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[Solo] Don't turn back [Terminé]

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Date d'inscription : 08/11/2015
Localisation : Ionia
Lun 9 Jan - 23:24
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Trame principale résumé : Des événements au passé.

Avis du staff : Je m'auto valide, parce que RP en solo et que je me dis que ça peut en intéresser certains qui s'ennuient et ont envie de lire :) (ha bah bravo, ces admin privilégiés en manque de rps tssss... bon ok c'était chouette à lire ;p [lux/evy])


Si ton bonheur est ailleurs

Pourquoi ne pas tout recommencer ?

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Date d'inscription : 08/11/2015
Localisation : Ionia
Lun 9 Jan - 23:26
L’aube pointait à peine au dehors. Mais pourtant, les gardes à la sortie du village étaient déjà en poste. Il n’y avait pas besoin de beaucoup d’hommes pour garder ce petit lieu, et une certaine entente cordiale s’était finalement développée entre occupants et occupés. Je savais que ce n’était pas le cas partout, mais heureusement, une certaine paix était préservée ici.

« Montrez votre autorisation »

La voix était autoritaire, mais sans être trop sèche. Fouillant dans le lourd sac que j’avais à l’épaule, je dépliai un papier, usé par le temps, accompagné d’un petit baluchon entouré dans du tissu. Le garde le regarda à peine, plus occupé à sourire à la petite corruption habituelle que je lui avais amenée. Ils avaient l’habitude de me voir passer ici, et j’avais moi l’habitude que « l’autorisation » soit accompagnée d’une partie de ce que j’avais été envoyée acheter dans ce village pour éviter les procédures trop longues. Un échange de bons procédés en somme. Ou un racket entendu. En mettant systématiquement un peu d’alcool de riz et quelques fruits ou pâtisserie de côté pour les gardes Noxiens, je montrai ma bonne volonté à accepter leur domination, et évitai ainsi qu’il doivent me la prouver en prenant tout ce que je possédai et en me retenant de longues heures sur un prétexte fumeux.

Il m’adressa un signe de tête pour me faire signe de passer, se fendant même d’un sourire amical. Je n’avais aucune amitié pour eux, mais je savais que la plupart ne faisait qu’obéir à des ordres, sans être vraiment de mauvaises personnes. D’autres aimaient jouer les tyrans minuscules en profitant du peu de pouvoir qu’ils avaient sur la simple population occupée d’Ionia. Mon attitude permettait souvent de les brosser dans le sens du poil et éviter les problèmes en les devançant.

« Bonne journée, Jacob »
lachai-je dans leur langue, en tirant ma mule par la bride, une fois que le passage me fut libéré, et mon autorisation repliée et rangée.
« Bon courage pour la montée. »

J’haussai les épaules. Ils étaient au courant de pourquoi j’allais et sortait de ce village, pour me diriger vers la montagne, et visiblement Noxus n’avait pas jugé l’endroit où je me rendais digne d’intérêt. Sans grande surprise : que leur aurait rapporté la destruction d’un temple isolé, si ce n’était beaucoup d’efforts pour l’atteindre, pour ne récolter au passage qu’un peu plus de colère des habitants locaux ? Ils avaient la main mise sur la région, et les prix ne cessaient de grimper depuis lors, tandis que les ressources, elles, se faisaient plus rares. Raison de plus pour que les petits pots-de-vin soient efficaces, même l’armée de Noxus commençait à avoir du mal à s’approvisionner. Heureusement, j’avais mes adresses, de ceux qui gardaient de côté assez pour approvisionner le temple.

Et voilà que commençait, ma mule chargée derrière moi, la longue route si familière désormais. Longer les rizières sur le sentier, jusqu’à la rivière. C’est en général ici, juste après le pont, que je m’arrêtai, alors que le soleil atteignait son zénith. Un moyen de mesurer ma cadence, et de l’adapter au besoin, car je devais être sortie de la forêt avant le coucher du soleil, ce qui était aussi aisé en été que parfois juste en hiver.
Tout en mangeant, j'observai négligemment dans l'eau le reflet de mes yeux bruns qui me contemplaient. Je ne me souviens même plus de leur couleur exacte désormais que seul le gris reste. Il allait me falloir un brin de toilette. La température n'était pas des plus clémentes, mais je tenais à garder une apparence présentable, et le reste de la route n'allait rien arranger.


