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Obscurité et Equilibre [Shen/Varus]

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Varus
Le Dernier Gardien
~ Papi Varus ~
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Dim 26 Fév - 19:06
Point de monture pour une créature telle que lui. Cette entrevue récurrente ne l'ennuyait pas, même si elle l'entraînait bien loin de Navori, et de son île natale où il se rendait aussi souvent que ses devoirs le lui permettaient. Etre ponctuel n'était pas des plus faciles dans ces conditions, mais il s'y efforçait. La distance à parcourir pour s'y rendre n'était pas négligeable, tout comme le temps nécessaire pour remonter aussi loin dans le nord. Fort heureusement, il n'avait pas l'endurance limitée d'un humain normal, et pouvait faire son trajet sans halte prolongée. Tout au plus s'arrêtait-il pour chasser et se désaltérer. Dormir était un loisir qu'il ne possédait plus, il se reposait tout juste pour permettre à son cerveau de mettre de l'ordre dans sa mémoire et contrer plus efficacement la folie tapie au fond de son esprit.
Loin des routes et des sentiers battus, il suivait des chemins sinueux dont il avait appris au cours des années à connaître les moindres subtilités. Tout cela dans le but de ne croiser personne. C'était de plus un prétexte excellent pour profiter le plus longtemps possible des paysages somptueux et reposants d'Ionia. Maintenant que la guerre était terminée, l'harmonie avait repris ses droits, les forêts se reboisaient, les plaines ne résonnaient plus que du bruit du vent et des grillons chantants. Tout cela avait une vertu apaisante sur son esprit, par la nature de ce que ses sens percevaient, comme par leur signification. C'était son pays. Malgré les évènements tragiques qui s'y étaient déroulés et auxquels il était étroitement lié. Malgré sa culpabilité, et la trahison pour laquelle on le jugeait.

Le chemin était long depuis Navori, mais sa visite au Sanctuaire l'avait mis dans de bonnes dispositions. C'était une excellente nouvelle pour cet entretien, qui avait l'art, et pour cause, d'être pénible. Le moment choisi pour son hommage n'était pas non plus dû au hasard, car il lui permettait de se souvenir de ce qui importait. Il méditait, et trouvait ainsi plus de force pour s'opposer à la mort et au destin, qu'il rencontrait pourtant bien trop souvent à son goût. Il en ressortait l'esprit serein, et avec des arguments pour appuyer sa position face à un adversaire redoutable, qui ne manquerait aucune occasion pour le mettre en défaut. Et même si la situation actuelle n'excluait pas que d'autres sujets soient abordés, son existence dépendait toujours de l'issue de cette astreignante discussion.
La venue d'un visiteur impromptu n'avait fort heureusement rien gâché à son état d'esprit. Il avait été déconcerté par la volonté de la jeune femme à soulager son esprit tourmenté par la haine et les remords. Anesthésier son acrimonie et son chagrin n'était pas si facile, mais au moins avait-elle le mérite de vouloir essayer. Envers sa personne, c'était suffisamment rare pour que ce jour soit marqué d'une pierre blanche. Si elle paraissait au premier abord ingénue, elle n'ignorait pas la nature véritable des hommes. Elle gardait les pieds sur terre, aussi ironique que paraisse cette métaphore pour un avatar de l'air. Elle affichait une certaine candeur dans un monde empli de violence, sans être pour autant naïve ou fermer les yeux sur la réalité. Elle cherchait seulement à l'améliorer, à sa manière, et le rendre vivable pour le plus de personnes possible. C'était dans cette optique qu'elle avait cherché à l'aider. Lui, comme tout un chacun à ses yeux, méritait de vivre une vie décente et exempte de souffrances.
Avait-il été touché par son intervention ? Les intentions pures de la demoiselle étaient bien loin de ses propres préoccupations. Si elle avait réussi à effleurer son âme glacée, c'était trop ténu pour qu'il puisse s'en apercevoir consciemment. L'esprit vengeur ne consentirait jamais à admettre un tel paradoxe, encore moins à l'accepter. Et même si c'était le cas, son intelligence insensible ne lui permettrait pas de le manifester. "Tu es à moi..." Il retint un sifflement entre ses dents.

