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Sanctuaire oublié [Janna/Varus]

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Varus
Le Dernier Gardien
~ Papi Varus ~
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Date d'inscription : 15/01/2017
Jeu 9 Fév - 21:17
Un léger alizé agitait les feuilles tendres. Une forêt luxuriante et exotique, sans être excessivement dense, typique des îles de Ionia. De nombreuses variétés végétales s'y développaient depuis des temps immémoriaux, croissant grâce à un soleil généreux et à l'eau abondant dans les sous-sols. Elle nourrissait une faune aussi chatoyante que sa flore, des insectes multicolores butinaient joyeusement des fleurs dont les vifs atours étaient uniquement destinés à les attirer. Ce bois lumineux abritait certainement de nombreux sentiers et sanctuaires cachés, imprégné du mysticisme si cher aux Ioniens.

Pourtant ce petit coin de paradis s'interrompait brusquement, dégageant la vue sur une plaine où la nature n'avait pas encore totalement repris ses droits. La coupure était brusque, trop nette pour être naturelle. C'en était presque violent, comme une cicatrice laissée dans la terre par un labour furieux et indélicat. C'était un champ en friche, un désert relativement paisible. Le temps et la main des hommes avaient effacé bien des traces.
Le paysage aurait été bien monotone s'il n'avait été légèrement vallonné. Une petite colline se dressait à portée de regard, rendue notable par la présence d'une construction à son sommet, égayant un peu le reste de la plaine avec un environnement direct très coloré. Car sur la colline s'épanouissait un petit champ de fleurs, comme une haie d'honneur annonçant les pointes dressées d'un petit temple. Des habitations ? Non, personne ne vivait là, il s'agissait d'une bâtisse isolée, un sanctuaire parmi tant d'autres. Le village le plus proche se trouvait à des kilomètres, et ses habitants se gardaient bien de parler de cette colline aux étrangers. Non qu'elle ne soit remarquable à plusieurs égards, mais cela paraissait comme rouvrir une vieille blessure, et nul ne souhaitait replonger dans ces souvenirs. Ce lieu avait donc bien peu de visiteurs. Méconnu, presque oublié, un curieux pour le visiter devait déjà passer à proximité.

L'atmosphère qui s'en dégageait toutefois en s'en approchant, rompant avec le charme pittoresque que l'on croyait voir de loin, avait quelque chose de lugubre, sans être vraiment malsain. Les fleurs alors se révélaient particulièrement odorantes, leurs effluves dispersées par le vent. Certaines étaient rouges vif, d'autres tendaient vers le prune, ou étaient encore cramoisies, violines. Toutes dans des teintes similaires, rendant une luminosité singulière même en plein jour, qui accentuait avec leur parfum capiteux cette sensation quelque peu oppressante.
Si l'on suivait les croyances populaires locales, chaque lieu ayant une histoire suffisamment forte était marqué à jamais. Imprégné des joies comme des peines, une personne sensible pouvait presque ressentir les évènements qui s'y étaient déroulés. Ce phénomène relevait du domaine des esprits, un mortel serait bien en mal de l'expliquer. Mais cela apparaissait ici comme être un peu plus qu'une légende, il n'était pas difficile d'être convaincu qu'une grande tragédie s'était perpétrée à cet endroit précis.

Le bâtiment en lui-même était de simple facture. Bâti à la mode ionienne, il était orné d'arches recourbées vers le ciel. Sa construction était récente, pas plus de quelques décennies, pourtant les peintures semblaient ternes. Seules les arches de bois étaient réellement colorées, rouges comme un écho aux plantes qui avaient poussé tout autour. Un chemin traversait le jardin pour le moins sauvage, parsemé de gravillons noirs et bordé de fleurs qui tendaient plus vers le noir que le pourpre. Plus grand qu'on ne pouvait s'y attendre de loin, l'édifice ne laissait apparaître aucune des fresques traditionnelles, ni signe distinctif d'un culte quelconque. Modeste, dans cette simplicité affectée il en paraissait austère.
Seul le gardien des lieux était ostensiblement visible sur le linteau de l'entrée, sous les traits d'une chouette aux ailes repliées et au regard perçant, comme si elle observait le visiteur afin de juger s'il était digne de son hospitalité. Le petit temple n'étant fermé par aucune porte, elle ne pouvait pourtant empêcher personne de pénétrer son domaine. L'animal était ciselé dans le bois pour la pérennité, ses sillons remplis de peinture dorée, se détachant autant sur le rouge de l'arche que l'ocre des murs. Il était représenté de façon singulière, bien que reconnaissable. Ses formes étaient volontairement décousues, les liens entre ses membres se contentaient d'être suggérés, aucun ne se touchait vraiment. Ces lignes croisées et éclatées avait une connotation tribale, et pour un pratiquant de magie, passaient aisément pour des runes.

Passé le seuil, le temple découvrait une pièce unique à la décoration sobre, presque inexistante. Le plancher d'amarante poli, pourpre et doux au toucher, invitait comme il était de coutume à se délester de ses chaussures avant de poser les pieds dessus. Les murs pâles étaient couverts de gravures dorées, une écriture linéaire et dense qui en couvrait toute la surface. Le mur du fond était le seul épargné, resté nu. De près cela devenait évident. Des noms. Des centaines et des centaines de noms.
Au centre se dressait un petit autel à peine surélevé par rapport au sol. Une coupelle à encens était posée sur le marbre gris. Un morceau de résine y fumait. Le temple accueillait bien quelque visiteur après tout. A l'odeur douçâtre qui avait envahi la pièce, on devinait la myrrhe. Un encens rare et précieux, à la hauteur de l'hommage que l'on voulait rendre. L'autel précédait une stèle, aussi simple que le reste du décor, qui apparaissait presque comme une pierre tombale maintenant qu'était assimilée la fonction du mémorial.

"Cette terre a vu naître et grandir chacun d'entre vous sous le signe de la sagesse."
"Ionia est fière de vous, Gardiens de Pallas."

Plusieurs noms étaient incrustés dans la pierre noire en lettres dorées. Gardiens de quoi ? Le dernier était séparé des autres, quatre noms écrits plus petits lui succédaient.

"Que puisse enfin reposer le dernier Gardien."

VARUS
Seira,
Theshan, Aïsa, Maori

Une chouette similaire à celle de l'entrée, posée en vigie attentive, ailes déployées, surmontait la première épitaphe, tandis qu'une autre, yeux clos et ailes rabattues sur son corps, clôturait cette courte liste.