Eleana, aujourd'hui

Il me fallait maintenant pénétrer à l’intérieur des bois, en suivant le sentier, qui commençait déjà à grimper, puis entamer la réelle ascension caillouteuse. Je connaissais chaque pierre, chaque chemin, chaque raccourci par cœur. Les seules surprises consistaient en nouveaux trous de marmotte qui pouvaient parfois me déséquilibrer sur un pas malheureux, mais mes pieds habitués trouvaient vite leur chemin dans ces montagnes.

« Avance » soupirai-je en constatant que ma mule tentait encore de s’arrêter pour brouter les quelques chardons qui poussaient entre les cailloux. J’étais fatiguée, et le sac pesait lourd sur mon épaule endolorie. Et la nuit tombait déjà. Le moment n’était guère choisi pour ralentir.

J’avais beau avoir l’habitude, la fin de l’ascension était toujours difficile. Mes chevilles me faisaient mal, et j’allais bientôt avoir besoin d’une nouvelle paire de bottes. Ma gourde d’eau était quasiment vide, aussi, et le froid de la nuit me mordait les doigts.
Heureusement, le bourdonnement aussi familier que soulageant des cascades qui entouraient le lac, autour duquel le temple était construit, vint finalement fourmiller à mes oreilles. La route était presque terminée. Après le petit chemin, l’étendue d’eau à l’origine de la rivière se dessina derrière les falaises, surmonté de ces bâtiments de bois, dont certaines fenêtres étaient éclairées par de faibles lueurs de bougies.

Dernière épreuve avant le repos. Il fallait maintenant amener toutes les provisions à pied jusque dans le garde-manger, puisque la mule ne pouvait emprunter le ponton étroit et glissant. J’avais la tentation de presser le pas pour en finir vite, mais dans mon état de fatigue, c’était sans doute le moment le plus dangereux de la soirée, et même si le lac n’était pas vraiment profond,  l’idée d’un plongeon nocturne dans l’eau glacé ne me tentait pas vraiment. Le vent fouettait ma peau et mes vêtements, et le bois humide instable. La nuit était bien avancée, quand j’en eu enfin fini, et je savais qu’il me faudrait repartir au petit matin.

Avant de quitter une bonne fois pour toutes le garde-manger, une fois les dernières provisions déposées, j’attrapai un peu de pain, de fromage, et quelques fruits, dissimulés sous mes vêtements. Non pas pour moi, puisque je m’étais déjà sustentée à ma faim en chemin, mais pour la jeune fille qui vivait là. Une mage en apprentissage, de ce que j’avais compris. Je ne savais pas combien de temps cela faisait qu’elle résidait ici, ne faisant ces allers retours réguliers que depuis quelques mois pour remplacer le précédent, qui avait péri durant l’invasion. Mais je savais son maître l’astreignait à un régime mental et physique strict, qui me paraissait un peu sévère pour une adolescente. Aussi, depuis quelques temps, j’avais pris pour habitude lors de mes passages, de lui glisser quelques victuailles en secret, au petit matin, juste avant de partir, pour ne pas la réveiller. Je savais que j’allais contre les traditions et l’autorité des Anciens en agissant ainsi, mais après tout, était-ce un crime que d’apporter un peu de réconfort à une enfant ?

Les provisions emballées dans un tissu que je dissimulai dans mes vêtements, je me déshabillai pour m’installer sur un futon dans la pièce qui était accordée aux visiteurs de passage. L’atmosphère était froide, et il me faudrait un moment pour que la couverture se réchauffe et me permette le sommeil. Demain matin, je le déposerai comme à notre habitude à côté du lac, là où elle venait se laver, rare endroit où elle pouvait jouir d’un peu d’intimité, de ce que j’en savais.  Avant de repartir, pour aller ainsi circuler, avec ma mule, entre d’autres points ayant besoin de se réapprovisionner. Etre ainsi sur les routes en permanence n’était pas une vie de rêve, mais c’était un bon moyen de s’en sortir en cette période, et de garder une certaine liberté.


