Obscurité et Equilibre [Shen/Varus]

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Le Dernier Gardien
~ Papi Varus ~
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Le Dernier Gardien ~ Papi Varus ~
Dim 26 Fév 2017 - 19:06
Point de monture pour une créature telle que lui. Cette entrevue récurrente ne l'ennuyait pas, même si elle l'entraînait bien loin de Navori, et de son île natale où il se rendait aussi souvent que ses devoirs le lui permettaient. Etre ponctuel n'était pas des plus faciles dans ces conditions, mais il s'y efforçait. La distance à parcourir pour s'y rendre n'était pas négligeable, tout comme le temps nécessaire pour remonter aussi loin dans le nord. Fort heureusement, il n'avait pas l'endurance limitée d'un humain normal, et pouvait faire son trajet sans halte prolongée. Tout au plus s'arrêtait-il pour chasser et se désaltérer. Dormir était un loisir qu'il ne possédait plus, il se reposait tout juste pour permettre à son cerveau de mettre de l'ordre dans sa mémoire et contrer plus efficacement la folie tapie au fond de son esprit.
Loin des routes et des sentiers battus, il suivait des chemins sinueux dont il avait appris au cours des années à connaître les moindres subtilités. Tout cela dans le but de ne croiser personne. C'était de plus un prétexte excellent pour profiter le plus longtemps possible des paysages somptueux et reposants d'Ionia. Maintenant que la guerre était terminée, l'harmonie avait repris ses droits, les forêts se reboisaient, les plaines ne résonnaient plus que du bruit du vent et des grillons chantants. Tout cela avait une vertu apaisante sur son esprit, par la nature de ce que ses sens percevaient, comme par leur signification. C'était son pays. Malgré les évènements tragiques qui s'y étaient déroulés et auxquels il était étroitement lié. Malgré sa culpabilité, et la trahison pour laquelle on le jugeait.

Le chemin était long depuis Navori, mais sa visite au Sanctuaire l'avait mis dans de bonnes dispositions. C'était une excellente nouvelle pour cet entretien, qui avait l'art, et pour cause, d'être pénible. Le moment choisi pour son hommage n'était pas non plus dû au hasard, car il lui permettait de se souvenir de ce qui importait. Il méditait, et trouvait ainsi plus de force pour s'opposer à la mort et au destin, qu'il rencontrait pourtant bien trop souvent à son goût. Il en ressortait l'esprit serein, et avec des arguments pour appuyer sa position face à un adversaire redoutable, qui ne manquerait aucune occasion pour le mettre en défaut. Et même si la situation actuelle n'excluait pas que d'autres sujets soient abordés, son existence dépendait toujours de l'issue de cette astreignante discussion.
La venue d'un visiteur impromptu n'avait fort heureusement rien gâché à son état d'esprit. Il avait été déconcerté par la volonté de la jeune femme à soulager son esprit tourmenté par la haine et les remords. Anesthésier son acrimonie et son chagrin n'était pas si facile, mais au moins avait-elle le mérite de vouloir essayer. Envers sa personne, c'était suffisamment rare pour que ce jour soit marqué d'une pierre blanche. Si elle paraissait au premier abord ingénue, elle n'ignorait pas la nature véritable des hommes. Elle gardait les pieds sur terre, aussi ironique que paraisse cette métaphore pour un avatar de l'air. Elle affichait une certaine candeur dans un monde empli de violence, sans être pour autant naïve ou fermer les yeux sur la réalité. Elle cherchait seulement à l'améliorer, à sa manière, et le rendre vivable pour le plus de personnes possible. C'était dans cette optique qu'elle avait cherché à l'aider. Lui, comme tout un chacun à ses yeux, méritait de vivre une vie décente et exempte de souffrances.
Avait-il été touché par son intervention ? Les intentions pures de la demoiselle étaient bien loin de ses propres préoccupations. Si elle avait réussi à effleurer son âme glacée, c'était trop ténu pour qu'il puisse s'en apercevoir consciemment. L'esprit vengeur ne consentirait jamais à admettre un tel paradoxe, encore moins à l'accepter. Et même si c'était le cas, son intelligence insensible ne lui permettrait pas de le manifester. "Tu es à moi..." Il retint un sifflement entre ses dents.

Le temps de d'arriver à destination, il avait retrouvé son calme. Cet indicent oublié, plus aucune pensée parasite ne pouvait venir ébranler les barrières érigées par sa minutieuse préparation. Même la vue des dernières Noxtoraa, établies aux limites du territoire conquis, ne put irriter son esprit imperturbable. Il lui suffit de penser qu'elles n'étaient plus que ruines, chacune d'entre elles avait été détruite dans les moindres recoins du pays, laissant le moins de traces possible afin de ne pas éveiller les souvenirs douloureux de l'occupation.

Quand l'homme parvint en vue du Temple, encore à une large distance de ses murs, la Lune avait depuis bien longtemps remplacé l'astre diurne, accompagnée de ses suivantes étoilées. Il lui faudrait encore du temps pour arriver à son pied. Mais sa vue de faucon lui suffisait amplement malgré l'éloignement et l'obscurité pour lui apprendre ce qu'il avait besoin de savoir. C'était l'un des "cadeaux" les plus explicites de sa condition : le renforcement de ses sens. Non qu'il ait jamais eu à se plaindre de sa vue, l'archerie ne lui était pas échu par hasard. Mais la qualité de sa vision ne connaissait à présent plus aucune comparaison. Il se savait capable de tirer une flèche jusqu'à la porte s'il le fallait, précisément dans la serrure. Même la Chouette ne lui aurait pas permis une telle prouesse, alors que son pouvoir dépassait déjà l'entendement humain. Cela allait encore bien au delà. Elle lui avait promis la force, elle n'avait pas menti. Elle le lui prouvait chaque jour.
Le Temple accueillait déjà un visiteur. Il vit la femme avec qui il avait collaboré des années durant, bon gré, mal gré, "frapper" à la porte et entrer. Elle ignorait tout de son accord avec son hôte, et tenait à ce que ce secret reste intact. Soit, il attendrait que son tour vienne. L'audience actuelle risquait de durer. Le jour serait sans doute levé quand elle toucherait à son terme. Ou la nuit suivante commencerait. Qu'importe, cela le laissait de marbre. Il ne manquait pas de patience.