Ce jour-là, le silence solennel était rompu par le bruit ténu d'une respiration paisible, profonde et régulière. Dans le fond de la pièce, où la lumière avait le plus de mal à parvenir, une silhouette se découpait, éclairée chichement par les rayons du soleil entrant par l'unique issue. Assis en position de lotus sans toucher les dorures du mur, l'homme semblait plongé dans une profonde méditation.
Rien ne semblait pouvoir faire frémir ses paupières, pas même le léger souffle d'air qui balaya un instant les cheveux de son visage, dévoilant brièvement sur son front la pierre sanglante de son diadème. La myrrhe qui se consumait lentement sur l'autel, de même que l'entretien du chemin, étaient certainement de son fait.
Les reflets pourpres des fleurs parées de passion ne suffisaient pas à rendre un peu de chaleur à sa peau maladive et blême. Ses longs cheveux blancs tombaient sur ses épaules, son torse et son dos. Ils ne laissaient apparaître les traits de son tatouage que par intermittence. Les lignes étaient interrompues par une pierre circulaire au niveau du cœur, qui semblait émettre sa propre lumière à intervalles réguliers. On pouvait tout de même reconnaître dans ces ornements des motifs identiques à ceux de la chouette, symbole de ce sanctuaire.
Ses mains reposaient sur ses cuisses, habillées comme elles de cette parure sombre si caractéristique. A son côté, reposaient sur une étoffe rouge soigneusement pliée d'épaisses lanières de cuir serties de métal et un peigne argenté.

Pour une personne ayant appartenu à la Ligue, le Veilleur était aisément identifiable. Tous cependant ne connaissaient pas son nom, surtout qu'il paraissait pour extrêmement effacé, et ne parlait jamais plus que le strict nécessaire. Il ne fallait pas s'attendre à surprendre une discussion au détour d'un couloir. Il ne s'attardait pas, ne s'arrêtait jamais longtemps. Il n'était toujours que de passage.
Le voir ainsi, parfaitement immobile, reposant avec une assurance tranquille, lui donnait une aura tout autre, habituellement dominée par la méfiance. Il était constamment sur ses gardes et les muscles tendus comme s'il était toujours sur le point de bander son arc. C'était sa manière d'être. Ici, il paraissait serein, mais c'était une exception. Manifestement, il était chez lui.

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Sam 11 Fév - 0:25
Son long voyage avait débuté depuis plusieurs mois à présent. De chemins en chemins, de villes en villes, traversant les pays et les cultures; Janna était à présent dans la belle contrée de Ionia. Depuis son retrait de la Ligue, elle n'avait eu cesse de rechercher des enfants abandonnés, ou encore des personnes à aider.

Mais en ce beau jour, elle se retrouvait dans un paysage magique, presque irréel. Et son vent l'accompagnait, chamboulant un peu ce vaste et paisible endroit. Ionia réservait donc d'aussi belles surprises ? Elle en fut plus que ravie. C'était un endroit plus qu'approprié pour vivre et s'épanouir.

Vadrouillant dans ce fabuleux pays, loin de Zaun et de sa toxicité étouffante, Janna devait se l'avouer : Elle pourrai vivre une vie tranquille ici. Mais elle n'en fit rien. Elle préférait bien plus sacrifier sa propre vie pour aider ceux qui en avaient besoin.

Cependant, son voyage finit par la conduire dans un endroit isolé, emplit de couleurs sombres mais pourtant si belles. Un endroit débordant de pourpre. Un endroit aussi chaotique que magnifique. Un temple ionien dans toute sa splendeur... Et pourtant si triste.

Le cœur de la jeune femme se mit à tambouriner dans sa poitrine. La douleur que cela créa lui arracha une grimace. Elle avait peine à reprendre son souffle et des larme perlaient au coin de ses yeux. Pourquoi est-ce qu'elle se sentait si mal ? Elle se sentait opprimée, compressée, étouffée... Et terriblement triste.

Elle déglutit, prenant son courage à deux mains. Et en un souffle elle tenta de reprendre contenance. C'est avec un esprit déterminé qu'elle continua son chemin, allant directement à l'entrée de cet endroit maudit. La bâtisse était impressionnante, Janna se sentit terriblement intimidée devant cette  arche à la couleur sanguinolente servant d'entrée au temple.

Une odeur vint chatouiller ses narines, une odeur délicate. Une odeur de feu se mélangeait à celle-ci. De l'encens, probablement. Après tout, c'était propice à l'endroit. Mais malgré les dorures, toutes ces choses merveilleuses qui pouvaient illuminer le regard de n'importe qui, Janna préféra se concentrer sur une tâche plus sombre dans un coin de la pièce.

C'était un animal, non, une silhouette humanoïde ? C'était un humain, ou l'équivalent physique, assis, presque recroquevillé sur lui-même. Janna s'approcha lentement, sans aucun bruit possible car elle ne touchait pas le sol. Et la silhouette se dessinait petit à petit. Un homme d'une belle carrure s'imposait à ses yeux lorsque ceux-ci furent bien plus habitués à la pénombre. Elle ne pu s'empêcher d'admirer sa beauté.

Mais la jeune sylphe porta son attention sur les membres meurtris de l'homme, et cela l'inquiéta grandement. Elle parvint à devenir très proche du jeune homme et sans vraiment se poser de questions elle posa sa main frêle et douce, sa main gracieuse et calme, sur la joue du fruit de ses inquiétudes.

Elle le sorti de sa méditation, lui qui n'avait même pas pu la sentir approcher. Il sembla presque sursauter sur le moment, ou alors c'était l'imagination de la jeune mage. Néanmoins, une fois qu'il eut planté ses yeux presque haineux dans ceux de Janna elle prit sa voix la plus douce, un peu rauque à cause du long silence qu'elle avait du avoir.

« Vous allez bien ? », sa voix tremblait légèrement, montrant toute l'inquiétude qu'elle pouvait avoir dans le cœur.
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Varus
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Sam 11 Fév - 13:16
Le vent, il l'avait senti. Comme une brise fraîche voulant jouer sur sa peau, déliant ses cheveux pour qu'ils l'accompagnent dans sa caresse. Il ne se doutait pas que ce dernier était venu accompagné. Ses sens étaient tout à sa prière, et s'il entendait son environnement, il ne lui accordait que peu d'importance. Personne ne venait dans cet endroit reculé. Les Ioniens avaient trop de bon sens - ou trop de chagrin, ce qui revenait au même - pour se risquer sur cette terre, et les étrangers n'empruntaient pas cette voie, trop éloignée des lieux d'échanges et des routes commerciales. Il pouvait méditer en paix.