Le temps de d'arriver à destination, il avait retrouvé son calme. Cet indicent oublié, plus aucune pensée parasite ne pouvait venir ébranler les barrières érigées par sa minutieuse préparation. Même la vue des dernières Noxtoraa, établies aux limites du territoire conquis, ne put irriter son esprit imperturbable. Il lui suffit de penser qu'elles n'étaient plus que ruines, chacune d'entre elles avait été détruite dans les moindres recoins du pays, laissant le moins de traces possible afin de ne pas éveiller les souvenirs douloureux de l'occupation.

Quand l'homme parvint en vue du Temple, encore à une large distance de ses murs, la Lune avait depuis bien longtemps remplacé l'astre diurne, accompagnée de ses suivantes étoilées. Il lui faudrait encore du temps pour arriver à son pied. Mais sa vue de faucon lui suffisait amplement malgré l'éloignement et l'obscurité pour lui apprendre ce qu'il avait besoin de savoir. C'était l'un des "cadeaux" les plus explicites de sa condition : le renforcement de ses sens. Non qu'il ait jamais eu à se plaindre de sa vue, l'archerie ne lui était pas échu par hasard. Mais la qualité de sa vision ne connaissait à présent plus aucune comparaison. Il se savait capable de tirer une flèche jusqu'à la porte s'il le fallait, précisément dans la serrure. Même la Chouette ne lui aurait pas permis une telle prouesse, alors que son pouvoir dépassait déjà l'entendement humain. Cela allait encore bien au delà. Elle lui avait promis la force, elle n'avait pas menti. Elle le lui prouvait chaque jour.
Le Temple accueillait déjà un visiteur. Il vit la femme avec qui il avait collaboré des années durant, bon gré, mal gré, "frapper" à la porte et entrer. Elle ignorait tout de son accord avec son hôte, et tenait à ce que ce secret reste intact. Soit, il attendrait que son tour vienne. L'audience actuelle risquait de durer. Le jour serait sans doute levé quand elle toucherait à son terme. Ou la nuit suivante commencerait. Qu'importe, cela le laissait de marbre. Il ne manquait pas de patience.

Ses pas le rapprochèrent encore, il se tenait à présent à l'orée de la forêt qui bordait le territoire des Kinkou. Il était inutile de s'introduire plus avant, ni de signaler explicitement sa présence. Il était du reste probable que l'Oeil du Crépuscule sache déjà qu'il n'était pas loin. Il était une ombre qui rôdait, une menace latente pour l'équilibre... Le combattant n'avait pas gagné sa place uniquement pour son talent dans les arts martiaux. Il était doué pour sentir ses choses-là.
Un dernier regard vers la grand porte et les murs protecteurs avant de se détourner. L'archer choisit un arbre apparemment au hasard, et s'installa sur une haute branche, le dos appuyé contre le tronc rugueux. De cette position, il avait une belle perspective sur l'horizon, et une vue imprenable sur le domaine. Il saurait exactement à quel serait le moment opportun pour intervenir. Lorsque la Sagesse franchirait ces portes en sens inverse, il rencontrerait une fois de plus son destin.

En attendant, il cueillit un fruit à portée de main, et croqua nonchalamment dans la pulpe rafraîchissante.

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Shen
Forçons l'Equilibre
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Sam 18 Mar - 13:17
“Observer les étoiles” Ce sont sous ces termes que Maître Kusho et ses ancêtres décrivaient poétiquement sa responsabilité au sein du Clan. Mais cela signifiait bien plus ; savoir déceler et observer les signes était une chose, mais les interpréter est une tâche bien plus complexe. La moindre erreur de reconnaissance peut coûter cher au monde entier. Cependant, l’obligation la plus ardue était la prise impartiale de décision. Émettre un jugement sur une situation en connaissant le maximum de données. Rester distant, ignorer la compassion ou l’empathie. Les émotions embrouillent l’esprit, embrument les pensées et sabotent les choix.