Ses pas le rapprochèrent encore, il se tenait à présent à l'orée de la forêt qui bordait le territoire des Kinkou. Il était inutile de s'introduire plus avant, ni de signaler explicitement sa présence. Il était du reste probable que l'Oeil du Crépuscule sache déjà qu'il n'était pas loin. Il était une ombre qui rôdait, une menace latente pour l'équilibre... Le combattant n'avait pas gagné sa place uniquement pour son talent dans les arts martiaux. Il était doué pour sentir ses choses-là.
Un dernier regard vers la grand porte et les murs protecteurs avant de se détourner. L'archer choisit un arbre apparemment au hasard, et s'installa sur une haute branche, le dos appuyé contre le tronc rugueux. De cette position, il avait une belle perspective sur l'horizon, et une vue imprenable sur le domaine. Il saurait exactement à quel serait le moment opportun pour intervenir. Lorsque la Sagesse franchirait ces portes en sens inverse, il rencontrerait une fois de plus son destin.

En attendant, il cueillit un fruit à portée de main, et croqua nonchalamment dans la pulpe rafraîchissante.

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Shen
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Sam 18 Mar 2017 - 13:17
“Observer les étoiles” Ce sont sous ces termes que Maître Kusho et ses ancêtres décrivaient poétiquement sa responsabilité au sein du Clan. Mais cela signifiait bien plus ; savoir déceler et observer les signes était une chose, mais les interpréter est une tâche bien plus complexe. La moindre erreur de reconnaissance peut coûter cher au monde entier. Cependant, l’obligation la plus ardue était la prise impartiale de décision. Émettre un jugement sur une situation en connaissant le maximum de données. Rester distant, ignorer la compassion ou l’empathie. Les émotions embrouillent l’esprit, embrument les pensées et sabotent les choix.

Ce poids se transmet à chaque génération, dès que l’Oeil devient inapte à effectuer son rôle, incapable de voir correctement ou de juger sans se laisser submerger par les sentiments. Le titre ainsi que les tares qui l’accompagnent est légué à un autre membre du Kinkou, après une longue série d’épreuve douloureuse, aussi bien physiquement que mentalement pour séparer son esprit des tourments corporels ou mpsychologiques. Le dernier à s’être vu doté de la charge est Shen Kusho, le fils de l’ancien Maître. Mais avec cela, son père lui avait aussi légué ce qu’il n’avait pas eu la force ou le temps d’achever ; Jhin qu’il n’avait pas tué, Zed qu’il s’était contenté de bannir, ce qui causa sa mort, mais laissant aussi derrière lui des cas plus complexes ; tel celui de la Corruption.

Lorsque l’invasion d’Ionia par Noxus avait été lancée, ce fut le branle-bas de combat partout sur l’île, les maîtres d’armes insulaires étaient très doués mais furent submergés par les vagues incessantes de soldats noxiens, le combat n’était pas équitable et, aucun Ordre ne pouvait empêcher le destin d’Ionia. Carnage, massacre sanglant, destruction, tout et tous furent touchées par les combats, y compris certaines choses qui n’auraient jamais dues être dérangées …


Quelque chose n’allait pas, une perturbation forte et pourtant connue du Kinkou se réveillait aux alentour. Tout semblait craindre l’essence de ce mystérieux danger et pourtant, il paraissait toujours endormi voire plutôt maintenu, comme enchaîné et restreint. Il se déplaçait, avait vu son lieu de naissance et se dirigeait contre son gré vers le Monastère. Mais ses chaînes le protégeaient aussi, il les garderait encore … Mais combien de temps ? Les signes ne trompaient pas, Varus et la corruption étaient en route pour la région.

Déjà un an depuis sa dernière rencontre avec le Gardien, le temps passait bien trop vite. Les solutions elles ne se dessinaient que trop lentement. Cela faisait déjà plusieurs nuits que Shen songeait à cette entrevue. Les esprits s’agitaient en sentant la présence maudite de ce qui fut un homme, les rares rêves de l’Oeil lui montraient les ravages que causeraient la libération de ce pouvoir. Un monde rongé par la Corruption ; inarrêtable et pernicieuse, elle se cachait partout, avalant ceux qui n’étaient pas assez fort pour lui résister.

Personne n’avait réussi à protéger le sanctuaire, Kusho avait déjà commencé à perdre sa Vue, se laissant surmonter par les actes de Jhin et la fuite de Zed. Il avait craint pour lui et son Ordre plutôt que de protéger l'Équilibre et ce n’était pas sa première décision de la sorte ; il avait épargné le maître des Ombres et le démon doré, les laissant ainsi sévir encore à l’heure qu’il est. C’est ainsi que les adeptes du clan ne se mêlèrent pas au conflit. S’ils s’étaient opposés, cette source aurait pu rester condamnée ... Mais c’était désormais bien plus grave et le nouveau guerrier de l’Ombre n’avait pas encore résolu ces perturbations.

Varus était indéniablement le cas le plus complexe laissé par les Noxiens après la guerre : ce dernier était à la fois une menace et un renfort pour l’Equilibre. A tout moment il pouvait laisser une faille et se laisser maîtriser par son désir de vengeance sans pouvoir retrouver son état naturel. Il pourrait alors causer une destruction innommable. Cependant, il était l’unique frein à la propagation de cette essence sournoise dont personne n’en savait plus que sa nature chaotique. La mort du Gardien signifierait aussi la libération de son prisonnier ; le temps jouait contre eux. L’enfermement de Varus semblait tout aussi complexe ; il attiserait sa colère et son désir de vengeance et cela semblait renforcer la Corruption. Le seul accord qui avait été trouvé était cet entretien, une fois par an.

Ce soir-là, Shen s’était retiré toute la journée pour méditer. Son chi devrait être imperturbable, plus encore qu’à l’accoutumée. Si les tourments de l’archer venaient à s’attaquer à lui, cela serait synonyme de la destruction de l'Équilibre. Ses deux lames étaient prêtes elles aussi, l’une pouvait s’attaquer à l’homme si cela devenait strictement nécessaire et l’autre, à ce qui le rongeait dans le pire des cas.

Se déplaçant comme une ombre dans la nuit, le shinobi avançait dans la forêt qui se faisait bien silencieuse. Seul le vent murmurant dans les arbres tenait compagnie au ninja. Il s'éloignait du Monastère, rejoignant la limite du territoire désigné à l'Ordre. Le Gardien voulait toujours voir ce lieu mais en rester loin… Plus l’Oeil s’approchait, plus il percevait le danger. Discret comme une Ombre, il se mouvait avec méfiance jusqu’à l’archer qui se reposait dans un arbre. Rien autour, pas la moindre présence étrangère à part les deux Ioniens. Il se présenta alors à sa vue. Les habituelles questions se posèrent alors.