Bien qu'il ait été guidé au départ par le deuil et les regrets, il avait adopté ce temple comme un repaire. Un repère, aussi, peut-être. C'était ici que tout avait commencé... que tout avait fini. La désolation de la plaine témoignait encore du passage de milliers de bottes, des machines de guerre et des inventions démentes des zaunites. Une balafre qui s'étendait vers le nord mais qui n'avait jamais réussi à conquérir plus loin que Navori, ayant fait face à toute la fureur de vivre et à la soif de liberté des Ioniens. Si chaque lieu avait son histoire, chaque région sa secte, son culte, sa philosophie, l'attaque de Noxus avait eu le mérite de prouver au monde que derrière cette culture en apparence dispersée, Ionia était à jamais une nation unie et digne. Sa bannière, quelque soit la forme qu'elle prenait, restait la paix et la liberté. Même s'il fallait se battre pour elles, même si la violence était le dernier recours.
Et lui... Lui était un dommage collatéral. Du moins était considéré comme tel. Une anomalie, pensaient-ils. Naïfs. Ils avaient refusé de l'écouter, alors, et préféré l'enterrer au côté des autres Gardiens. Il restait ainsi un héros aux yeux de la population. Un héros mort. Il n'était pas un héros. Il ne l'était plus depuis ce jour-là. "Tu es la vengeance." Il n'était rien que ce monde pouvait comprendre. Il avait renoncé à l'expliquer. Il savait qui il était, ce qu'il était, quel était son rôle, et quand tout cela se terminerait. C'était suffisant.

A cet instant son esprit était loin de ces considérations, bien que ses réflexions soient retournées en permanence par une source étrangère, à laquelle il s'était habituée. "Tu n'es pas seul." Sans un mot, même en pensée, il priait. Seira écoutait-elle les notes de sa voix, maintenant qu'elle avait rejoint les Anciens ? Il n'avait aucun désir à exprimer, aucune requête. C'était un hommage dans le silence, qui durait, il le savait, depuis de longues heures. C'était un combat, également, car ainsi apaisé, il renforçait ses barrières mentales et physiques, repoussait l'avancée inexorable de son agonie. Il avait encore besoin de temps pour se ressourcer. Un sursis. Il devait montrer à l'Œil du Crépuscule une maîtrise irréprochable, sa survie en dépendait. Quand sa tâche serait terminée, alors seulement, il se rendrait. Et accepterait le sort qui lui était réservé. La mort était une amie qui depuis longtemps déjà frappait à sa porte, attendant patiemment le moment où il lui ouvrirait. Encore un peu de temps...

Un contact. Il sortit de sa méditation avec stupeur. Le vent n'était pas venu seul, et en la voyant, il comprit pourquoi, dans sa transe profonde, il ne l'avait pas perçue. Un avatar de l'air. Son corps entier avait réagi instinctivement, immédiatement tendu, prêt à se défendre. Il sut que son regard, dévoilé trop soudainement, avait pris un instant l'éclat de la colère, à mi-chemin de la haine. Il observa le visage qui était penché sur le sien, manquant visiblement de prudence. Ce qu'il lisait dans les yeux d'azur n'était autre que de l'inquiétude. Aucune animosité. Muscle par muscle, il se força à se détendre.

Vous allez bien ?

Le temps qu'elle prononce ces paroles, le calme était revenu dans son être, il avait retrouvé en grande partie la sérénité qu'elle avait malgré elle effacé en un coup de vent. Il ne devait pas perdre le contrôle, ni le bénéfice de cette méditation. Mais de l'extérieur, il doutait que cela fasse grande différence. Ses yeux entièrement blancs, fixés sur la femme frêle, n'exprimeraient toujours que le froid et le vide d'une âme tourmentée. Elle avait seulement pu sentir la mâchoire de l'homme se déraidir sous sa main, après une contraction réflexe et brutale au moment où elle l'avait touché. La pulsation de la pierre opaline était à nouveau lente, et sa respiration paisible.
Quittant son immobilité de nénuphar, c'est avec une certaine raideur qu'il souleva sa main, pour la porter jusqu'à celle de la sylphe. Elle était fraîche, c'en était presque douloureux. Avec autant de délicatesse qu'il en était capable, comme pour ne pas la blesser, il la détacha lentement de son visage. La peau de l'homme était chaude, trop chaude, comme une fièvre qui couvait sans symptôme. Sa main elle, était brûlante. Dès que le contact avec sa joue fut rompu, il la relâcha, continuant de scruter les yeux couleur de ciel. Ses lèvres s'entrouvrirent, pas plus que le nécessaire, pour répondre, plus sèchement qu'il ne l'aurait souhaité.

Je vais bien.

C'était faux. Il n'irait plus jamais "bien". Mais ces quelques mots suffirent à la jeune femme pour comprendre une chose. Le malaise qu'elle avait ressenti en approchant de ce sanctuaire n'était pas seulement dû à l'histoire du lieu, pourtant déjà pesante et teintée d'une infinie tristesse. Cette mélancolie, elle la ressentait également venant de cet homme, d'une manière cruelle et exacerbée. Comme le laissaient deviner ses tatouages identiques à l'animal qui hantait ces lieux, il était étroitement lié aux évènements qui s'étaient déroulés ici. Et l'écho sombre dans sa voix, comme un roulement de tonnerre venant du fond de sa gorge, n'annonçait rien de bon. C'était une conviction. Un avertissement. Elle aurait aisément fait trembler, sinon fuir, n'importe quel faible d'esprit. Cette voix, tout comme la créature qui se tenait, toujours assise, devant elle, était indéniablement contre-nature.

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Lun 13 Fév - 0:41
Suite aux paroles froides et sans once d'émotions de Varus, Janna fut un instant prise de frissons. Elle eut quelques sueurs froides et son cœur s'emballa. La nausée, la vue floutée, et le souffle court Janna se laissa lentement glisser à genoux sur le sol dur et froid du sanctuaire. Son corps prit de sursauts elle semblait ne plus pouvoir contrôler ce qui allait arriver.

Les yeux rivés dans le vide, elle semblait blêmir ou avoir vu une chose horrible. Ramenant ses mains tremblotantes à sa poitrine, elle tentait de respirer le plus calmement possible, sans succès. Pourquoi ? Les larmes affluaient dans ses yeux bleus lagon et elle les laissa lamentablement s'écraser au sol sans montrer une quelconque émotion sur son si joli visage, trop préoccupée par ce qui lui arrivait.