Ce poids se transmet à chaque génération, dès que l’Oeil devient inapte à effectuer son rôle, incapable de voir correctement ou de juger sans se laisser submerger par les sentiments. Le titre ainsi que les tares qui l’accompagnent est légué à un autre membre du Kinkou, après une longue série d’épreuve douloureuse, aussi bien physiquement que mentalement pour séparer son esprit des tourments corporels ou mpsychologiques. Le dernier à s’être vu doté de la charge est Shen Kusho, le fils de l’ancien Maître. Mais avec cela, son père lui avait aussi légué ce qu’il n’avait pas eu la force ou le temps d’achever ; Jhin qu’il n’avait pas tué, Zed qu’il s’était contenté de bannir, ce qui causa sa mort, mais laissant aussi derrière lui des cas plus complexes ; tel celui de la Corruption.

Lorsque l’invasion d’Ionia par Noxus avait été lancée, ce fut le branle-bas de combat partout sur l’île, les maîtres d’armes insulaires étaient très doués mais furent submergés par les vagues incessantes de soldats noxiens, le combat n’était pas équitable et, aucun Ordre ne pouvait empêcher le destin d’Ionia. Carnage, massacre sanglant, destruction, tout et tous furent touchées par les combats, y compris certaines choses qui n’auraient jamais dues être dérangées …


Quelque chose n’allait pas, une perturbation forte et pourtant connue du Kinkou se réveillait aux alentour. Tout semblait craindre l’essence de ce mystérieux danger et pourtant, il paraissait toujours endormi voire plutôt maintenu, comme enchaîné et restreint. Il se déplaçait, avait vu son lieu de naissance et se dirigeait contre son gré vers le Monastère. Mais ses chaînes le protégeaient aussi, il les garderait encore … Mais combien de temps ? Les signes ne trompaient pas, Varus et la corruption étaient en route pour la région.

Déjà un an depuis sa dernière rencontre avec le Gardien, le temps passait bien trop vite. Les solutions elles ne se dessinaient que trop lentement. Cela faisait déjà plusieurs nuits que Shen songeait à cette entrevue. Les esprits s’agitaient en sentant la présence maudite de ce qui fut un homme, les rares rêves de l’Oeil lui montraient les ravages que causeraient la libération de ce pouvoir. Un monde rongé par la Corruption ; inarrêtable et pernicieuse, elle se cachait partout, avalant ceux qui n’étaient pas assez fort pour lui résister.

Personne n’avait réussi à protéger le sanctuaire, Kusho avait déjà commencé à perdre sa Vue, se laissant surmonter par les actes de Jhin et la fuite de Zed. Il avait craint pour lui et son Ordre plutôt que de protéger l'Équilibre et ce n’était pas sa première décision de la sorte ; il avait épargné le maître des Ombres et le démon doré, les laissant ainsi sévir encore à l’heure qu’il est. C’est ainsi que les adeptes du clan ne se mêlèrent pas au conflit. S’ils s’étaient opposés, cette source aurait pu rester condamnée ... Mais c’était désormais bien plus grave et le nouveau guerrier de l’Ombre n’avait pas encore résolu ces perturbations.

Varus était indéniablement le cas le plus complexe laissé par les Noxiens après la guerre : ce dernier était à la fois une menace et un renfort pour l’Equilibre. A tout moment il pouvait laisser une faille et se laisser maîtriser par son désir de vengeance sans pouvoir retrouver son état naturel. Il pourrait alors causer une destruction innommable. Cependant, il était l’unique frein à la propagation de cette essence sournoise dont personne n’en savait plus que sa nature chaotique. La mort du Gardien signifierait aussi la libération de son prisonnier ; le temps jouait contre eux. L’enfermement de Varus semblait tout aussi complexe ; il attiserait sa colère et son désir de vengeance et cela semblait renforcer la Corruption. Le seul accord qui avait été trouvé était cet entretien, une fois par an.