“Varus … où étiez-vous dernièrement ? Avez-vous quitté Ionia ?”
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Le Dernier Gardien ~ Papi Varus ~
Mar 28 Mar 2017 - 14:36
Des lambeaux de chair étaient encore attachés autour du noyau. Le cadavre du fruit qu'il avait mangé gisait au pied de l'arbre, il le voyait nettement. La mangue était trop mûre, et bien qu'elle soit tout aussi nourrissante, les papilles humaines avaient fini par être écœurées. La saveur doucereuse et trop sucrée, en apparence appétissante, lui laissait un arrière-goût dans la bouche, comme le rejet de son estomac.
Le veilleur avait changé de position, et regardait au pied de l'arbre. Car commençait alors, un étrange ballet.

Une colonne de fourmis s'était formée, attirée par l'arrivée providentielle de nourriture. Elle défilait entre le monticule de terre, dissimulé sous les herbes et fougères, et les racines de l'arbre massif. La pulpe orange passait de mandibules en mandibules, en une chaîne continue et parfaitement coordonnée.
Certaines ouvrières transportaient elles-mêmes leur fardeau jusqu'à la fourmilière, en particulier lorsque leur gourmandise leur avait fait arracher une parcelle trop grosse pour être relayée. Parmi elles, une minuscule fourmi portait vaillamment un morceau de fruit qui devait faire trois fois son propre volume. Elle était empêtrée dans les fibres et le jus qui dégoulinait sur ses pattes, mais ne trébucha pas une seule fois, et finit par disparaître dans les profondeurs souterraines du tumulus.
Perché sur les hauteurs de son arbre, la vigie observait ce spectacle minuscule avec une immobilité de gargouille. C'était plaisant. Il en distinguait les moindres détails malgré l'obscurité et la végétation environnante. Il se demanda distraitement s'il verrait reparaître la petite ouvrière, et s'il pourrait la reconnaître. Cela occupait son esprit, ainsi distrait de préoccupations plus importantes mais inquiétantes, qui devenaient vite trop envahissantes.

Quelque chose lui fit relever la tête. Ce fut pourtant son seul mouvement. L'atmosphère du Temple avait changé. C'était subtil, ténu. Imperceptible pour le commun des mortels. Dans sa contemplation passive il avait perdu la notion du temps. La nuit était bien avancée et bientôt les rayons timides du soleil naissant éclaireraient les toits recourbés. Il avait manqué le départ de la sagesse. Peu importait, visiblement l'Oeil voulait prendre son temps. Le changement qu'il avait ressenti dans l'aura entourant les kinkou n'était rien d'autre que son comité d'accueil. Comme il s'en doutait, Shen était depuis longtemps averti de sa présence, et s'apprêtait à le recevoir.

L'archer était serein malgré l'hostilité ambiante. Il était parfaitement conscient de la méfiance qu'il suscitait, et devinait quelque part autour de lui les ombres se déployer. Il savait ne pas être en danger. Tant qu'il ne ferait rien d'inconsidéré. Telle était la nature de leur accord. L'idéalisme des Kusho frôlait la naïveté. Pourtant, aucun ne pouvait se plaindre d'avoir vu des dirigeants ennemis, quand il ne s'agissait de bataillons entiers, disparaître de la ligne de front pendant la guerre. Il avait fait regretter à un grand nombre de Noxiens d'avoir souillé la terre de ses ancêtres.
Evidemment, ce n'étaient pas ses actions tournant à l'avantage du pays, ni même la mort qu'il avait semée que l'Oeil du Crépuscule remettait en cause. Plutôt... sa manière de la distribuer. Car si la plupart de ses flèches étaient nettes et précises, certaines de ses victimes connaissaient un sort pire que la mort. Cette souffrance, Varus la vivait au quotidien. Il savait exactement quel présent macabre il offrait. Sa quête de vengeance avait un prix, et il en payait le tribut à chaque seconde. Combien d'officiers noxiens avait-il ainsi regardé se recroqueviller dans cette cruelle agonie... il en avait perdu le compte.

Sa chasse n'était pas terminée. Mais ce temps-là était révolu. Et aujourd'hui, c'était le visage de Shen qu'il voyait se tordre, réveillant sous le masque de ninja, celui de la souffrance. Varus agrippa l'écorce rugueuse. Etait-ce l'imminence de leur entretien qui avait engendré cette vision ? Certes, l'Oeil du Crépuscule était un obstacle depuis le premier jour. Et son père avant lui. Mais le kinkou était Ionien, et en tant que tel, il n'avait aucun désir de le tuer. Si cela arrivait, il n'en tirerait aucune satisfaction. Ce ne serait que par pure nécessité, et d'un point de vue objectif et pragmatique, il espérait que cela soit rapide.
Telle était la différence entre l'homme et la bête. Même s'ils ne faisaient qu'un, il était toujours plus simple de les désigner comme deux entités distinctes. La corruption ne voyait en Shen qu'une proie supplémentaire. L'homme voyait celui qui défendait l'équilibre, et dans une certaine mesure, ses propres intérêts. Ses doutes alimentaient cet instinct destructeur. Mais en cette occasion, l'humain seul devait s'imposer et parler. Il lui fallait réfréner ses ardeurs, taire ces pensées.
Shen ne serait de toute manière jamais une cible simple à abattre, même si la corruption lui avait donné une telle puissance qu'elle était convaincue de sa supériorité. Mais il ne pouvait pas la laisser se déployer à l'envi, et dans cette limite, Shen était l'un des plus redoutables adversaires que Varus aurait peut-être à affronter un jour. Il ne pouvait pas attenter à sa vie impunément. Cette obligation le pesait, mais il jouait beaucoup plus que son avenir. Il devait se raisonner.

L'Oeil du Crépuscule approchait. Si cela pouvait paraître surprenant, le gardien savait que le ninja ne venait pas sans protection. Toutefois, il apprécia l'initiative. Il se sentirait plus à l'aise ainsi, même à l'ombre du monastère, qu'entre les murs où des forces insoupçonnées lui hurleraient à chaque tournant leur envie de le tuer.
La proximité du temple kinkou était en soi une assurance suffisante face à la menace qu'il incarnait. Nul doute que le plus petit de ses disciples était au fait de sa présence, chacun d'entre eux prêt à intervenir. Les ninjas les plus expérimentés étaient dissimulés non loin, guettant les faits et gestes du corrompu. Et l'Oeil avait certainement utilisé son lien avec les esprits. S'il s'était avancé de manière conventionnelle, l'archer aurait disposé d'une fenêtre de tir incroyablement large pour l'atteindre. Une seule flèche, et tout aurait été fini. "Une seule flèche, et tu pouvais dire adieu à ta liberté."