Elle était envahie d'une armée de sentiments, comme si le seul contact qu'elle avait eu avec l'âme vengeresse lui avait électrisé le cœur et le cerveau. Elle avait pu sentir une vague de chaos parcourir son corps. Ce toucher l'avait profondément touchée, au plus profond de son âme elle pouvait sentir toute la détresse qu'avait pu ressentir cet homme, elle sentait tout le désespoir, toute la tristesse... Et tout ces sentiments meurtriers.

Ses yeux se dirigèrent rapidement vers les murs du temple, elle lisait les noms en lettres dorées rapidement. Son regard semblait s'affoler, paniquer. Les lettres n'étaient plus de la même couleur. Elles était sanglantes. Elle tournait rapidement la tête dans toutes les directions, vers tous ces noms qui changeaient constamment. Elle respirait rapidement. Et semblait enfin comprendre le but premier de l'endroit où elle se trouvait. Elle pouvait enfin comprendre toutes ces âmes perdues.

Des voix portées par le vent lui parvenaient, des cris, des pleurs. C'était des voix enfantines, ou plus âgées, des voix de femmes et d'homme Ioniens. Ces voix incessantes racontaient une page de leur histoire, elles racontaient l'épilogue de leurs vies. Et elles le faisaient à l'unisson. Comme un écho dévastateur, un brouhaha funèste.

La jeune femme ferma les yeux avec force. Elle ne devait pas voir ces noms. Mais les voix ne semblaient pas cesser de l'harceler. Posant ses mains sur sa bouche, Janna se retint fermement de vomir le peu de nourriture qu'elle portait dans l'estomac. Et pourquoi cette odeur de sang lui chatouillait les narines ? Non, pourquoi elle remplissait ses poumons déjà meurtris par sa respiration saccadée ?

Dans le peu de lucidité qu'elle pouvait avoir, une question simple et pure lui vint en tête.

Est-ce que cet homme à les yeux aussi blancs parce qu'il est aveugle ? Est-ce pour ne plus voir ces noms ?

Mais à peine eut-elle pensé à cette interrogation que tout cessa. Le silence revint brusquement, plus aucun bruit ne pouvait être capté par les sens de la mage. Rien. Le néant. Un silence mortel. Presque aussi mortel que les paroles l'ayant assaillie. Même le vent semblait suspendu.

Les odeurs, les frissons, l'oppression de l'histoire qu'on lui racontait. Tout avait disparu. Elle était assise là, regardant le sol à présent mouillé d'eau salée. Elle reprit lentement pleinement conscience de ses membres, de sa position et du temps dont elle avait perdu la notion. Depuis combien de temps était-elle dans cette transe ?

C'est à ce moment que Janna releva la tête afin de diriger son regard vers les dorures des murs qui semblaient aussi belles qu'au départ. Elle les regarda longuement en silence avant de détourner son regard vers la seule et unique source de vie, autre qu'elle, présente dans cet endroit maudit. Varus.

"Je ne sais pas qui vous êtes, ni ce que vous avez fait... Mais je reste prête à vous aider, et à vous comprendre."

Elle avait du détourner le regard pour prononcer ces paroles. Elle souhaitait l'aider mais n'osait pas le regarder en face avec tout ce qu'elle avait pu voir. Ces atrocités se rejouaient en boucle dans sa tête et son sang jaillissait dans ses tempes. Elle devait comprendre cet homme, savoir ce qui s'était réellement passé. Et elle s'en donnerai la peine.
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Varus
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Jeu 16 Fév - 15:26
La jeune femme s'était effondrée avant qu'il n'ait le temps de réaliser ce qui arrivait. A vivre dans la solitude la plus complète, il avait presque oublié ce que son contact pouvait provoquer. Entendre sa voix avait été pour elle un déclencheur, le catalyseur irrémédiable d'une illusion dévastatrice. Sans le vouloir, il avait réveillé pour elle toute la souffrance endormie depuis des années, dévoilant à ses yeux et à ses sens toute l'horreur du massacre qui s'était déroulé à ses pieds. Elle tirait sa force des souvenirs même de l'archer, puisant dans son expérience profonde et amère pour nourrir ces visions de cauchemar, imbibées de deuil, de ressentiment, de désespoir. "Maudit. C'est mon fardeau, pas le sien !"
Il les voyait aussi, ces lettres imprimées sur sa rétine dans le sang. Elles étaient blessées, comme les âmes dont elles charriaient les noms, lourdes de sens, et dégoulinaient sur les murs de vermeil et de pourpre, jusqu'à recouvrir toute la beauté des dorures savamment travaillées. Lui les voyait également brûler, emportées par les flammes noires qui étaient le prix de sa malédiction. Il le ressentait dans sa chair à chaque instant. La brûlure de son âme, à laquelle répondaient des milliers d'autres, et son cœur, son cœur... ses sentiments éparpillés aux quatre vents, pour ne lui laisser que la haine.
Pour lui, cette vision était créée par le mal tapi au fond de son être. Il s'y était depuis longtemps habitué, et voyait au travers, bien au-delà. Pour elle, c'était le fruit d'une extrême empathie. Elle était exacerbée par la puissance de ses propres émotions, qui la projetaient sans filet dans le passé, alimentée par le feu de ses pensées et de son désir de vengeance.

Ces illusions, il les connaissait. Il les percevait depuis le jour où il était devenu le Gardien, où il s'était rendu au Temple pour consacrer sa vie à ce rôle. Il avait été tenté, plusieurs fois. Il n'y avait pas cédé. Pourtant certaines de ces visions s'étaient réalisées. Il n'avait pas vieilli, alors que tous ses proches n'étaient plus que poussière mêlée à la terre de cette colline. Il avait vu les flammes détruire son village, consumer le ciel et la montagne, dévorer sa raison. Le sang coulait de ses mains. Il le voyait toujours. Et pour toujours, il était seul.
"Cephel." Pourquoi était-il parti si tôt ? Son maître, son ami. Avec lui, il aurait pu sauver le village, protéger le Temple. "Pourquoi en es-tu si sûr ?" Le doute et l'incertitude s'immisçaient dans son esprit. Cela ne venait pas de lui, mais il ne pouvait nier la justesse du raisonnement. La magie avait quitté le précédent Gardien au moment où il lui avait transmis sa charge. Le nouveau Gardien héritait de la Chouette les pouvoirs relatifs à sa fonction. Le précédent, délié de son serment, en était dépossédé. Et avec eux, il perdait également la bénédiction d'une vie longue et sans âge. Aussi vaillant et fort qu'il l'avait prouvé, s'il avait survécu son maître n'aurait été, débarrassé de ses attributs de Gardien, plus qu'un vieil homme pourvu d'une épée. "Toi, tu vis." Il vivait. Cela lui inspirait un soupir de dédain, qu'il retint cependant. Non, Cephel était bien où il se trouvait. Il avait eu la vie et la mort qu'il méritait. Il n'aurait rien pu empêcher. Le destin lui avait-il au moins épargné de voir la chute de Pallas. Et ce qu'il était devenu, lui. Un rire raisonna à nouveau dans son esprit, sardonique. "Tu as tort." Il aurait compris.