Le bâtiment des visiteurs, à l'extérieur du temple

Le chatouillement d’un rayon de soleil sur mon visage me fit ouvrir les yeux. Je ne me sentais pas vraiment reposée, mais vu la saison et la hauteur des fenêtres, il semblait que j’avais déjà trop dormi. Je me redressai en soupirant, faisant craquer mes membres endolorie, observant l’extérieur. Les cascades étaient toujours secouées par le vent glacial, comme bien souvent dans ces hauteurs. J’eu un frisson rien qu’à penser à ceux qui vivaient ici, et se soumettaient été comme hiver à l’eau glaciale sur leur peau, aux bâtiments de pierre sans cheminée, et aux maigres repas de bouillons de légumes. Je n’avais rien contre la spiritualité Ionienne, au contraire, mais j’avais du mal à comprendre l’intérêt de telles épreuves, et n’aurais sans doute pas été capable de m’y soumettre. Moins courageuse qu’une enfant, sans doute. A moins qu’elle n’ait simplement pas le choix.

La bosse dans mes vêtements me rappela le paquet que je devais laisser à cette petite, justement. Je maudis mon sommeil trop lourd, en constatant la course du soleil dans le ciel. En général, je la croisais et échangeai quelques mots avec elle lorsqu’elle faisait sa toilette, et en profitait pour lui laisser, mais vu l’heure trop avancée, elle était sans doute déjà retournée à ses apprentissages. Il allait falloir que je me glisse jusqu’au lieu où elle dormait, pour déposer le petit baluchon dans ses affaires, afin d’éviter que quelqu’un d’autre ne tombe dessus avant elle.

Au pire, je prétexterai m’être perdue en allant chercher ma paye et mes consignes suivantes.
Je passai rapidement ma main dans mes cheveux pour les ordonner, en achevant de fermer mon kimono, avant de m’aventurer au dehors. Pourquoi avais-je pris la peine de faire quoi que ce soit avec mes cheveux, déjà ? Le vent les fouetta immédiatement en tous sens, m’arrachant un soupir et un frisson dans tous mes muscles. Au moins, traverser les pontons et grimper les escaliers était moins casse-cou de jour, quand je pouvais voir ou je mettais les pieds.

Des éclats de voix attirèrent mon attention, alors que je contournai un bâtiment. Visiblement, la jeune femme et son maître étaient en discussion, de ce que je reconnaissais ? Voilà qui allait peut-être me permettre de faire une pierre deux coups, récupérer ma paye, et glisser discrètement le paquet à la petite. Je l’espérai, du moins, en pénétrant dans le bâtiment. Hors de question d’interrompre leur discussion, il me faudrait patienter dans l’antichambre d’entrée, qu’ils daignent bien m’accorder audience. En attendant, je récupérai le paquet de nourriture que j’avais mis de côté, et le dissimulai dans ma manche, juste pour pouvoir le déposer plus rapidement et discrètement au besoin, dès que les yeux du maître des lieux seraient détournés.

On pourrait se demander pourquoi je prenais du temps, et des risques sur ma paye, pour aider cette petite. A vrai dire, je ne me suis jamais vraiment posée la question. Je faisais ce qu’il me paraissait juste, et la voir sourire était une rétribution entièrement suffisante. Même aujourd’hui, je ne m’en lasse pas.
Ce que je me demande parfois, c’est à quoi ressemblerait ma vie aujourd’hui, si j’avais agi autrement. De petites choses qui peuvent paraitre anodines sur le moment, et se révéler n’être rien de moins qu’une boule de neige jetée depuis le sommet d’une montagne.