Ce soir-là, Shen s’était retiré toute la journée pour méditer. Son chi devrait être imperturbable, plus encore qu’à l’accoutumée. Si les tourments de l’archer venaient à s’attaquer à lui, cela serait synonyme de la destruction de l'Équilibre. Ses deux lames étaient prêtes elles aussi, l’une pouvait s’attaquer à l’homme si cela devenait strictement nécessaire et l’autre, à ce qui le rongeait dans le pire des cas.

Se déplaçant comme une ombre dans la nuit, le shinobi avançait dans la forêt qui se faisait bien silencieuse. Seul le vent murmurant dans les arbres tenait compagnie au ninja. Il s'éloignait du Monastère, rejoignant la limite du territoire désigné à l'Ordre. Le Gardien voulait toujours voir ce lieu mais en rester loin… Plus l’Oeil s’approchait, plus il percevait le danger. Discret comme une Ombre, il se mouvait avec méfiance jusqu’à l’archer qui se reposait dans un arbre. Rien autour, pas la moindre présence étrangère à part les deux Ioniens. Il se présenta alors à sa vue. Les habituelles questions se posèrent alors.

“Varus … où étiez-vous dernièrement ? Avez-vous quitté Ionia ?”
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Varus
Le Dernier Gardien
~ Papi Varus ~
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Mar 28 Mar - 14:36
Des lambeaux de chair étaient encore attachés autour du noyau. Le cadavre du fruit qu'il avait mangé gisait au pied de l'arbre, il le voyait nettement. La mangue était trop mûre, et bien qu'elle soit tout aussi nourrissante, les papilles humaines avaient fini par être écœurées. La saveur doucereuse et trop sucrée, en apparence appétissante, lui laissait un arrière-goût dans la bouche, comme le rejet de son estomac.
Le veilleur avait changé de position, et regardait au pied de l'arbre. Car commençait alors, un étrange ballet.

Une colonne de fourmis s'était formée, attirée par l'arrivée providentielle de nourriture. Elle défilait entre le monticule de terre, dissimulé sous les herbes et fougères, et les racines de l'arbre massif. La pulpe orange passait de mandibules en mandibules, en une chaîne continue et parfaitement coordonnée.
Certaines ouvrières transportaient elles-mêmes leur fardeau jusqu'à la fourmilière, en particulier lorsque leur gourmandise leur avait fait arracher une parcelle trop grosse pour être relayée. Parmi elles, une minuscule fourmi portait vaillamment un morceau de fruit qui devait faire trois fois son propre volume. Elle était empêtrée dans les fibres et le jus qui dégoulinait sur ses pattes, mais ne trébucha pas une seule fois, et finit par disparaître dans les profondeurs souterraines du tumulus.
Perché sur les hauteurs de son arbre, la vigie observait ce spectacle minuscule avec une immobilité de gargouille. C'était plaisant. Il en distinguait les moindres détails malgré l'obscurité et la végétation environnante. Il se demanda distraitement s'il verrait reparaître la petite ouvrière, et s'il pourrait la reconnaître. Cela occupait son esprit, ainsi distrait de préoccupations plus importantes mais inquiétantes, qui devenaient vite trop envahissantes.

Quelque chose lui fit relever la tête. Ce fut pourtant son seul mouvement. L'atmosphère du Temple avait changé. C'était subtil, ténu. Imperceptible pour le commun des mortels. Dans sa contemplation passive il avait perdu la notion du temps. La nuit était bien avancée et bientôt les rayons timides du soleil naissant éclaireraient les toits recourbés. Il avait manqué le départ de la sagesse. Peu importait, visiblement l'Oeil voulait prendre son temps. Le changement qu'il avait ressenti dans l'aura entourant les kinkou n'était rien d'autre que son comité d'accueil. Comme il s'en doutait, Shen était depuis longtemps averti de sa présence, et s'apprêtait à le recevoir.