Nombreux étaient ceux qui attendaient la moindre erreur de sa part. Les Invocateurs n'étaient pas les derniers sur cette liste, et Shen y figurait en bonne place. Les ombres autour de lui étaient sur le qui-vive, et n'attendraient pas la seconde suivante pour fondre sur lui s'il faisait un faux-pas. Varus connaissait suffisamment la puissance des kinkou pour savoir qu'il n'en sortirait pas indemne.
Si l'on ne pouvait le tuer impunément - et cela Shen l'avait bien assimilé - il y avait bien d'autres moyens de le maintenir en vie tout en étant certain de l'empêcher de nuire. Il devait donc maintenir l'illusion, donner l'impression qu'il n'était pas le danger qu'ils voyaient en lui. C'était un exercice plus complexe que pour les Noxiens, puisque dans leur camp, il lui suffisait de ne laisser aucun témoin, aucun survivant. Il disparaissait, nul ne pouvait dire comme ces escadres avaient disparu. Shen, lui, connaissait la vérité sur sa nature, parfaitement conscient de ce qu'elle représentait. Et sa crainte était on ne pouvait plus justifiée. Pour lui, le contrôle primait. Encore une fois, il allait devoir faire ses preuves.

Le ninja se révéla arrivé au pied de l'arbre. Sur sa branche, Varus le regardait. Tout ce temps, par égard et prudence pour l'observation des ninjas, il avait à peine bougé. Le visage masqué se leva droit sur lui, sans prendre la peine de le chercher des yeux. Il savait déjà où le trouver. En cela ils se ressemblaient. Ni l'un ni l'autre ne pouvait facilement être trompé. L'homme posa la question rituelle.

Varus … où étiez-vous dernièrement ? Avez-vous quitté Ionia ?

Avant le répondre, le gardien étendit ses jambes vers le vide, et décolla son dos du tronc. Quittant le confort relatif de sa branche, il sauta. Pendant les quelques secondes que dura sa chute, sa forme fut indistincte, même pour un œil exercé. Alors que la hauteur aurait pu briser la jambe d'un homme robuste, seul un bruit mat et léger indiqua qu'il avait touché le sol.
La créature qu'était Varus fit face à Shen, sans rien laisser paraître du débat houleux qui avait précédé quelques instants auparavant dans son propre esprit. Il était - autant que son allure le laissait supposer - détendu. Il se savait déjà évalué, soupesé, le regard de Shen le jaugeait au-delà de ce que les yeux pouvaient voir. Ce qu'il voyait réellement, Varus l'ignorait.

Les invocations se sont faites rares, ces temps.

Le ninja était un Champion de la Ligue, tout comme lui. Cette petite piqûre de rappel les mettait sur un pied d'égalité. Il lui remémorait également que les Invocateurs avaient cette désagréable tendance à lire les pensées. Celui avec qui il partageait son esprit avait un regard sur tout ce qu'il entreprenait. En cas de faille, l'Institut l'aurait sans doute enfermé, comme d'autres Champions, dans ses geôles. Cette surveillance, toutefois, devenait plus ténue avec les évènements récents, et bien que significative, ne suffisait pas à échapper à cette entrevue. Ce qui en ces temps troublés donnait encore plus d'importance et d'impact à cette dernière.
Varus répondait ainsi également à l'interrogation, de manière indirecte - et il devait l'admettre, partielle. Il quittait Ionia régulièrement, pour une nécessité que Shen connaissait bien. Il ne doutait nullement de la capacité de l'homme à comprendre les sous-entendus. Toutefois son interlocuteur n'était pas une personne avec qui il pouvait se permettre la moindre ambiguïté. Surmontant sa tendance au mutisme, le guerrier se força donc à préciser :

J'étais chez moi. Je suis sur le départ.

Cette affirmation amènerait d'autres questions. Varus les attendait, son regard sans âme dardé sur le ninja. La situation de la Ligue justifiait des voyages pour bien des Champions. Et bien que ses raisons soient plus obscures que pour d'autres, rien n'indiquait que la Flèche fasse exception.

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Shen
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Jeu 20 Avr 2017 - 18:58
Varus apparaissait très détendu, voire presque désinvolte. La situation semblait plus l’ennuyer qu’autre chose. Shen cependant gardait parfaitement son sérieux, guettant le moindre geste menaçant de l’archer. Il voyait tout autour de lui les mouvements chahuté des esprits, la présence corrompue perturbait les lieux et l’atmosphère était tendue. Le temps lui-même semblait se suspendre à leurs mots.

“Les invocations se sont faites rares, ces temps.” En effet, on ne pouvait pas lui faire dire le contraire. Le ninja comme le gardien était soumis de façon relative à l’Institut de la guerre bien que la situation du jour soit justement bien différente, toujours en théorie sous leur joug, les deux champions se voyaient libérés de leur présence pour une durée indéterminée. Pendant vingt-cinq an le Kinkou avait pu compter sur la League pour maintenir un contrôle sur les ennemis de l’Equilibre mais aujourd’hui le clan ionien se retrouvait seul dans ce monde si chaotique. Les invocations régulaient la présence de chaque champion et son état.  La séquestration dans un temple ionien devenait envisageable mais uniquement en dernier recours ; l’Oeil ne voulait pas répéter l’erreur de son père pour le Démon Doré. Captif, le Gardien pourrait laisser se libérer la puissance corrompue qu’il contenait en lui, et ce de façon plus dévastatrice encore que ce dont il est capable pour l’instant.

"J'étais chez moi." Chez lui … Cela signifiait sûrement les ruines de son ancien temple, détruit par les Noxiens. Sa rage macérait en lui, cela pouvait se montrer dangereux par la suite si elle venait à le submerger. Si ce lieu pouvait lui apporter en apparence du calme et un contrôle sur lui-même, il était aussi l’origine du Puit corrompu. Pallas le protégeait et le rendait plus dangereux encore, son exposition à ses souvenirs si douloureux ne devaient pas être trop prolongée.

"Je suis sur le départ." Cela par contre était plus inattendu. Aux yeux du ninja quelque soit la raison de ce départ elle ne pouvait être sans risques ; soit son désir de vengeance montait à nouveau et il allait semer la mort à Noxus, soit il était mêlé aux Invocateurs ou, sûrement le pire, quelqu’un le manipulait, ou en tout cas lui donnait l’envie de quitter sa désolation. Cet homme était dangereux.