Je ne me sentais pas à ma place dans cette pièce. Ce sol de pierre était trop lisse pour me rappeler l’extérieur et les chemins de montagnes, et trop froid pour m’évoquer  un tant soit peu la chaleur d’un foyer. Mais je patientais, debout, droite, avec patience, que leur discussion prenne fin pour quêter un peu d’attention intéressée, pour continuer mon travail. J’avais manqué l’instant plus tôt le matin qui aurait dû m’être accordé, et j’en étais responsable : je devais donc attendre.
La discussion virait à la houle. Je pouvais l’entendre d’ici. Une voix féminine en colère. Je commençais à me sentir mal à l’aise.
A travers la porte coulissante fine, je pouvais distinguer des vagues ombres de silhouettes. Je n’avais pas regardé jusqu’ici, ç’aurait été de la curiosité mal placée, mais…

« RENDEZ LA MOI !»

Ce cri, plus fort que les autres, empli d’une colère folle, attira instinctivement mon regard. Me tétanisant sur place.

En étaient-ils venus aux mains ? J’avais cru voir une des ombres se faire projeter contre le mur et retomber. Vu la carrure de l’adolescente, il ne devait pas être difficile de la maitriser ainsi, mais une telle violence sur une jeune femme en apprentissage était intolérable, dispute ou non.

Je me mordis la lèvre un instant. J’avais dû mal voir… Pourtant, impossible d’ignorer qu’il n’y avait plus qu’une seule ombre debout, visible à travers la cloison.
Ce n’était plus une question de statut désormais. Je devais intervenir. Mais alors que je me dirigeai d’un coup vers la porte coulissante, comme si mes jambes s’étaient soudainement détendues comme un ressort, une violente secousse manqua de me projeter à terre.
Un tremblement de terre ? Tout le sol tremblait, vibrait. Mes mains appuyées sur les murs pour tenir debout, je continuai d’avancer, alors même que les secousses se faisaient plus violentes encore à chaque secondes qui s’écoulait, comme si tous les esprits tentaient d’entrer dans la pièce. Mais pas que. Je pouvais apercevoir, à l’extérieur, que les cascades même tremblaient, et que l’eau du lac s’agitait tel qu’un océan furieux.

Je n’eus même pas à poser ma main sur la porte. Une secousse la fit coulisser d’elle-même.
Le sac que je tenais dissimulé dans ma manche tomba à terre, répandant son contenu sur le sol. Les fruits roulèrent à travers l’antichambre, comme des billes sur un plateau secoué.
Le choc m’avait privé de toutes forces. Tétanisée, je ne pus qu’assister au spectacle.

Ce n’était pas l’adolescente qui était au sol. Le maître des lieux gisait au sol, au pied d’un mur déformé, craquelé, aux pierres soufflées par le choc qui l’avait projeté là. Quant à son élève…
Elle s’était élevée au-dessus du sol. Lévitant à près d’un mètre de hauteur, sa tête était rejetée en arrière, et ses longs cheveux blancs volaient derrière elle, soulevés par une manifestation invisible de magie. Un sourire exalté à ses lèvres, comme un noyé qui redécouvrirait sa première bouffée d’air une fois la tête hors de l’eau.

Je n’ignorais pas ce à quoi ce temple était dédié. Le maître des lieux était un mage, et l’adolescente, son élève. Si j’avais rarement pu observer la magie, je pouvais néanmoins me faire une idée de son fonctionnement, et de la façon dont elle était enseignée.
Mais me retrouver ainsi face à la manifestation brute d’une puissance presque palpable à quelques mètres de moi à peine était une expérience complètement différente.
J’étais pourtant loin d’avoir pris la mesure de ce qu’il se déroulait réellement en cet instant, juste sous mes pieds. Comment aurais-je pu le prédire ?

Les secousses sur le sol se mêlaient aux battements frénétiques de mon cœur terrorisé, en une cacophonie assourdissante. Elle ne m’avait pas remarquée, entièrement prise dans son exaltation, mélange de joie indescriptible et de puissance terrifiante. Et en cet instant, ma seule volonté était de fuir, de fuir loin de ce danger mortel, de cette puissance, que même sans voir, je pouvais sentir à travers chaque fibre de mon être, comme si ma tête allait exploser. Mais mes jambes, elles, restaient tétanisées.

