussi distrait, et croisa son regard dans un clin d'œil. Falun recula vivement. Il n'était pas certain que ce soit une bonne chose que lui sache qu'il était là. Il était peut-être temps de remonteeer ... ?

"Ce colis ? Allez, avance-toi."

Ou pas.

Il avait juste eu le temps de voir le canon pointé droit sur lui avant de replonger dans l'ombre. Bien moins agréable que la moue complice qui avait précédé. Il s'était figé. Qu'espérait Fate ? Qu'il obéisse sagement ? Il préférait encore que les autres croient à du bluff. Mais le joueur n'était pas de cet avis. Car l'œil d'acier toujours dirigé sur sa petite gueule de touriste, ce dernier était carrément venu le chercher. La lumière jouait sur le métal, fantasque... d'habitude ces reflets avaient le don de le réconforter.


"Fais-moi confiance, le revolver n’est pas chargé. Mais joue-la naturelle comme si je ne t’avais pas prévenu."

Confiance ? Confiance. Facile à dire. Ce n'était pas la première fois que le piltovien se retrouvait contraint à agir sous la menace d'une arme. Rien à faire, on ne s'y habitue pas. C'était arrivé bien trop souvent à son goût ces derniers temps, il avait pensé un court instant que cette période était révolue. Et si la main tendue dans sa direction se déclarait "amie", cela ne rendait pas vraiment la réalité plus rassurante.
Le jeune inventeur était tétanisé. Il s'en rendit compte au moment où Fate lui prit le bras pour le faire avancer. Il secoua la tête. Le bluff de son allié de circonstance avait intérêt à être convainquant, ou c'est sa petite caboche qui en subirait les conséquences. Il pinça les lèvres pour lui indiquer qu'il avait saisi le message. Il jouerait le jeu. Confiance. La fuite n'était plus une option.

Au moment où il s'avança dans la pièce, il souffla sur les cheveux qui lui obstruaient la vue.


"J'aurais dû m'en douter de la part d'un type comme toi. Tu voulais juste me revendre."

Maugréant, il voulait montrer un dégoût bien légitime, dans une attitude dédaigneuse. Mais au moment où ses yeux se posèrent sur le lanceur de couteau, sa véritable nature revint au galop. Les yeux écarquillés, leur disparité était bien visible, et le gauche passa très vite d'un doré rougeoyant à un vert éclatant. Car malgré la menace bien réelle d'un tromblon se superposant au revolver sur sa nuque... le jeune homme éclata de rire.
~

Répit bienvenu, son hilarité prit absolument tout le monde au dépourvu. Les armes restaient braquées dans leurs directions respectives, mais les protagonistes de cette escarmouche étaient eux interdits, regardant le rouquin comme s'il était cinglé. C'était peut-être le cas, car il avait toutes les difficultés du monde à se calmer. Son fou-rire était parti pour durer un moment.
Il avait compris. Un peu plus tôt, trop heureux de se soulager, l'ancien captif n'avait remarqué que le crâne qui avait pris la fin de la douche. Mais visiblement il y en avait eu un avant lui, qui n'avait pas raté une miette du spectacle.

Presque plié en deux, l'ingénieur expira longuement, réussissant enfin à respirer normalement, ses épaules encore secouées de soubresauts. Il n'était pas mort pendant cet interlude inopiné, c'était déjà une grande victoire. Et quelques idées pour la suite. Car dans cet état il aurait été incapable de réagir si la situation avait tourné au vinaigre. Mais il lisait encore la surprise sur les visages. Celui de Fate ne faisait pas exception, même si ce dernier avait vraisemblablement capté la raison de son euphorie et partageait son amusement.
Reprenant son souffle, il essuya ses yeux trempés, se préparant affronter la tempête qui suivrait. Jurons et insultes pleuvraient certainement dès qu'ils constateraient qu'il avait repris ses esprits. Il était conscient que seule sa valeur "marchande" lui valait de ne pas avoir la peau trouée.


"Des excuses ? N'y comptez pas."

Le jeune homme avait repris un semblant de sérieux, mais gardait un léger sourire en coin. Désormais, il serait incapable de cacher sa bonne humeur. Le joueur n'avait pas à s'en faire, cela ne compromettrait pas son plan quel qu'il soit. Il pouvait constater que la présence du fusil de Clyde et des couteaux de Crips n'avait pas freiné ses ardeurs. Et ces derniers avaient déjà pu observer que leur "colis" ne se laissait jamais abattre.

"Maintenant que je suis là, vous pouvez continuer votre "discussion"..."

Sans gêne, Falun s'affranchit de la pression du canon de Fate, et sauta sur un tabouret de bar, s'adossant au comptoir de façon à voir les négociateurs en action. L'air nonchalant, presque à son aise. Comme si sa vie n'était pas sur la balance, comme s'il n'était pas sous la menace de deux armes, au minimum.
Toujours proche de Fate et d'Ingridd, il s'était placé dans la ligne de mire de la vigie, qui ne pouvait tirer sur le gambler sans l'atteindre. Le tromblon resterait silencieux, il en était convaincu. Trop précieux pour risquer de le perdre sans une excellente raison. Alors prendraient-ils le risque que le magicien l'élimine... ? Si ce dernier disait vrai alors il ne craignait rien, puisqu'il agissait pour le sauver. S'il disait vrai. En partant de ce postulat, ce n'était pas lui qui se trouvait dans la position la plus inconfortable. Presque pas.


"Vous pouvez baisser vos armes ? Ca en devient gênant là."

Ses paroles plaçaient Fate dans le même panier que les autres. Il ne valait pas mieux, après tout, et il le toisait avec la même intensité que Clyde. Cela faisait partie du jeu. Tourner leurs menaces au ridicule pourrait peut-être les faire renoncer à faire usage de la violence. Ca l'arrangerait bien.

"Je m'en suis assez pris dans la gueule, le moineau ne va pas s'envoler."

Rien que pour le jeu de mots à tiroirs, cette petite pique valait la peine d'être sortie. Tapotant de ses doigts métalliques sur le bois, il regarda tour à tour Crips et Fate, son œil brillant de malice. Il n'était plus bâillonné et ne voyait pas pourquoi il se priverait d'exprimer ses pensées. Cela lui avait valu un bon nombre de coups, dans un passé récent et encore cuisant, mais peu importait. Il savait que si ses geôliers obtenaient ce qu'ils voulaient, il paierait cher pour cette seule réplique, pour toutes ses moqueries, pour ses paroles présentes et à venir. Mais pour le moment ils étaient en public et pas totalement libres de leurs actions. A son tour de tenter un coup de poker. Sans totalement se départir de son ton enjoué, il finit par alterner son attention, plus grave, entre Fate et Clyde.

"Je sais que vous ne tirerez pas de toute façon."

C'est vrai quoi, c'était une question d'argent, pas de vie ou de mort, non ?
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