L'archer était serein malgré l'hostilité ambiante. Il était parfaitement conscient de la méfiance qu'il suscitait, et devinait quelque part autour de lui les ombres se déployer. Il savait ne pas être en danger. Tant qu'il ne ferait rien d'inconsidéré. Telle était la nature de leur accord. L'idéalisme des Kusho frôlait la naïveté. Pourtant, aucun ne pouvait se plaindre d'avoir vu des dirigeants ennemis, quand il ne s'agissait de bataillons entiers, disparaître de la ligne de front pendant la guerre. Il avait fait regretter à un grand nombre de Noxiens d'avoir souillé la terre de ses ancêtres.
Evidemment, ce n'étaient pas ses actions tournant à l'avantage du pays, ni même la mort qu'il avait semée que l'Oeil du Crépuscule remettait en cause. Plutôt... sa manière de la distribuer. Car si la plupart de ses flèches étaient nettes et précises, certaines de ses victimes connaissaient un sort pire que la mort. Cette souffrance, Varus la vivait au quotidien. Il savait exactement quel présent macabre il offrait. Sa quête de vengeance avait un prix, et il en payait le tribut à chaque seconde. Combien d'officiers noxiens avait-il ainsi regardé se recroqueviller dans cette cruelle agonie... il en avait perdu le compte.

Sa chasse n'était pas terminée. Mais ce temps-là était révolu. Et aujourd'hui, c'était le visage de Shen qu'il voyait se tordre, réveillant sous le masque de ninja, celui de la souffrance. Varus agrippa l'écorce rugueuse. Etait-ce l'imminence de leur entretien qui avait engendré cette vision ? Certes, l'Oeil du Crépuscule était un obstacle depuis le premier jour. Et son père avant lui. Mais le kinkou était Ionien, et en tant que tel, il n'avait aucun désir de le tuer. Si cela arrivait, il n'en tirerait aucune satisfaction. Ce ne serait que par pure nécessité, et d'un point de vue objectif et pragmatique, il espérait que cela soit rapide.
Telle était la différence entre l'homme et la bête. Même s'ils ne faisaient qu'un, il était toujours plus simple de les désigner comme deux entités distinctes. La corruption ne voyait en Shen qu'une proie supplémentaire. L'homme voyait celui qui défendait l'équilibre, et dans une certaine mesure, ses propres intérêts. Ses doutes alimentaient cet instinct destructeur. Mais en cette occasion, l'humain seul devait s'imposer et parler. Il lui fallait réfréner ses ardeurs, taire ces pensées.
Shen ne serait de toute manière jamais une cible simple à abattre, même si la corruption lui avait donné une telle puissance qu'elle était convaincue de sa supériorité. Mais il ne pouvait pas la laisser se déployer à l'envi, et dans cette limite, Shen était l'un des plus redoutables adversaires que Varus aurait peut-être à affronter un jour. Il ne pouvait pas attenter à sa vie impunément. Cette obligation le pesait, mais il jouait beaucoup plus que son avenir. Il devait se raisonner.

L'Oeil du Crépuscule approchait. Si cela pouvait paraître surprenant, le gardien savait que le ninja ne venait pas sans protection. Toutefois, il apprécia l'initiative. Il se sentirait plus à l'aise ainsi, même à l'ombre du monastère, qu'entre les murs où des forces insoupçonnées lui hurleraient à chaque tournant leur envie de le tuer.
La proximité du temple kinkou était en soi une assurance suffisante face à la menace qu'il incarnait. Nul doute que le plus petit de ses disciples était au fait de sa présence, chacun d'entre eux prêt à intervenir. Les ninjas les plus expérimentés étaient dissimulés non loin, guettant les faits et gestes du corrompu. Et l'Oeil avait certainement utilisé son lien avec les esprits. S'il s'était avancé de manière conventionnelle, l'archer aurait disposé d'une fenêtre de tir incroyablement large pour l'atteindre. Une seule flèche, et tout aurait été fini. "Une seule flèche, et tu pouvais dire adieu à ta liberté."