Je la vis sans pouvoir réagir à temps. L’un des fruits qui s’était répandu sur le sol, qui tanguait de toutes parts, roula dans sa direction. Je me voyais l’arrêter, interrompre ce mouvement, mais une fois de plus, mes gestes étaient bloqués par la peur.

L’éclat coloré attira son regard vers le sol. Puis remonta jusqu’à moi, coincée sur le pas de la porte, telle une souris fascinée par la beauté mortelle d’un prédateur, d’une manifestation qui la dépassait. Je vis, dans son regard, la joie se muer en colère noire de ne pas être seule. Je sentis, impuissante, ma gorge se faire saisir par une poigne invisible, et mes pieds quitter le sol, avant que mon dos ne heurte violemment le mur de l’antichambre, plusieurs mètres en arrière. Je crus un instant que mes os s’étaient brisés sous le choc. Et face à moi, la jeune mage, main tendue, comme on tiendrait quelqu’un par le cou, si ce n’était que plusieurs mètres nous séparaient.
J’ai pensé perdre la vie ce jour-là. A vrai dire, j’ai bel et bien perdu ma vie. Pour en gagner une nouvelle.

Alors que je perdais mon souffle, encastrée dans la pierre, il me semblait que mes yeux s’adaptaient, en ne discernant que ce qui pouvait me sauver. Je ne voyais plus le temple, plus l’extérieur, plus même le sol. Je voyais simplement le regard, qui, derrière la colère, était empli d’une peur, d’une hésitation, dans les yeux de celle qui me maintenait ainsi. Me craignait-elle ? Tel un chien battu libéré de ses chaines, rejetant l’humanité entière… Aussi douloureux qu’ait été le choc, je réalisai qu’il ne pouvait égaler celui qu’elle avait infligé à son ancien maître, dont j’avais aperçu le corps disloqué entre les pierres arrachées à leur support. Si la magie lui avait entièrement fait perdre la raison, ne m’aurait-elle pas tuée sur le coup, moi aussi ?

« Toi aussi, tu viens me la voler ? C’est inutile. Personne ne me la reprendra ! »

Je ne savais pas exactement de quoi elle parlait alors, mais je comprenais le ton de sa voix. L’agressivité ne pouvait masquer la peur dans sa voix, et dans ses yeux. Mais peu à peu, sa poigne se desserra, me permettant de reprendre mon souffle, avant de me laisser finalement retomber sur le sol. Il tremblait toujours, mais les secousses étaient bien moins violentes. Une main portée à la gorge, déglutissant difficilement, et l’autre pour me stabiliser, je me relevai lentement, pour lui faire face. Elle me dominait de toute sa hauteur, toujours en lévitation au-dessus du sol, et me toisait comme pour me jauger. Et je retenais les larmes de stress qui voulaient me brûler les yeux. Je ne laisserai pas grand-chose derrière moi, en mourant ici, mais la peur me nouait les tripes.

« Va-t’en. Cours. Tant qu’il en est temps pour toi »

Une chance de fuite qu’elle me laissait ? La menace sonnait comme un compte à rebours. M’apprêtant à décamper, je remarquai subrepticement un éclat coloré dans sa main. Un fruit du dragon. Tel un symbole du calvaire qu’on lui avait fait endurer ici, et du maigre soulagement que j’avais pu lui apporter. Etait-ce pour ça qu’elle ne m’avait pas encore tuée ? Elle n’était qu’une enfant. Une enfant colérique et peine de magie, mais une enfant tout de même. La fuir ne l’amènerait qu’à s’enfermer dans l’isolement, et la transformer, faire d’elle une de ces méchantes sorcières de contes pour enfant, à cela près que celui-ci serait bien réel et dangereux.
Je déglutis avec difficulté, et lui fit face, tentant de ne pas flageoler. Après tout, je ne laissais rien derrière moi. Même si je devais y perdre la vie, je devais tenter, autant pour elle, que pour le pays entier.