Ses idées noires lui donnaient d'ailleurs une étrange intuition. Malgré ses constants efforts, malgré sa méditation et le contrôle rigoureux de l'Oeil du Crépuscule, l'heure arriverait bientôt où il atteindrait ses limites. Alors il croiserait à nouveau la route des jumeaux. Mais la porte, cette fois encore, serait fermée.

Le silence était absolu. Ses sentiments tournés vers son vieil ami lui avait permis de faire le vide. Il s'efforça de calmer le flot de ses pensées, de les détourner des images perverties par la corruption. De revenir, pour lui et pour la jeune femme qui gisait devant lui, à la réalité. Si elle était aussi sensible, le moindre afflux émotionnel pouvait la faire plonger à nouveau, jusqu'à déséquilibrer son mental de manière péremptoire. Ce n'était pas ce qu'il souhaitait. Il voyait en elle une âme bien trop pure, son parfait opposé. Il devait la préserver. Mais il savait à quel point il était prompt à lui-même se laisser submerger par le chagrin, la rancœur, la colère. Autant d'influences néfastes pour l'esprit innocent qu'il avait sous les yeux.
Sa position avait progressivement changé. D'un mouvement tout d'abord imperceptible, il était maintenant appuyé sur un genou, l'autre relevé devant sa poitrine, soutenant son bras. Il observait la sylphide, qui lentement reprenait pied dans le monde matériel. Elle ne pourrait oublier ce qu'elle avait vu. Il espérait seulement que cela ne laisserait pas une plaie sanguinolente dans son âme, qu'il était incapable de soigner. Il espérait... Pouvait-il l'aider ? Il avait annihilé la vision, enfoui sa haine. Il ne pouvait pas faire plus. Sa main tressaillit. Son esprit amorçait le geste pour aider la nymphe à se relever. "Non." Il banda sa volonté, se forçant à rester immobile. Même si pour cela, il devait passer pour inhumain, plus insensible et inébranlable qu'un rocher. Elle voulait qu'il la touche. Il n'en ferait rien. S'il la touchait maintenant, son cauchemar recommencerait. Plus virulent, plus intense. Elle pourrait ne jamais se réveiller. Et la corruption la prendrait, à son tour. Cela, il ne le permettrait jamais. "Tu es à moi."

Un souffle parvint à ses oreilles. Le vent était revenu, en même temps que la respiration de la jeune femme. S'il n'en montra rien, il en fut soulagé. Elle regarda autour d'elle, redécouvrant son environnement, la beauté du décor, la chaleur du bois sous elle. Puis ses yeux bleus se posèrent, brièvement, sur lui. Elle ne put soutenir son regard et détourna rapidement le sien. Réaction instinctive. Compréhensible. Elle allait partir. C'était mieux.

Je ne sais pas qui vous êtes, ni ce que vous avez fait... Mais je reste prête à vous aider, et à vous comprendre.

La voix cristalline brisa en éclats ses prédictions. Il releva ses yeux vides vers elle, et l'observa encore une fois. Elle était on ne pouvait plus sincère. Et lui sincèrement surpris. Il n'avait pas quitté sa posture de faucon, mais lorsqu'il répondit, sa voix si sombre était emprunte d'une douceur insoupçonnée, presque humaine. Sa solitude devint moins pesante, l'atmosphère du lieu parut d'un coup libérée. Ce qu'elle entendit ne fut rien d'autre qu'une ferveur incrédule.

Tu veux connaître mon histoire ?

Leur histoire. Le ton qu'il avait employé était plus précis que s'il s'était prononcé en leur nom à tous. Sa destinée était étroitement liée à ce lieu, et aux âmes qui hantaient sa mémoire. Le comprendre était impossible. Il ne croyait pas un esprit humain capable d'un cheminement aussi complexe. Elle ne lui serait d'aucune aide. C'était sans espoir. Il en était conscient. Mais si elle le souhaitait vraiment, il était prêt à lui parler.

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Dim 19 Fév - 17:56
Janna ne répondit pas immédiatement. Elle regarda les bras meurtris de Varus. Puis lorsqu'elle releva le visage vers lui, elle affichait une détermination et une vivacité que Varus n'avait pu voir auparavant. Elle sentait son cœur battre plus vite, elle était prise d'adrénaline. Son cerveau bouillonnait tant elle avait envie de savoir ce qu'il s'était passé. Même si elle appréhendait le tout aussi.

"Je le veux. Je veux en savoir plus sur vous, et votre passé. Sur le pourquoi du comment vos membres sont aussi difformes et surnaturels. Je veux pouvoir vous aider."

Elle se pinçait les lèvres, car après tout peut-être n'aimerai-t-elle pas savoir les choses horrifiantes que la silhouette pâle et ténébreuse qui lui faisait face allait probablement dire. Son corps fut prit de frissons. Depuis quand avait-elle froid ? Ou peut-être qu'elle avait juste peur. Son estomac se contractait. Oh oui, elle avait bel et bien le malaise de sa peur qui s'installait en elle. Mais elle ferai son possible pour écouter l'archer, sans broncher. Elle ne pensait pas qu'il soit une si mauvaise personne que ça.

Son corps était lourd, immobile, et ses jambes repliées sous ses fesses lui faisait mal. Mais malgré les fourmillements qui parcouraient ces dernières, Janna ne put se résoudre à bouger. Elle n'arrivait pas à détacher son regard de celui de Varus, ni à partir. Même si les sueurs froides qui coulaient le long de ses tempes lui disaient le contraire. Elle avait fait de cette conversation un devoir. Et tout le mal-être qu'elle ressentait, par la présence néfaste et chaotique du corrompu n'arriverai jamais à la faire bouger d'ici.

Elle soupira, elle se calma progressivement. Nul besoin d'avoir peur de lui. Elle s'auto-persuadait que tout allait bien se passer, qu'elle serai encore vivante à la fin. Remarquant la longue mèche blanche de Varus passer devant son visage, sûrement volatile à cause du vent léger de Janna, la jeune femme replaça la dite mèche derrière une des oreilles de Varus comme le ferai une mère.  Janna était douce et sa présence réconfortante. Elle réussit par ce geste léger à oublier un peu son appréhension. Et voyant le silence que Varus laissait entendre, elle reprit la parole.