“Il n’est pas bon que vous quittiez Ionia vous le savez. Pourquoi comptez vous partir ?”

Toujours en inspectant les moindres réactions humaines, Shen ouvrit son regard vers l’Autre Monde, prêt à sentir le moindre mouvement de la corruption. Si ce n’était pas celle-ci qui le guidait alors une enquête sur Pallas serait menée. Personne ne devait pénétrer dans le temple maudit.

Les Esprits sont des êtres particuliers, liés à d’autres émotions. Certains ne connaissent pas le monde classique, d’autres veulent y entrer et certains y arrivent. Mais une partie se contente de regarder à travers la barrière. Ils ne perturbent en rien les évènements qui ont lieu mais voient le monde bien autrement. Shen était capable d’adopter cette même vision. L’essence des choses lui apparaissait, tout comme les quelques esprits téméraires et curieux qui observaient la scène de loin.

Autour de Varus se répandait une aura de violence et de haine forte, plus concentrée encore en lui. Elle grandissait toujours et ce chaque fois qu’il le voyait. Mais cette croissance se montrait encore lente, contenable. Il savait garder en lui ses émotions … Pour l’instant. Mais des failles existaient. Mais plus elle grandissait et plus la corruption semblait être vivante elle aussi, pas uniquement une masse corrompue, plutôt une matière consciente, insidieuse et sournoise manipulant celui dont elle avait pris possession et ce, selon une volonté propre. Serait-il possible de tuer la corruption ? Et ce sans risquer de détruire sa prison en premier lieu … Le risque était encore trop grand. Mais dans le cas où la probabilité qu’elle sorte par ses propres moyens devienne grande, qui faudrait-il tuer ?

Shen continuait de le fixer … Si l’archer corrompu restait sa colère risquait d’enfler à nouveau et d’éclater sur des innocents, mais s’il partait, le risque était de le voir disparaître longtemps … Et son retour pourrait se montrer plus problématique encore.

“Vous êtes bien conscient que je ne vous laisserais pas partir sans une bonne raison d’une part, et la certitude que vous et ce qui sera autour de vous en ce moment-là soit parfaitement en sécurité ?”
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Le Dernier Gardien
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Jeu 23 Nov 2017 - 12:14
De marbre face aux accusations sous-entendues, l'archer considéra le ninja un long moment. L'Œil mettait en doute la sanité de celui qui lui faisait face. C'était à proprement parler tout à fait légitime, mais cela prouvait surtout qu'il était loin d'avoir assimilé la nature de son interlocuteur. Et dans ces conditions, comment serait-il capable d'apprécier réellement le danger qu'il représentait ? Prudence est mère de sûreté, certes, mais si le kinkou s'engageait sur cette voie, il piétinerait bientôt sa liberté.

A qui donc ai-je nui, sinon à nos ennemis ?

Appuyer sur ce fait semblait important. Shen devait réaliser que jamais au cours de son existence, même corrompue, il n'avait porté la main sur une vie innocente, aussi insignifiante soit-elle. L'homme était on ne pouvait plus lucide. Comme tout un chacun il concevait des projets, même s'ils dessinaient pour lui un avenir irrémédiablement sombre. Il était conscient que sa seule présence faisait pencher la balance du mauvais côté. Mais pas une fois il n'avait cédé à des pulsions meurtrières, jamais il n'avait tué de manière injustifiée.

L'Œil voyait sans doute encore la corruption comme une entité indépendante, alors que depuis le jour où la terre s'effondra, ils ne faisaient plus qu'un. Bien sûr, son esprit subissait une influence différente de celle d'un humain, mais la corruption depuis toujours n'avait jamais voulu que l'aider. Il ne répondait simplement plus aux critères communs pour définir qui il était, ce qu'il était, ou ce qui construisait ses pensées.
Malheureusement, c'était indéfinissable, même pour lui. Impossible donc de l'expliciter pour ne pas être constamment en porte-à-faux sur une mauvaise interprétation. Et s'il avait été capable de mettre des mots sur cette nature fluctuante, aurait-il souhaité révéler la vérité ? Il n'était pas naïf au point de croire pouvoir rester en vie si quiconque résolvait le mystère qu'il constituait. Son heure viendrait. Il lui fallait juste encore un peu de temps.

S'il était dangereux, et il l'était, il savait ne pas être un danger omniprésent. Pour la sécurité de tous, le fils Kusho était et serait toujours contraint de le considérer comme tel. Mais sa surveillance suffisait, il n'avait nul besoin de se montrer blessant.

Je suis ionien, comme vous.

Le respect était une valeur profondément ancrée dans les mœurs de la péninsule. Quelle qu'était l'idéologie à laquelle on avait adhéré, certaines choses ne changeaient pas. Le respect de la vie, des opinions, de la différence... Les deux hommes avaient été bercés par ces principes et n'y avaient jamais dérogé. En pleine connaissance de ses actes, douter de cela en devenait presque... un manque de respect.
A une époque, la dernière intervention de Shen aurait provoqué l'insurrection du Gardien. Bien que sa colère ait été toute différente, remettre en question sa loyauté était l'un des pires affronts qu'il aurait pu essuyer. Mais il était alors encore humain, et depuis tout avait changé.
Il passa sa main derrière sa nuque, comme envahi d'un profond ennui. Il était là pour répondre aux questions, et ne pouvait y échapper. Autant abréger.

Je me rends à l'Institut.

Etait-il sage d'en dire plus ? La Flèche était peu impliquée en politique, et pouvait difficilement expliquer sa curiosité autrement que par des opinions mitigées, potentiellement contestables. Sa présence entre ces murs pourrait-elle compromettre de nouvelles négociations avec Ionia ? Improbable, mais pas impossible. Il se décida à exprimer ses pensées de la façon la plus simple possible.

Je veux savoir ce qui se trame.

La colère, la haine, à cette instant s'effacèrent quelque peu. Toujours profondément ancrées dans son être, mais présentes en filigrane. Presque oubliées. Si l'Œil savait lire entre les lignes, cela pourrait lui en apprendre énormément sur le fonctionnement de son sujet d'observation. Il n'était pas qu'une machine conçue pour tuer. Il était loin d'être aussi froid que son apparence le laissait croire. Même privé de bonté, des choses pouvaient encore lui importer. Même s'il se moquait des implications, dans ses mots une émotion voilait momentanément les autres.

Je suis inquiet.