Nombreux étaient ceux qui attendaient la moindre erreur de sa part. Les Invocateurs n'étaient pas les derniers sur cette liste, et Shen y figurait en bonne place. Les ombres autour de lui étaient sur le qui-vive, et n'attendraient pas la seconde suivante pour fondre sur lui s'il faisait un faux-pas. Varus connaissait suffisamment la puissance des kinkou pour savoir qu'il n'en sortirait pas indemne.
Si l'on ne pouvait le tuer impunément - et cela Shen l'avait bien assimilé - il y avait bien d'autres moyens de le maintenir en vie tout en étant certain de l'empêcher de nuire. Il devait donc maintenir l'illusion, donner l'impression qu'il n'était pas le danger qu'ils voyaient en lui. C'était un exercice plus complexe que pour les Noxiens, puisque dans leur camp, il lui suffisait de ne laisser aucun témoin, aucun survivant. Il disparaissait, nul ne pouvait dire comme ces escadres avaient disparu. Shen, lui, connaissait la vérité sur sa nature, parfaitement conscient de ce qu'elle représentait. Et sa crainte était on ne pouvait plus justifiée. Pour lui, le contrôle primait. Encore une fois, il allait devoir faire ses preuves.

Le ninja se révéla arrivé au pied de l'arbre. Sur sa branche, Varus le regardait. Tout ce temps, par égard et prudence pour l'observation des ninjas, il avait à peine bougé. Le visage masqué se leva droit sur lui, sans prendre la peine de le chercher des yeux. Il savait déjà où le trouver. En cela ils se ressemblaient. Ni l'un ni l'autre ne pouvait facilement être trompé. L'homme posa la question rituelle.

Varus … où étiez-vous dernièrement ? Avez-vous quitté Ionia ?

Avant le répondre, le gardien étendit ses jambes vers le vide, et décolla son dos du tronc. Quittant le confort relatif de sa branche, il sauta. Pendant les quelques secondes que dura sa chute, sa forme fut indistincte, même pour un œil exercé. Alors que la hauteur aurait pu briser la jambe d'un homme robuste, seul un bruit mat et léger indiqua qu'il avait touché le sol.
La créature qu'était Varus fit face à Shen, sans rien laisser paraître du débat houleux qui avait précédé quelques instants auparavant dans son propre esprit. Il était - autant que son allure le laissait supposer - détendu. Il se savait déjà évalué, soupesé, le regard de Shen le jaugeait au-delà de ce que les yeux pouvaient voir. Ce qu'il voyait réellement, Varus l'ignorait.

Les invocations se sont faites rares, ces temps.

Le ninja était un Champion de la Ligue, tout comme lui. Cette petite piqûre de rappel les mettait sur un pied d'égalité. Il lui remémorait également que les Invocateurs avaient cette désagréable tendance à lire les pensées. Celui avec qui il partageait son esprit avait un regard sur tout ce qu'il entreprenait. En cas de faille, l'Institut l'aurait sans doute enfermé, comme d'autres Champions, dans ses geôles. Cette surveillance, toutefois, devenait plus ténue avec les évènements récents, et bien que significative, ne suffisait pas à échapper à cette entrevue. Ce qui en ces temps troublés donnait encore plus d'importance et d'impact à cette dernière.
Varus répondait ainsi également à l'interrogation, de manière indirecte - et il devait l'admettre, partielle. Il quittait Ionia régulièrement, pour une nécessité que Shen connaissait bien. Il ne doutait nullement de la capacité de l'homme à comprendre les sous-entendus. Toutefois son interlocuteur n'était pas une personne avec qui il pouvait se permettre la moindre ambiguïté. Surmontant sa tendance au mutisme, le guerrier se força donc à préciser :

J'étais chez moi. Je suis sur le départ.

Cette affirmation amènerait d'autres questions. Varus les attendait, son regard sans âme dardé sur le ninja. La situation de la Ligue justifiait des voyages pour bien des Champions. Et bien que ses raisons soient plus obscures que pour d'autres, rien n'indiquait que la Flèche fasse exception.

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Shen
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Jeu 20 Avr - 18:58
Varus apparaissait très détendu, voire presque désinvolte. La situation semblait plus l’ennuyer qu’autre chose. Shen cependant gardait parfaitement son sérieux, guettant le moindre geste menaçant de l’archer. Il voyait tout autour de lui les mouvements chahuté des esprits, la présence corrompue perturbait les lieux et l’atmosphère était tendue. Le temps lui-même semblait se suspendre à leurs mots.