"Je vous écoute."

Sa seule voix résonna dans le bâtiment, faisant un écho léger. Janna n'y prêta cependant aucune attention et se contenta de fixer Varus, avec un regard doux et quelque peu inquiet. Elle n'avait pas pitié, mais elle ressentait comme un devoir de protection envers le jeune homme. Dieu seul pouvait dire pourquoi. L'homme lui faisant face l'intriguait, et son histoire avait l'air plus qu'émouvante. Janna espérait pouvoir mettre à contribution sa personne pour l'aider.
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Jeu 23 Fév - 18:41
Le connaître. Connaître son passé, la raison de sa "difformité". La jeune fille s'était visiblement ressaisie, et avait repris les rênes de ses pensées et de la conversation. Elle affichait désormais une détermination farouche, quelque peu biaisée par l'hésitation toujours présente dans sa voix et les frissons incontrôlés de son corps. Il comprenait cela. Sa seule présence faisait taire les oiseaux et fuir jusqu'au dernier des prédateurs. L'humain ne faisait pas exception, il se savait impressionnant, intimidant. N'importe qui devait lutter pour garder le contrôle de ses instincts et lui faire face, à moins d'avoir déjà été confronté à de pires abominations.
Conservant une position qu'il devinait inconfortable, peut-être pour ne pas perdre la face, elle n'avait pas bougé. Lui non plus, et l'observait toujours calmement, gardant encore le silence, bien conscient de l'effet qu'il exerçait sur elle, même sans le vouloir. Elle attendait une réponse, il ne lui offrait qu'un silence écrasant. Fuirait-elle comme il l'avait pensé au premier abord, ou soutiendrait-elle son regard jusqu'au bout, selon la volonté qu'elle souhaitait affirmer ?

Dans le silence qui suivit, la jeune femme s'enhardit, disloquant une seconde fois sa conjecture. Aurait-il préféré qu'elle parte ? Il n'aurait su le dire. Mais il ne devait pas la sous-estimer. Par un geste aussi trivial que symbolique, elle déplaça la mèche volage qui revenait constamment onduler devant ses yeux. Elle la logea avec délicatesse derrière son oreille. Le bref détournement du regard bleu lui apprit qu'elle avait remarqué la forme imparfaite et inhumaine de son cartilage, légèrement pointue à son extrémité. Estimant son audace soudaine, il la laissa faire.
C'était une aide subtile et dérisoire, mais lourde de sens malgré sa légèreté. Elle proclamait spontanément ne pas craindre sa personne, confirmant par ce biais le désir sincère de venir le secourir au fond de sa détresse. "Bon courage." C'était aussi un geste presque intime, relevant d'une familiarité que l'homme ne connaissait plus depuis longtemps. Il n'y avait pour autant aucune ambiguïté dans cet acte, il était empli de douceur, et exécuté avec la même chaleur, la même tendresse qu'une mère qui borde son enfant après un cauchemar.
Cette action simple faisait relever la tête de la demoiselle de l'air, et confortait sa position en tant que son égale. Elle n'était pas une petite chose fragile qu'il fallait protéger, elle se redressait fièrement pour démontrer qu'elle était forte, et prête à aller jusqu'au bout de ses convictions maintenant qu'elle avait choisi de lui tendre la main.

Par un mouvement imperceptible, la mèche coupable glissa à nouveau, ne pouvant se résoudre à rester sage, et revint chatouiller les pommettes de l'archer. Comprendrait-elle le message ? Il en doutait : trop subtil. Bercés par la brise, le reste de ses cheveux se mêlait à la danse, les mèches virevoltant doucement au gré du vent autour de son corps. Sentant l'atmosphère plus détendue, l'archer s'assit à nouveau, et prolongeant le silence quelques instants de plus, entreprit d'attacher ses cheveux comme il avait coutume de le faire. Le peigne fixé à l'arrière de son crâne dégageait ainsi ses traits saillants, qui libérés de sa chevelure fantasque, n'en paraissent que plus durs.
Pour l'ex-championne de la ligue son visage devait en paraître plus familier. Car ils s'étaient croisés sur les Champs, il en était convaincu. Le visage de la jeune femme, sans lui évoquer une personne proche, ne lui était pour autant pas complètement étranger. Mais il ne prit pas la peine de soulever la question. L'esprit de son interlocutrice ne s'était pas arrêté à de telles considérations. Et vu le sujet qui les touchait, cela n'avait finalement que peu d'importance. Alors, enfin, il brisa le silence.

Sais-tu ce qui s'est passé ici ?

La manière dont il désignait ce lieu, ne limitait pas sa vision au sanctuaire. Par le ton que l'homme avait employé, il était facile de comprendre que ce "ici" étendait son histoire à la région entière de Navori où ils se trouvaient, voire à l'ensemble du pays d'Ionia.

L'avatar de l'air avait déjà compris au fil de leur court échange, que l'homme était avare de mots. Ou plutôt, il pesait chacune de ses paroles. Si cela semblait faire simplement partie de son tempérament, qui n'invitait pas à la conversation et qu'il semblait cultiver en ce sens, l'homme n'était pas exclu de soutenir son silence pour des raisons plus spécifiques. Pour ne pas blesser autrui ? Si tel était le cas, cela confirmait son hypothèse selon laquelle derrière cette façade morne le corrompu conservait encore une part d'humanité.
Mais elle ne possédait pas la réponse à cette interrogation, et le secret était visiblement bien gardé. Cela n'empêchait pas de chercher, et par cette échappée inusuelle, c'était comme une invitation implicite à creuser plus profondément. Il était disposé à s'ouvrir, et avec quelque maladresse, se préparait à se montrer un peu plus loquace pour répondre à sa curiosité. Il souhaitait véritablement redonner un sens à ce sanctuaire oublié, et pour cela, son histoire, aussi tragique et dérangeante qu'elle fut, devait être connue. Elle était arrivée ici, cela ne pouvait être un hasard. Elle avait fait le premier pas vers lui, c'était à son tour.

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Mer 8 Mar - 15:24
L'avatar de l'air se repositionna correctement en face de l'âme vengeresse, plus connue sous le nom de Varus. Elle se sentait oppressée par l'endroit mais ne pipa mot. Et son regard lui valut tous les mots du monde. Elle souhaitait l'entendre continuer, et apprendre les faits qui s'étaient déroulés certainement des années auparavant. Elle avait soif de connaissance, soif de découverte et elle avait plus que tout envie de relever cet homme meurtri par le temps et le passé.