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Shen
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Jeu 7 Déc 2017 - 16:28
La discussion était froide et il y avait une tension palpable dans l’air. Le ninja soutenait le regard de l’archer, attendant la réponse à ses questions pour ensuite pouvoir poser les suivantes, chacune menant à une nouvelle et cela ne s'arrêterait pas avant que le départ de Varus soit annulé ou à tout le moins possible sans perturber l'Équilibre fragile des Mondes. Il savait que son interlocuteur tenait à sa liberté qui était certainement le dernier bien qu’il possédait encore, ça et ses souvenirs mélancoliques. L’en priver, bien que tentant et mais c’était reproduire l’ancienne erreur commise par son père avec le Démon Doré. Quel dommage … La mélancolie et les frontières naturelles de l’îles avaient semblées être suffisantes pour l’empêcher de se déplacer à travers tout Runeterra. Visait-il Noxus pour une vengeance ultime, un raid aussi suicidaire que meurtrier ? Non … Quelque chose le rattachait encore à la vie et lui soufflait de ne pas sombrer complètement dans les méandres douloureux de la Corruption. Il avait déjà contrebalancé les dégâts noxiens à Pallas et ne devait plus être amené à faire autant de dégâts dans les rangs de cette armée sous peine de renverser cette stabilité fragile.

“A qui donc ai-je nui, sinon à nos ennemis ?”

Des ennemis … Les deux hommes n’en avait pas la même définition : Shen voyait bien au-delà d’Ionia et de l’invasion de la puissance noxienne : certes il vivait et avait été élevé avec les mêmes valeurs insulaire que Varus mais désormais sa tâche devait le pousser à se détacher de sa patrie. Noxus à ses yeux avait une valeur égale à l’île tant que ses actes ne faisaient pas pencher l’immense balance d’un côté ou de l’autre ; un jour amie, un jour ennemie, le ninja la voyait comme un élément complexe mais dont la suppression était impossible … Tout comme l’archer corrompu : deux problèmes jusqu’à présent insolubles

“Je suis ionien, comme vous.”

Il paraissait vexé … A vrai dire cela était à la fois un bon et un mauvais signe : il ressassait encore la passé et son désir de se venger de la cité qui lui avait tout pris restait profondément ancré mais il montrait encore une part d’humanité suffisante, qui résistait aux pulsions meurtrières : il ne s’attaquait pas au moindre passant et s’offensait que l’on puisse penser de lui qu’il est un monstre. Cela impliquait par contre qu’il serait difficile de le contenir en cas de rencontre fortuite avec des noxiens. Et à ce moment-là, sur qui sa colère passera-t-elle ? Uniquement les généraux et les forces armées ? Qu’adviendra-t-il des civils et de tous ceux qui voudraient s’interposer entre lui et la manifestation de sa profonde haine ? Le problème majeur étant qu’en dehors des terres démaciennes, peu d’endroits se montreraient vierge de trace noxienne.

Shen le regardait en silence, il attendait toujours sa réponse ; le gardien ne lui répondait pas directement et seule un réponse claire le satisferait car ce n’était pas du passé de Varus dont il se souciait pour l’instant mais bien de ce mystérieux voyage, il ne pouvait pas aller n’importe où et le laisser hors d’Ionia signifiait devoir garder l’oeil rivé sur un danger de plus…

“Je me rends à l'Institut. Je veux savoir ce qui se trame.”

Enfin quelque chose de nouveau … Il semblait s’être résigné à devoir faire face s’il voulait avancer dans la discussion ; il ne mentait pas, ou alors il le dissimulait derrière une parcelle de vérité. Il y avait cependant un changement, imperceptible pour un être humain moyen : les sombres pensées du corrompu s’effacèrent momentanément. Avait-il le but conscient de tromper l’Oeil ou était-ce là une preuve de la véracité de ses propos ? Si tel était le cas, cela signifiait qu’il était possible d’apaiser les maux de la corruption… La guérison restait improbable mais, couplé à une magie d’obstruction, il devenait envisageable de maintenir les manifestations plus calme, de l’enfermer à nouveau dans ce corps, de telle sorte à ce qu’elle ne cause plus de mal. Mais Varus le tolèrerait-il ? Et s’il venait à imiter Syndra, quelles en seraient les conséquences ? C’était un quitte ou double mais, en dernier recours c’était une solution meilleure que l’exécution, à tout le moins à court terme.

“Je suis inquiet.”

Voilà un aveu qui n’était pas attendu … En s’ouvrant même légèrement à lui, il laissait à l’Oeil l’occasion de poursuivre son jugement. Les émanations qui se dégageaient du Gardien étaient plus subtiles, toujours aussi menaçantes mais d’autres nuances se cachaient à présent dedans formant ainsi un mélange aussi instable qu’explosif et qui pourtant était encore étrangement contenu en lui. Varus était véritable une bombe à retardement …

Derrière son masque Shen analysait la situation. Il ne pouvait pas décemment être en permanence derrière l’archer en toutes circonstances et seuls les deux autres guerriers de l’Ombre étaient capables d'agir sur lui en cas de problème mais ils avaient déjà bien trop de travail que pour jouer les baby-sitters. Lui aussi d’ailleurs … L’enfermer signifiait augmenter son inquiétude et pouvait amplifier sa haine qui se retournerait contre les clans ioniens aussi. Le tuer aurait des conséquences inconnues, allant peut-être même à la contamination de celui qui commettait l’acte, c’était à ce paramètre que l’archer devait la vie depuis la fin de la guerre. La troisième solution était de le laisser partir comme cela : prendre le risque de le perdre de vue … Il aurait alors tout le loisir de s’évaporer dans la nature et de mener à bien sa quête de revanche. Mais les Invocateurs le laisseraient-il faire ? Probablement pas … Eux sont capable de lui fabriquer une autre prison, éphémère mais efficace et de brider ses pouvoirs. Qui plus est, il pourrait croiser dans le futur les informations recueillies par son enquête afin d’éclaircir les points qui lui auraient été dissimulés ...

“J’irais moi-même à l’Institut … Faites-moi confiance. Néanmoins si vous y rendre peut vous rassurer alors je vous laisse le loisir d’y aller aussi rapidement que vous le désirez.”