« Je ne viens rien te prendre, Syndra. Ce qui est à toi, ce que tu es, tout ça t’appartient. Tu possèdes… une puissance magique incroyable. »


Dans son regard, je voyais les émotions défiler rapidement. Colère, peur, inquiétude, espoir, doute… Je me doutais que mon propre regard ne devait pas être impassible.

« Ils ont voulu m’enfermer. Ils ont voulu tout me prendre. Cet endroit est une prison… Non, il sera à moi maintenant. Une forteresse, ou plus personne ne pourra m’atteindre. Cette puissance m’appartient. Regarde ! »

Mes yeux suivirent mécaniquement le doigt qu’elle tendait. A travers la fenêtre… Je vis d’abord que les cascades s’étaient taries. Le lac, lui était agité. C’est en suivant le sens du courant, que mes yeux s’agrandirent de surprise et de peur.
L’eau s’écoulait vers le bas. Vers le vide.

Je comprenais mieux ces tremblements, ces secousses, et ce compte à rebours qu’elle m’avait lancé pour fuir. Si je ne prenais pas mes jambes à mon cou sur le champ…
Je ne pourrais plus jamais retoucher le sol. Tout le temple, au-dessus de ce lac, et les roches qui l’encadraient, avaient été arrachés au sol, et s’élevaient lentement au-dessus de ce dernier. Centimètre par centimètre, le paysage montait vers le ciel, se séparant du reste du monde.
Je ne saurais dire lequel, de l’émerveillement ou de la peur, primait sur l’autre en cet instant. Sans doute les deux ne peuvent réellement être séparés. Ce que j’avais aperçu des actes de la jeune mage n’était qu’une toute petite pointe émergée d’un iceberg dont les profondeurs se trouvaient juste sous nos pieds.

« Personne ne me prendra ce qui est mien. Je les détruirai tous s’ils essayent. Tous ceux qui voudront me forcer à leur précieux équilibre. C’est pour lui qu’ils m’ont étouffée ! »


J’en avais le tournis. Tout aurait simplement pu être expliqué par un rêve, mais la douleur dans mon dos ne pouvait que me rappeler que tout ça était bien réel. Comment aurais-je pu simplement retourner à une vie de routine, faite de routes et de provisions, après avoir assisté à ça ? J’avais face à moi une personne qui entrerait dans l’histoire, j’en étais persuadée. En bien ou en mal… Impossible à dire. Mais si je pouvais l’empêcher de sombrer dans la folie, et me tenir à ses côtés…

Je restai silencieuse, le souffle coupé. Mais elle, avait beaucoup à dire. Toute une colère qui s’exprimait, une pression qui se relâchait d’un coup en explosion. Dont j’étais le témoin.
D’un coup, ce n’était plus une enfant que je voyais devant moi. Elle en avait la carrure, et sans doute était-elle encore loin d’avoir atteint la maturité d’un adulte, mais je pouvais entrapercevoir ce qu’on lui avait pris, ce dont on l’avait privée. De son enfance. De son bonheur. Pour l’enfermer, dans l’isolement, la solitude et la privation, pour tenter de la contenir. Et malgré tous les efforts déployés pour la garder dans un état d’épuisement mental, pour mieux brider sa magie, sa colère n’avait fait que grandir petit à petit. Il n’avait fallu d’un déclic.

Je fermai les yeux quelques instants, pour tenter de reprendre le fil de mes pensées. Nous continuions de monter. Je pouvais entendre sa respiration se faire plus forte, plus rapide, sous l’effort qu’elle déployait.

Elle aussi, devrait sans doute prendre le temps de réfléchir. De voir après. Ce « et maintenant ? » qui adviendrait forcément, tôt ou tard, une fois que le calme serait revenu. Pour l’instant, elle semblait me tolérer au milieu de sa prison, qui se transformait en forteresse inatteignable du reste du monde.

Je ne savais pas si cela durerait. Maintenant, je sais.

Est-ce que je l’ai déjà regretté ?

Jamais.


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