Son regard détaillait le corps de son interlocuteur, accumulant de multiples questions au sein de son cerveau déjà brûlant de réflexions. Ce corps humain, mais possédant des membres complètement changés. Ces membres sombres et monstrueux. Non seulement c'était inquiétant, mais de plus, le porteur avait du souffrir de sa transformation charnelle. Et Janna ne pu réprimer une moue de douleur compassionnelle en regardant chacune des parties du corps de Varus.


Mais ses deux yeux azur lumineux se redirigèrent presque aussitôt vers ceux blancs et ternes de l'archer. Elle ne savait même pas s'il la regardait. Et les yeux de la demoiselle trahirent toute son inquiétude. Décidément, elle ne cesserai pas de s'en faire pour cet homme. Elle qui ne le connaissait même pas. Elle avait ce don pour prendre tout le monde en compte, qu'ils soient bons ou mauvais. Car pour l'elfe du vent il n'y avait ni bon, ni mauvais. Que des êtres vivants avec des bons ou mauvais actes. 


Janna ne pourrai jamais blâmer une personne avant de l'avoir entendue. Elle blâmerai les actes, mais la personne en soit pourrait très bien être tout autre que ce que les actes désignent. Le sort en décidait ainsi parfois.


Ses cheveux blonds qui virevoltaient autour d'elle tombèrent lentement en cascade sur ses épaules. Elle avait stoppé le vent, ne laissant à présent plus qu'une brise fraîche presque pas sentie par les deux personnages. Elle était prête à attendre, à l'écouter. Elle le bercerai s'il le fallait, elle serai ici, silencieuse et gracieuse à la fois. Car l'être blond était, même dans ce cadre peu accueillant, un être à la beauté époustouflante. Elle ne faiblirai pas face au récit, surement funeste, que l'archer allait lui souffler. Elle sera patiente.

Pour la première fois depuis quelques minutes, la jeune femme ouvrit la bouche pour prendre la parole. Sa voix était tout d'abord un peu rauque, mais elle l'éclaircit bien vite en toussotant légèrement. Elle reprit ses paroles :


"Je vous écoute."

Sa voix avait résonné dans le sanctuaire, provocant un léger écho. Elle n'avait plus qu'a écouter le curieux personnage qui était devant elle. Cela ne prendrai pas longtemps, ou du moins, elle l'espérait de tout cœur. Elle plaçait tout son être en tant que soutien moral. Et elle espérait également qu'il puisse sentir ses sentiments compatissants et réconfortants.
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Jeu 9 Mar - 18:01
Personne n'avait été à l'écoute depuis bien longtemps. Il faut dire aussi que la plupart de ceux qui s'intéressaient à cette partie de l'histoire y avaient été présents, et n'avaient pas besoin de lui pour s'en rappeler, même s'ils l'avaient vécue différemment. Et sa voix pouvait à elle seule raviver leurs pires souvenirs. Nul besoin d'être devin pour savoir que c'était une mauvaise idée. De plus sa propre brûlure était encore omniprésente. De manière générale il n'abordait le sujet que lorsque c'était nécessaire. Pourtant il sentait à cet instant qu'ouvrir son cœur meurtri, même très légèrement, pouvait d'une certaine manière, le décharger d'un poids. La demoiselle allait peut-être l'aider, en fin de compte. Seulement, pas de la manière dont elle s'y attendait, elle.

La jeune femme démontrait une volonté inflexible. Il n'en attendait pas moins d'elle. Elle s'était installée en face de lui, dans une position dans laquelle pourrait rester sans ressentir de gêne pendant une longue période. Il commençait à cerner le tempérament de son interlocutrice. Elle était prête.
L'homme la regarda, encore un instant. Il ressentait son empathie, son désir de faire le bien. Elle était authentique, et sa sincérité aurait dût l'émouvoir. Il n'en était rien. Sa détermination et sa gentillesse toutefois lui rappelaient une autre personne. Dans le silence établi par le vent qui était tombé, son image fluette se superposa un instant à celle d'une autre, le bleu de ses yeux remplacés dans son esprit par du vert-de-gris. Elles avaient ça en commun.
Lui-même replia ses jambes en tailleur, et s'éclaircit la voix, autant que cela était possible. Son récit commença comme le début d'un conte, sa voix sombre posant une atmosphère fantastique sur ses paroles. Il ne cherchait ni à être concis, ni à être objectif, il laissa les mots couler de ses lèvres comme ils lui venaient.

"Imagine que chacune des fleurs pourpres sur laquelle tu as posée le regard est née du sang d'un enfant de Ionia. Tu ne seras pas loin de la vérité. Ce lieu, tu l'as sans doute deviné, est une gigantesque tombe."

"Fosse commune" aurait été plus exact. Il y avait trop de visages pour pouvoir poser un nom sur chacun. Mais la sensibilité de la jeune femme n'avait pas besoin d'être froissée davantage. De plus, les Noxiens ne partageaient pas le même honneur, et, s'ils avaient été ensevelis en suivant les rites sacrés pour que leurs âmes ne reviennent tourmenter les vivants, leurs corps avaient été effectivement jetés dans ce qu'il qualifierait sans détour de fosse commune.

"Le lieu où te trouves aujourd'hui était autrefois un village florissant. Les noms que tu vois ici, et l'homme fit un geste vers les murs, sont ceux dont la mémoire a pu être honorée. J'ai participé autant que j'ai pu à l'établissement de cette liste. Malheureusement, les registres étaient dans le village, et le souvenir de quelques hommes ne suffit pas à témoigner pour des milliers."

Il montra le mur derrière lui, resté vierge de toute écriture, volontairement. Vraisemblablement il espérait toujours pouvoir le compléter avec les noms manquants. Mais malgré le regret qui flottait dans l'air, il restait parfaitement maître de lui-même, sa voix ne manifestait pas la moindre bribe d'émotion.

"Ce village se nommait Pallas. Ce nom est aujourd'hui tombé dans l'oubli. Devenu synonyme de trop de souffrances et de la période la plus sombre de Ionia."

Sans quitter sa position, il appuya son coude sur son genou, puis son menton sur sa paume, les doigts repliés devant sa bouche. Ainsi, il se rapprochait légèrement de son auditrice, sans paraître plus imposant. La pénombre créait des jeux de lumière sur la matière sombre de son corps, créant l'illusion de la voir en mouvement. Ses membres inférieurs et supérieurs donnaient l'impression de ne faire plus qu'un.