Ces mots avaient été prononcés dans le calme qui caractérisait le chef kinkou. En même temps, il sortit lentement son tanto arcanique de son fourreau dorsal ; entièrement forgé dans la magie pure, il était capable d’exécuter n’importe quel esprit. Il tenait l’arme devant son visage, complètement immobile … S’il décidait de bondir sur Varus il aurait pu s’attaquer à ses membres tachés de noir. Peut-être même sans blesser l’homme qui vivait en-dessous s’il était encore possible de le qualifier ainsi. Mais il n’en était rien ; les jambes du shinobi restaient ancrées dans le sol, il ne comptait pas faire cette offensive. Ses yeux quittèrent ensuite la lame pour se poser au-dessus de la branche où l’avait attendu l’ancien humain. Il fixait cet endroit comme si on pouvait y voir une être vivant. Cela était imperceptible derrière son masque mais il souriait et son regard s’était quelque peu attendri, il restait humain malgré ses volontés et son voeu de se détacher de cette condition...

Quelque chose était plus important pour Varus que sa propre vie, et elle le suivait souvent sans qu’il ne puisse s’en rendre compte… L’Oeil avait besoin d’une précaution toute particulière, bien qu’elle offense et attise la colère du gardien c’était probablement l’assurance de le garder sérieux.

“Je me porte garant de leur sécurité dans l’Autre Monde … Ne les fais pas mourir une seconde fois par des actes irréfléchis.”

Il l’avait tutoyé, c’était autant un avertissement qu'un conseil personnel qu’il lui donnait. L’ancienne femme de Varus et leur enfant s’étaient déjà montré des alliés précieux… Mais le choix de les laisser dans ce second état de vie n’était pas que stratégique. Plus que de surveiller Varus, ils avaient touché le maître quand il était encore jeune. C’était peut-être une erreur … Cependant derrière la corruption se cachait un père et un mari, et même l’ancien maître Kusho n’avait su se débarrasser des émotions que cela pouvait forger.
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Le Dernier Gardien
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Le Dernier Gardien ~ Papi Varus ~
Ven 22 Déc 2017 - 15:37
... Néanmoins si vous y rendre peut vous rassurer alors je vous laisse le loisir d’y aller aussi rapidement que vous le désirez.

Les sourcils froncés de l'archer se détendirent quelque peu. Il n'attendait aucune permission, mais l'Œil venait de lui accorder sa bénédiction. Il pouvait entreprendre son voyage, sans frein de sa part. Il avait cédé facilement. Y avait-il un élément que Varus ignorait ? Shen voulait le garder sous contrôle, et lui permettre de quitter Ionia rendait difficile, sinon impossible cette tâche. Si la résolution du ninja était effectivement de se rendre à l'Institut, alors il pourrait accorder son propre déplacement pour être toujours à proximité. Il ne doutait pas être facile à suivre, pour une personne telle que Shen. S'il souhaitait procéder ainsi, Varus n'y voyait pas d'inconvénient. Il n'avait aucune intention rebelle ni belliqueuse.
Une fois entre les murs de l'Institut, Shen n'aurait même plus à se soucier de son cas. Il faudrait être fou pour tenter d'outrepasser la magie des Invocateurs. Le seul risque était que Varus prenne la tangente avant de s'y trouver. Et cela ne faisait pas partie de ses projets.

Bien que se dévoiler ainsi puisse bousculer son ego, il avait tout intérêt à rester dans les bonnes grâces de l'Œil du Crépuscule. S'il ne lui disait pas toujours tout, il ne se risquerait jamais à lui mentir. Il était de bonne foi. Son interlocuteur se rendait-il compte que chaque mot que le corrompu lui confiait soulevait un nouveau danger ? Cela créait un malaise. L'archer ne voulait pas s'exposer d'avantage.

La tournure de la phrase indiquait que le ninja ne souhaitait pas pour autant le voir s'éloigner d'Ionia trop longtemps. S'y rendre "rapidement" signifiait aussi revenir vite. Compréhensible. Mais il n'avait aucune intention de laisser Ionia devenir sa prison, aussi vaste et belle soit-elle. Ce pays était sa patrie, et il y reviendrait toujours, Shen pouvait en être certain. Mais s'il avait besoin de prendre ses aises, de profiter de plus de liberté, Varus ne s'en priverait jamais. L'Œil devait aussi comprendre cela, et l'accepter.
Son interlocuteur devait être conscient que l'homme n'avait jamais attendu sa permission pour sortir des frontières. La plupart du temps invoqué, donc sous contrôle. Mais bien que rares, le Gardien n'avait pas limité ses excursions à la Ligue. Et à son crédit, il n'avait fait aucune vague.

Faites-moi confiance.

Cette courte phrase frappa l'esprit de l'archer. Il leva une main vers son visage, jusqu'à frôler sa joue de sa paume ouverte. Les bras ainsi déliés, il changea d'appui, légèrement penché en arrière. Il paraissait moins crispé, plus ouvert. Ses yeux fixèrent un long moment le ninja. Il ne cherchait pas à cacher ce que ces mots lui inspiraient.

Je vous fais confiance.

C'était une affirmation sans détour. Sans même chercher la limite de cette déclaration, alors que Shen ne l'appliquait qu'à son entreprise à venir. Cela paraissait vraiment étrange d'entendre cela de sa bouche, et pourtant le ninja n'avait pas été abusé. Malgré son instabilité émotionnelle, malgré sa nature fluctuante qui lui hurlait sans doute de le tuer pour sa propre survie, cet homme lui faisait confiance. Sans aucune condition.

En général, la confiance est réciproque. Elle est sensée l'être. C'est dans l'ordre naturel des choses. Une condition humaine. Shen ne lui faisait pas confiance. Lui, avait confiance en Shen. Ironiquement, sur ce point, il était presque plus humain que le protecteur de l'équilibre. Cela faisait des années qu'il se soumettait à son jugement. Des années qu'il mettait sa vie entre ses mains. Par sa lame physique ou sa lame éthérée indifféremment, le ninja aurait pu mettre fin à son existence. A chaque occurrence. A chaque rencontre, à chaque question. Un pas de travers, une seule faute, et sa vie pouvait s'achever à la seconde. Alors il n'y avait aucun doute à avoir sur la véracité de ses propos. Oui, rien que pour lui faire face en ce moment, il lui accordait une confiance aveugle.

Pourtant, Shen s'apprêtait à trahir ce sentiment. Il avait dégainé sa lame arcanique. Preuve de ce que Varus savait déjà depuis longtemps : sa nature-même le rendait indigne de la confiance de l'Œil du Crépuscule. Laissant ses bras revenir lentement le long de son corps, dans un geste prudent teinté d'appréhension, les yeux blancs suivirent le mouvement du sabre, avant de percevoir que l'attention du ninja n'était pas portée sur sa personne. Là où une personne normale aurait été rassurée de constater que sa propre vie n'était pas en danger, lui anticipait les implications de ce détournement. Il aurait la confirmation dans un futur proche, il le savait.
La tension monta d'un cran. Le corps tendu, ses doigts à demi-repliés comme s'il s'apprêtait à saisir une arme. Car percevoir l'expression du regard de Shen avait suffit pour qu'il comprenne. Avant même que ce dernier n'ouvre la bouche, le corrompu savait ce qu'il allait dire.