“Les invocations se sont faites rares, ces temps.” En effet, on ne pouvait pas lui faire dire le contraire. Le ninja comme le gardien était soumis de façon relative à l’Institut de la guerre bien que la situation du jour soit justement bien différente, toujours en théorie sous leur joug, les deux champions se voyaient libérés de leur présence pour une durée indéterminée. Pendant vingt-cinq an le Kinkou avait pu compter sur la League pour maintenir un contrôle sur les ennemis de l’Equilibre mais aujourd’hui le clan ionien se retrouvait seul dans ce monde si chaotique. Les invocations régulaient la présence de chaque champion et son état.  La séquestration dans un temple ionien devenait envisageable mais uniquement en dernier recours ; l’Oeil ne voulait pas répéter l’erreur de son père pour le Démon Doré. Captif, le Gardien pourrait laisser se libérer la puissance corrompue qu’il contenait en lui, et ce de façon plus dévastatrice encore que ce dont il est capable pour l’instant.

"J'étais chez moi." Chez lui … Cela signifiait sûrement les ruines de son ancien temple, détruit par les Noxiens. Sa rage macérait en lui, cela pouvait se montrer dangereux par la suite si elle venait à le submerger. Si ce lieu pouvait lui apporter en apparence du calme et un contrôle sur lui-même, il était aussi l’origine du Puit corrompu. Pallas le protégeait et le rendait plus dangereux encore, son exposition à ses souvenirs si douloureux ne devaient pas être trop prolongée.

"Je suis sur le départ." Cela par contre était plus inattendu. Aux yeux du ninja quelque soit la raison de ce départ elle ne pouvait être sans risques ; soit son désir de vengeance montait à nouveau et il allait semer la mort à Noxus, soit il était mêlé aux Invocateurs ou, sûrement le pire, quelqu’un le manipulait, ou en tout cas lui donnait l’envie de quitter sa désolation. Cet homme était dangereux.

“Il n’est pas bon que vous quittiez Ionia vous le savez. Pourquoi comptez vous partir ?”

Toujours en inspectant les moindres réactions humaines, Shen ouvrit son regard vers l’Autre Monde, prêt à sentir le moindre mouvement de la corruption. Si ce n’était pas celle-ci qui le guidait alors une enquête sur Pallas serait menée. Personne ne devait pénétrer dans le temple maudit.

Les Esprits sont des êtres particuliers, liés à d’autres émotions. Certains ne connaissent pas le monde classique, d’autres veulent y entrer et certains y arrivent. Mais une partie se contente de regarder à travers la barrière. Ils ne perturbent en rien les évènements qui ont lieu mais voient le monde bien autrement. Shen était capable d’adopter cette même vision. L’essence des choses lui apparaissait, tout comme les quelques esprits téméraires et curieux qui observaient la scène de loin.

Autour de Varus se répandait une aura de violence et de haine forte, plus concentrée encore en lui. Elle grandissait toujours et ce chaque fois qu’il le voyait. Mais cette croissance se montrait encore lente, contenable. Il savait garder en lui ses émotions … Pour l’instant. Mais des failles existaient. Mais plus elle grandissait et plus la corruption semblait être vivante elle aussi, pas uniquement une masse corrompue, plutôt une matière consciente, insidieuse et sournoise manipulant celui dont elle avait pris possession et ce, selon une volonté propre. Serait-il possible de tuer la corruption ? Et ce sans risquer de détruire sa prison en premier lieu … Le risque était encore trop grand. Mais dans le cas où la probabilité qu’elle sorte par ses propres moyens devienne grande, qui faudrait-il tuer ?

Shen continuait de le fixer … Si l’archer corrompu restait sa colère risquait d’enfler à nouveau et d’éclater sur des innocents, mais s’il partait, le risque était de le voir disparaître longtemps … Et son retour pourrait se montrer plus problématique encore.

“Vous êtes bien conscient que je ne vous laisserais pas partir sans une bonne raison d’une part, et la certitude que vous et ce qui sera autour de vous en ce moment-là soit parfaitement en sécurité ?”
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