"Pallas a connu deux fléaux. Il émit un léger soupir. Le premier était une malédiction, enfermée dans un temple sacré. Le second fut indirectement causé par la présence même de ce temple sacré."

L'homme se redressa légèrement, interrompant un instant son récit. Il considéra l'avatar du vent, avec une attention particulière, comme s'il l'analysait. Il détourna la tête, quand il évalua l'intensité, bien trop incisive, de son propre regard.

"Tu n'es pas d'ici. Tu es jeune. Cette guerre, tu ne l'as pas connue. Si tu as pu t'y intéresser, c'était au moment où elle touchait à sa fin."

Ses yeux blancs revinrent sur elle. Une petite page de l'Histoire de Runeterra s'imposait, même succincte.

"Quand la Ligue des Légendes a été créée, Ionia a tout d'abord refusé d'y adhérer. Pour une nation pacifique, régler les conflits par la violence, même encadrée, était inenvisageable. Parce qu'elle n'était pas protégée par ce traité, et parce que depuis longtemps Noxus la jugeait faible et convoitait sa richesse, Ionia fut attaquée. En toute impunité. Pallas... Il ferma les yeux quelques secondes avant de reprendre. Pallas était sur le chemin de la première force d'invasion."

La championne pouvait en effet imaginer cela aisément d'après la situation géographique de cette plaine. Elle n'était pas excessivement éloignée du littoral, et pour qui avait étudié les cartes ioniennes, elle était un point de passage évident et direct pour se diriger au nord. A condition de ne pas tenir compte des reliefs et de la végétation. Mais cela, les envahisseurs en faisaient peu de cas, comme l'indiquait clairement la trouée nette et dévastée dans la forêt tropicale qui conduisait au sanctuaire.

"Sans le Temple, les Noxiens n'auraient sans doute pas fait le détour. Ils ne se seraient sans doute jamais arrêtés. Mais c'était une bâtisse ancestrale, massive, et surplombant la colline sur laquelle il se trouvait. Impossible de le manquer."

Quelle colline ? Le terrain pour parvenir jusqu'ici était vallonné, et le sanctuaire situé sur un surplomb, mais rien de suffisant pour être qualifier clairement de "colline". Pourtant, écoutant les paroles de l'homme, elle commençait à voir les contours de ce Temple, dressé fièrement et dominant un village plein de vie. Le sanctuaire semblait construit pour en rappeler la structure. Les arches rouges, la forme du toit, la Chouette. Comment pouvait-elle savoir à quoi ce temple ressemblait ? Et ce village ? Elle le voyait peuplé, et les gens qui y habitaient semblaient joyeux. Elle le ressentait. Ce souvenir venait-il du conteur ? L'évidence la frappa : il était parmi eux. A l'époque, cet homme torturé comptait parmi la population heureuse qu'abritait l'enceinte de Pallas.

"Noxus a frappé sans prévenir. Malgré la défense acharnée des guerriers, le village tomba en moins d'une journée. Il fut réduit en cendres. Et avec lui, les femmes et les enfants."

La voix de l'archer se brisa, alors qu'une odeur âcre parvenait aux narines de la jeune femme. Elle sentait clairement la culpabilité de son interlocuteur, marquée dans sa voix, et de manière à présent bien trop douloureuse dans les traits de son visage. La culpabilité du survivant ? C'était bien plus profond que cela. L'homme prit le temps pour retrouver sa contenance, et se recomposer un visage plus neutre. Lorsqu'il reprit, il était redevenu hermétique et inexpressif. Ce qui rendit l'affirmation suivante d'autant plus choquante.

"Ce jour-là, je suis mort."

Son bras dériva lentement vers la stèle au centre de la pièce. Sa main tendue désignait clairement le dernier nom cité comme Gardien, tracé comme les autres à l'encre dorée : Varus.

"J'étais le Gardien du Temple. Quand l'armée est arrivée, elle convoitait ce que pouvait contenir le temple. Quoiqu'il puisse contenir. Mon rôle était de veiller à ce que rien n'en sorte. Aucun Noxien ne s'en est même approché."

Disant cela, l'homme laissait encore entendre la détermination farouche qui l'animait à l'époque. L'odeur métallique du sang se mêlait au son des flèches et au bruit mou des corps qui tombent, les uns après les autres. Des dizaines, des centaines, peut-être. Puis, une peine immense envahit tout, brouillant la vision, submergeant lé réflexion.

"Défendre le Temple signifiait laisser le village livré à lui-même. C'est pour cela... qu'il est tombé. Sa main s'abaissa légèrement vers les quatre noms, qui suivaient directement le sien. Ma femme, mes enfants. J'ai tout perdu."

La jeune femme ressentit alors sa haine, sa fureur, bien que sa voix reste contenue. C'était la même colère qu'elle ressentait encore au fond de cette âme torturée, même si le récit la rendait plus vive. C'était le moment où elle était née.

"Alors j'ai fait sortir du Temple ce qui ne devait jamais en sortir. J'ai libéré la corruption. J'ai juré..."

S'interrompant brusquement, il laissa sa phrase en suspens. Son visage, autant que sa bouche, se referma. Il n'avait pas besoin d'en dire plus. Pour Ionia, le Gardien était mort. Ce qu'il était devenu, les Anciens avaient raison en ce sens, avait perdu la vocation de préserver le pays. Ce jour là, Varus le dernier des Gardiens de Pallas était mort en héros. C'était mieux ainsi.
La jeune femme avait ressenti ses tourments, la soif de vengeance profondément ancrée dans son être. C'était ce qui avait motivé sa décision. Pour atteindre cet objectif, il devait acquérir cette force. Mais les non-dits de son histoire le confortaient dans sa décision. "Ce qui ne devait jamais sortir du Temple" était d'une aide inappréciable, et, en quelque sorte, il n'était grâce à cela plus jamais seul. Mais qui le savait ? C'était beaucoup plus que cela.

Le temps avait été comme suspendu. Il s'ébroua légèrement, secouant la tête. Il était conscient des questions qui devaient brûler sur les lèvres de son interlocutrice. Elle ne l'avait pas interrompu une seule fois, et il lui était reconnaissant pour cela. Le mutisme dans lequel il s'était replongé sans le vouloir était en ce sens malvenu. Il la regarda à nouveau, l'autorisant implicitement à prendre la parole si elle le souhaitait. Il y avait beaucoup de points obscurs, de zones d'ombre laissées par un récit subjectif et incomplet. Il les éclaircirait pour elle, si elle en émettait le désir.

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