Comment oses-tu...

MENACER MA FAMILLE !


Bien que le reste de la phrase soit restée en suspens, c'était exactement comme s'il l'avait hurlée.
A l'instant où il était sorti de ses gonds, la corruption avait cessé d'être une matière définie. Elle ondulait autour des membres de Varus jusqu'à les faire disparaître, comme une fumée liquide, menaçante. Elle tremblait tout comme tremblaient la voix du corrompu et ses poings serrés.

Shen vit la créature fondre sur lui. Les volutes noirâtres le brûlaient, de moins en moins distinctes. La conscience de l'humain avait disparu derrière la rage irraisonnée. Elle était pourtant causée par ce qui restait encore humain chez lui, mais sa fureur et sa démence étaient telles qu'il ne cherchait plus à se contrôler. Les mains incendiaires se serraient autour du cou du ninja, consumant sa chair et perturbant ses pensées. Il raffermit sa prise sur son arme et frappa. Mais il ne frappa que de la brume. La lame passa au travers des flammes noires sans réussir à les atteindre.
Le visage de Varus, déformé par la haine était juste en face du sien. A peine reconnaissable, il n'avait plus rien d'humain. Il entendit un hurlement. Etait-ce celui du Gardien ou le sien ? La souffrance était atroce, elle touchait son corps mais se répandait dans le monde des esprits, perturbant les êtres alentours dans un rayon qui ne faisait que croître. La corruption atteignit bientôt son visage, courant jusqu'à ses yeux. L'Œil du Crépuscule allait mourir, aveugle.
Il sentait le mal se répandre dans son corps, une gangrène galopante, irréversible, qui consumait sa chair jusqu'à atteindre les os. Pire que tout, elle dévorait aussi son esprit, obstruait peu à peu sa capacité de raisonnement. Sa conscience s'effritait. De seconde en seconde il perdait une chance de survivre. Il était impuissant. Bientôt, il fut incapable de ressentir autre chose que cette agonie, seule rescapée de son âme déchirée. Le monde des esprits, lui aussi se referma, envahi de ténèbres.

Varus le regardait. La colère s'était calmée, et Shen se rendit compte que l'archer ne ressentait aucune haine à son encontre. Il avait les deux mains posées sur les épaules du ninja, rien de plus. Une part de lui avait toujours su que ce n'était pas réel. Mais la sensation de mourir était persistante et s'accrochait encore à son esprit, il avait l'impression d'étouffer. Varus lui avait seulement fait ressentir sa propre agonie.
Lâchant doucement sa prise, le Gardien ferma les yeux, rompant définitivement avec la vision qu'il avait provoquée. La forêt était dardées de lames invisibles, il avait stoppé juste à temps pour éviter qu'elles ne le transpercent. Le corrompu en était convaincu, son intervention avait été ressentie bien au-delà de l'esprit de Shen, et avait sans doute réellement perturbé le monde des esprits. De façon bien moindre que le laissait supposer son illusion, mais il avait certainement donné du travail supplémentaire à l'Œil et à ses disciples pour les temps à venir. Il soupira, rasséréné, et parfaitement calme.

Alors ils sont là...

Il y avait une sorte d'incrédulité dans sa voix. Shen sut alors que pas un instant Varus ne s'était laissé emporté par ses émotions. A aucun moment il n'avait perdu le contrôle. Cette vision, il l'avait provoquée délibérément. Ainsi il constatait ce qui serait arrivé si c'était le cas. C'était étrange. Varus à présent n'en paraissait que plus humain. La corruption qui lui faisait office de membres était à sa place, nette, palpable. L'archer s'était laissé envahir par une mélancolie qui n'avait rien de malsain, et ses yeux en amande fixaient le ninja avec ce qui ressemblait à de l'espoir mêlé d'incertitude.

Vous pouvez les voir, leur parler ?

La voix de l'homme tremblait à nouveau, mais c'était très différent. Elle avait presque perdu sa tonalité maléfique, Shen reconnaissait la voix qu'il avait entendu quand il était jeune, bien avant que ne commence la guerre de Noxus. Ce n'était pas la corruption qui parlait. Ni même le Gardien. C'était l'amant, le père. Il n'y avait aucune trace de duplicité dans son regard malgré l'opacité qui le couvrait. Et il avait honte.

Si vous le pouvez, donnez-moi leur nom.

Il doutait, encore et toujours. Mais il souhaitait sincèrement pouvoir s'accrocher à cet espoir. C'était la première fois que Shen le voyait ainsi. Mais c'était la première fois également, qu'il avait pris le risque de lui parler de ces esprits.

L'homme dût s'appuyer contre l'arbre. Il avait conscience d'avoir laissé tomber toutes ses barrières. S'il y avait bien un moment où Shen pouvait l'atteindre, ou un de ses pupilles, c'était celui-ci. Il n'aurait ni le temps ni la force de résister. L'Œil avait réveillé une flamme au fond de lui. C'était complètement différent de celle dont il s'était nourri toutes ces années. Elle était éphémère. Douloureuse aussi. Une souffrance aigüe et persistante, comme un poignard plongé au plus profond de son être. Il ne pourrait la supporter longtemps. S'il pouvait la faire durer... Ce sentiment lui était devenu étranger, et il n'en ressentait qu'un plus grand vide. Cela l'effrayait encore plus que les ténèbres dans lesquelles il avait plongé des années auparavant.
La tête lui tournait. Varus leva les yeux vers la branche de laquelle il avait sauté, la branche que Shen fixait un instant plus tôt. Mais il ne vit rien. Désespérément rien. L'épaule contre le tronc, il passa la main sur son visage, sans vraiment toucher sa peau. Son corps était crispé, dans l'expectative d'une réponse négative. Il s'y attendait et n'aurait aucune surprise. Mais cela aurait indéniablement un impact sur son mental. Il ferma à nouveau les yeux, à l'écoute de ce que les oreilles ne pouvaient entendre. La tristesse était omniprésente. Bientôt le désespoir poindrait à nouveau. Il craignait surtout ce qu'il n'entendrait pas.

Polices utilisées : Zenda ; Book Antiqua.
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